• Contre le défaitisme - Par Cédric Durand

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    "Une fois de plus la gauche a perdu. Bien sûr, nous conservons ce que Daniel Bensaïd nommait « le droit précieux de recommencer ». Nous n’aurons peut-être même pas besoin de patienter très longtemps, tant les contradictions sociales et politiques s’aiguisent sur le vieux continent. Ce qui nous est interdit, en revanche, c’est de répéter les mêmes erreurs. (...) Plusieurs clés d’interprétation s’offrent à nous. Je choisis ici de mettre un nom sur la débâcle de Syriza: le défaitisme. Le défaitisme est cette attitude qui n’envisage que la déroute et finit par y contribuer. Dans le cas présent, il s’agit d’abandonner sa propre politique plutôt que de renoncer à changer l’Europe. Cette préférence pour la défaite au niveau national au nom d’une inaccessible victoire directement continentale est la raison principale pour laquelle les bifurcations possibles en Grèce ont été enterrées. Le refus de rompre avec l’euro par la gauche fut la pierre angulaire du problème, le lieu où l’absorption de Syriza par ce que Tariq Ali appelle l’extrême-centre fut consommée. (...)

    L’analogie historique la plus pertinente est sans doute le fameux tournant de la rigueur décidée par les socialistes français en 1983. François Mitterrand aurait alors déclaré : « je suis partagé entre deux ambitions : celle de la construction de l’Europe et celle de la justice sociale. Le SME (Système monétaire européen) est nécessaire pour réussir la première, et limite ma liberté pour la seconde ». Comme François Mitterrand, Alexis Tsipras a tranché : pour l’Europe, contre la justice sociale. (...)

    L’idée selon laquelle le Grexit aurait été synonyme d’apocalypse est la principale responsable de la débâcle de Syriza. Cette thèse très courante se retrouve par exemple sous la plume de Pierre Laurent, le secrétaire générale du PCF, qui en fait la clé de voûte de son argumentation en défense de la reddition de Tsipras :« le Grexit, souhaité de bout en bout par le gouvernement allemand, aurait signifié une faillite catastrophique pour les couches populaires en Grèce. (…) En acceptant, contraint, les conditions draconiennes de l’accord, c’est donc en quelque sorte maintenu dans la prison de l’austérité que Tsípras a décidé de continuer à mener le combat, parce que le choix alternatif du Grexit n’était pas celui de la liberté mais celui du condamné à mort ». (...)

    Le climat de terreur vis-à-vis du Grexit s’est déployé sur un double registre : d’une part, celui du choc économique associé au changement de régime monétaire et, d’autre part, celui de la puissance symbolique associée à l’euro qui, au-delà de son rôle monétaire, est chargé des aspirations au rattrapage du côté des pays de la périphérie et, plus généralement, d’un horizon humaniste de dépassement des clivages nationaux. (...)

    En quelques années le signifiant Europe a changé de contenu. Ce mot évoquait la fraternisation de peuples autrefois ennemis, la promesse d’une démocratie post-nationale, celle d’une prospérité partagée. Il est désormais synonyme de dépression économique, d’austérité, d’autoritarisme et de rancœur ravivées entre les peuples. Loin d’apporter une convergence des standards de vie à l’échelle continentale, il a produit une polarisation sociale accrue au sein des pays et entre les pays. Les économies de la périphérie sont cantonnées à un statut de semi-protectorat sous le joug d’un nouvel impérialisme orchestré au premier chef par les classes dominantes allemandes et leurs alliées européennes, à commencer par les multinationales françaises de l’industrie et de la banque.

    La victoire dans les urnes de Syriza le 20 septembre 2015 ne change pas la donne. Au contraire, elle entérine la normalisation de ce parti qui avait promis d’interrompre la litanie des coupes budgétaires et des réformes structurelles qui forment aujourd’hui le seul horizon des partis de l’extrême centre. L’échec d’Unité populaire témoigne de la difficulté de rouvrir la brèche lorsque l’enthousiasme est retombé et que prévaut la logique du moindre mal.

    L’événement qui me hante est celui 13 juillet 2015. Ce petit matin lors duquel les espoirs de millions de grecs et des forces de gauche sur tout le continent se sont évanouis a révélé crument une impasse stratégique : prioriser l’idée européenne implique pour la gauche au pouvoir de se nier elle-même. J’en tire une leçon. Pour ne plus s’écraser dans l’insignifiant, la gauche doit s’arrimer solidement aux intérêts immédiats des subalternes, c’est-à-dire récuser l’austérité et préparer la sortie de la monnaie unique. Au défaitisme de l’autre Europe s’oppose la volonté de rompre."

    « Vers la guerre civile ? - Jacques Sapir« Le gouvernement grec a sacrifié la démocratie » - Zoe Konstantopoulou »

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  • Commentaires

    1
    Redstar
    Lundi 2 Novembre 2015 à 22:52
    Mais quelle burne ce Pierre Laurent
      • Mardi 3 Novembre 2015 à 00:19

        En effet, je crois que c'était ce que voulait dire l'auteur du texte .

    2
    BA
    Jeudi 5 Novembre 2015 à 18:56

     

    Jeudi 5 novembre 2015 :

     

     

     

    Bruxelles estime que 3 millions de migrants arriveront d’ici à 2017 dans l’Union Européenne.

     

     

     

    Dans son rapport de plus de 200 pages de prévisions économiques, la Commission européenne a estimé qu’« au total trois millions de personnes supplémentaires devraient arriver dans l’Union européenne » de 2015 à 2017.

     

     

     

    http://www.lemonde.fr/europe/article/2015/11/05/bruxelles-predit-l-arrivee-de-trois-millions-de-migrants-d-ici-a-2017-dans-l-ue_4803964_3214.html

     

     

     

    Oh putain ...

     

    - Où allons-nous loger ces 3 millions de migrants ?

     

     

     

    - Quels emplois allons-nous trouver pour ces 3 millions de migrants ?

     

     

     

    - Quelle sera la réaction des peuples européens ?

     

     

     

    - Dans les années qui viennent, pour quels partis politiques vont voter les peuples européens ?

     

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