• Depuis les années 2000, la Lettonie s'est fixée comme objectif d'intégrer la zone euro. Ses motivations sont essentiellement géopolitiques : en renforçant son appartenance au bloc européen, le pays cherche à se prémunir des visées impérialistes de son encombrant voisin russe.

    Les citoyens européens n'y ont peut-être pas prêté attention, mais le 1er janvier 2014, la zone euro a donc accueilli son 18ème membre, la Lettonie, qui a su convaincre les pays membres et la commission européenne, de sa capacité à se soumettre à la discipline eurolibérale. Le cas Letton est une success story européenne. Peu importe si l'économie lettone est en miette.

    L'histoire nous est contée par l'OFCE. En voici les grandes lignes:

     

    1. Bien entendu, la condition première pour intégrer l'union monétaire, est de démontrer sa capacité à maintenir un taux de change fixe entre sa monnaie nationale et l'euro. Interdiction donc de dévaluer sa monnaie :

    "Conformément à l’avis du FMI, elle a tenu bon sur son objectif d’adhérer rapidement à la zone euro en refusant catégoriquement d’utiliser l’arme de la dévaluation externe pour sortir de la crise. Ainsi, elle a poursuivi sa politique de change fixe par rapport à l’euro, ininterrompue depuis le 1er janvier 2005."

     

    2. Dans ces conditions, sans l'arme monétaire, comment surmonter la crise ? Par la recette imposée partout par l'eurocratie, la dévaluation interne :

    "Le pays a dû se résoudre à mettre en œuvre une purge budgétaire afin de renforcer sa compétitivité et de réduire son déficit public, en baissant drastiquement les dépenses publiques, les salaires et les pensions de retraite."

     

    3. Le résultat économique est le même que partout où la dévaluation interne a été appliquée : dépression économique digne de la crise des années 1930. Sans que cela n'émeuve personne :

    - Baisse du PIB : en 2012, le PIB était inférieur, en termes réels, à son niveau de 2007.

    - Explosion du chômage : le chômage passe de moins de 6% en 2007 à 21% en 2010. Les jeunes sont poussés à émigrer, ce qui ramène le taux de chômage à 12% aujourd'hui.

    "En outre, si le taux de chômage a été quasiment divisé par deux depuis 2009, il représente encore 11,9 % de la population active et surtout, sa baisse est en partie liée à une forte émigration."

    - Le pays se trouve endetté et soumis au risque financier :

    "La dette publique a fortement progressé entre 2007 et 2012, passant de 9 % à 40 % du PIB. (...) Mais surtout, comme l’a souligné la BCE dans son rapport sur la convergence, près d’un tiers des dépôts bancaires (pour un montant de 7 milliards d’euros) sont détenus par des non-résidents, notamment originaires de Russie. A l’instar de l’exemple chypriote, cela fait peser un fort risque sur la stabilité bancaire en cas de crise, avec de potentielles fuites de capitaux."

     

    Merci à l'OFCE pour cette mise au point salutaire. Le suicide européen continue...

     


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  • "Les institutions de l’Europe sont une rêverie de technocrate (...) on s’enfonce dans un trou noir catastrophique"

    "L’Europe est devenue un accélérateur de la mondialisation".

    "L’idée d’un État-nation européen n’a plus de sens"

    "Pourquoi s’est-on engagé dans la négociation d’un accord de libre-échange transatlantique ? C’est une bombe à retardement qui transformera profondément la société européenne, toujours plus clivée, plus coupée en deux."

     

    Marcel Gauchet, professeur à l'EHESS, intellectuel respecté et écouté par nos élites.

     

    * * *

     

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  • (Actualisation 28 février)

    "La convergence entre le centre-gauche et Beppe Grillo pourrait difficilement se faire dans le cadre actuel de consolidation budgétaire ; il faudrait donc une remise en cause préalable d’une austérité désavouée par les électeurs, il convient de le répéter. Ceci ne se ferait pas sans problèmes pour le Parti démocratique qui, comme le Parti socialiste en France, a fait le choix de la rigueur. Une négociation avec le mouvement Cinque Stelle impliquerait l’abandon des politiques d’austérité sur lesquelles le Parti démocratique a toujours eu une position ambiguë. Mais, à son tour, cette solution aurait des conséquences sur l’Europe dans son ensemble. Les gouvernants européens pourraient être confrontés, dans les prochaines semaines, ou bien à une absence de gouvernement dans la troisième économie de la zone euro, ou à un gouvernement qui vraisemblablement abandonnerait les politiques d’austérité. L’Europe pourrait alors être obligée de repenser ses propres stratégies économiques, et quelques pays pratiquant la rigueur à contre cœur (comme la France ?) pourraient en profiter pour remettre en cause le modèle de la croissance par l’austérité."

    Franscesco Saraceno, OFCE

     

    "Mais si l’élection italienne nous interpelle, c’est avant tout parce que la défiance croissante des italiens vis-à-vis de l’Europe, alors qu’ils étaient jusqu’à récemment les plus européens de tous, est en partie due à notre égoïsme et à notre frilosité. L’Union Européenne, et en particulier les dirigeants de ses deux principales puissances économiques et politiques, l’Allemagne et la France, portent une énorme responsabilité dans la situation catastrophique dans laquelle se trouve aujourd’hui la zone euro, et qui pèse de plus en plus lourdement sur le climat politique dans les pays d’Europe du Sud."

    Thomas Piketty, économiste

     

    "Les conséquences pour la coalition de gauche que représente le Parti démocrate sont importantes. L’érosion de ce parti dans les derniers sondages, puis dans les résultats, est particulièrement importante. Crédité de 35 % à moins d’un mois du scrutin, il se retrouve finalement avec 29,5 %. Le problème réside dans la position intenable qu’il adopta : celle de défendre une « austérité à visage humain ». Les Italiens ont intuitivement compris que de visage humain, il n’y en aurait guère, et que seule resterait l’austérité. Voilà qui pose un redoutable problème aux forces dites « social-démocrates » en Europe du Sud. Leurs discours n’ont plus aucune crédibilité dans le cadre économique qui est celui de la zone euro. Il leur faut soit adopter un discours traditionnel de droite, soit rompre avec les chimères d’une Europe fédérale ; il n’y a plus de demi-mesures possibles."

    Jacques Sapir, économiste

     

    Sur les élections italiennes
    Sur les élections italiennes

    "Monti était, dans les faits, le proconsul mis en place par l’Allemagne pour mettre en place une austérité fiscale sur une économie déjà en souffrance ; la volonté de poursuivre une politique d’austérité sans limite est ce qui définit la respectabilité dans les cercles politiques européens. Cela serait très bien si les politiques d’austérité fonctionnaient réellement – mais ce n’est pas le cas."

    Les conséquences pour la coalition de gauche que représente le Parti Démocrate sont importantes. L’érosion de ce parti dans les derniers sondages, puis dans les résultats, est particulièrement importante. Crédité de 35% à moins d’un mois du vote, il se retrouve finalement avec 29,5%. Le problème réside dans la position intenable qu’il adopta : celle de défendre une « austérité à visage humain ». Les Italiens ont intuitivement compris que de visage humain, il n’y en aurait guère et que seule resterait l’austérité. Mais cela pose un redoutable problème aux forces dites « social-démocrates » en Europe du Sud. Leurs discours n’ont plus aucune crédibilité dans le cadre économique qui est celui de la zone Euro. Il faut soit adopter un discours traditionnel de droite, soit rompre avec les chimères d’une Europe fédérale ; il n’y a plus de demi-mesures possibles. - See more at: http://russeurope.hypotheses.org/936#sthash.4nIdymbY.dpuf
    Les conséquences pour la coalition de gauche que représente le Parti Démocrate sont importantes. L’érosion de ce parti dans les derniers sondages, puis dans les résultats, est particulièrement importante. Crédité de 35% à moins d’un mois du vote, il se retrouve finalement avec 29,5%. Le problème réside dans la position intenable qu’il adopta : celle de défendre une « austérité à visage humain ». Les Italiens ont intuitivement compris que de visage humain, il n’y en aurait guère et que seule resterait l’austérité. Mais cela pose un redoutable problème aux forces dites « social-démocrates » en Europe du Sud. Leurs discours n’ont plus aucune crédibilité dans le cadre économique qui est celui de la zone Euro. Il faut soit adopter un discours traditionnel de droite, soit rompre avec les chimères d’une Europe fédérale ; il n’y a plus de demi-mesures possibles. - See more at: http://russeurope.hypotheses.org/936#sthash.4nIdymbY.dpuf
    Sur les élections italiennes

     Paul Krugman, économiste

     

    "Il ne nous reste plus qu’à attacher nos ceintures. Wall Street a perdu 200 points sur les nouvelles des élections italiennes : c’est l’ensemble des économies mondiales qui sont concernées. Personne n’a les moyens d’enrayer une vente massive de dette italienne. Elle entraînerait avec elle l’entièreté de l’Europe, et plus encore.

    Les calamars grecs n’étaient qu’un hors-d’œuvre. Maintenant arrive le plat de résistance : les pâtes italiennes. Elles sont six fois plus lourdes à digérer."

    Georges Ugeux, Banquier

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