• Euro : Martin Wolf crie au loup !

    "Jusqu'ici, je n'avais jamais totalement compris comment 1930 pouvait se produire. Maintenant, si. (...) On doit aujourd'hui craindre qu'une vague de défauts bancaires et souverains ne causent un effondrement similaire dans la zone euro, qui est aujourd'hui ce qui existe de plus proche de l'ancien étalon or" (Juin 2012)

    "La récompense de la douleur actuelle, ce sera la douleur future. (...) La clé en Europe aujourd'hui, c'est la façon dont l'Allemagne perçoit son intérêt national. Lorsqu'il sera devenu évident que leurs conditions pour sortir de la crise ne fonctionneront pas, les dirigeants allemands devront choisir entre le naufrage et le changement de cap" (Mai 2012)

    "Si les pays doivent subir de longues années de dépression et de déflation par la dette, l'euro risque de se transformer en symbole honni de l'appauvrissement. En tant que robuste union fédérale, les Etats-Unis pourraient résister sans dommage à une telle déception. Mais la zone euro, bien plus fragile, n'y survivrait pas" (Mai 2012)


     

    Zone euro : ni solution fédérale, ni statu quo destructeur - Juillet 2012. Extrait.

    Le sommet organisé par l'Union européenne les 28 et 29 juin pour résoudre la crise de la zone euro avait à trancher entre trois solutions possibles : une Europe fédérale ; le maintien du statu quo ; des réformes limitées. (...)

    Je considère donc que l'option fédérale complète est trop exigeante, et que la voie actuelle l'est trop peu. Reste donc à déterminer s'il est possible d'envisager une solution intermédiaire. Cela serait, semble-t-il, dans l'intérêt de tous, vu ce que serait la situation en cas d'effondrement de l'euro. (...)

    L'Allemagne affiche son engagement en faveur de solutions fédérales mais, tel saint Augustin, estime qu'il est "trop tôt". Mais qu'une aide supplémentaire fonctionne ou pas, c'est dès maintenant qu'il faut la fournir.

    Se déclarer disposé à accepter des pertes chez ceux qui ont consenti de mauvais prêts à l'étranger serait un premier pas : le risque d'aléa moral commence chez soi. Des mesures nationales de relance plus fortes iraient dans le même sens et seraient, comme l'ont d'ailleurs reconnu certains dirigeants allemands, favorables à l'Allemagne, comme des hausses de salaires, une demande plus soutenue et même une inflation plus forte. (...)

    (Dans Le Monde. cette chronique de Martin Wolf est publiée en partenariat exclusif avec le "Financial Times" © FT. Traduit de l'anglais par Gilles Berton).


     

    Pour une nouvelle forme d'union monétaire - Juin 2012. Extrait.

    (...) Une alternative serait d'opter pour une union de transfert, c'est-à-dire un système de transferts permanents des Etats membres les plus riches vers les moins riches, comme cela se pratique souvent entre les régions d'un même pays. Cela est politiquement inenvisageable, mais, surtout, ce n'est ni nécessaire ni souhaitable d'un point de vue économique. (...)

    (...) S'il paraît peu probable que les politiques actuelles fonctionnent, et si l'on exclut les deux hypothèses d'union fédérale et d'union de transfert, politiquement ou économiquement infaisables, alors que reste-t-il ?

    Je propose de combiner deux idées : une "union d'assurance" et une "union d'ajustement". Par union d'assurance, j'entends une union qui fournisse un soutien temporaire et ciblé aux pays frappés par des crises graves. L'union d'ajustement, elle, procure un ajustement symétrique face aux changements de circonstance, parmi lesquelles les fluctuations du financement. Les deux éléments sont nécessaires et, ensemble, devraient suffire à garantir une union gérable sur le long terme.

    (...) Dans une crise, l'assurance doit soutenir le système financier et (si possible) la solvabilité budgétaire. Mais pour qu'il s'agisse d'une véritable assurance, et non pas d'un système de subventions illimitées, il faut imposer certaines conditions.

    L'ajustement est encore plus important que l'assurance. Les membres doivent avoir la possibilité de se redresser dans un laps de temps raisonnable à condition qu'ils adoptent des politiques appropriées. Si les différents membres - et notamment les plus importants d'entre eux - veulent procéder à leur propre ajustement, ils auront besoin d'ajustements complémentaires ailleurs.

    Le nécessaire retour aux équilibres internes et externes dans les pays frappés par la crise ne pourra pas s'effectuer sans une augmentation des dépenses et de l'inflation dans les pays du coeur de la zone.

    La zone euro sera-t-elle capable de procéder aux réformes nécessaires dans un avenir proche ? Je l'ignore. Il est possible que le temps, désormais, manque, et que l'irritation soit trop grande.

    Mais du point de vue théorique, ce qu'il faut faire paraît clair : avancer de manière rapide et efficace vers une union d'assurance et d'ajustement. C'est une manière de permettre à des pays qui restent largement souverains de partager une monnaie unique

    Le Monde (cette chronique est publiée en partenariat avec le "Financial Times" © FT. Traduit de l'anglais par Gilles Berton).



    Grâce à la crise de l'euro, je comprends mieux la Grande Dépression de 1930" - Juin 2012. Extrait d'un éditorial du Financial Times.

    "Jusqu'ici, je n'avais jamais totalement compris comment 1930 pouvait se produire. Maintenant, si. Les ingrédients sont simples : des économies fragiles, un régime monétaire rigide, un débat intense sur la question de ce qui doit être fait, une croyance répandue dans le fait qu'il est bon de souffrir, les politiciens myopes, une incapacité a coopérer et un échec à anticiper les évènements."

    "La finance jour un rôle central dans les crises, générant de l'euphorie, des dépenses excessives, et des effets de leviers excessifs dans le meilleur des cas, ou de la panique et du repli dans le pire des cas. Les doutes quant à la stabilité de la finance dépend de la solvabilité perçue des créanciers. "

    "on oublie souvent que la faillite de la banque autrichienne Creditanstalt en 1931 a mené à une vague de faillites bancaires à travers le continent. Ca s'est révélé etre le debut de la fin de l'étalon or, menant à la Grande Dépression. On doit aujourd'hui craindre qu'une vague de défauts bancaires et souverains ne causent un effondrement similaire dans la zone euro, qui est aujourd'hui ce qui existe de plus proche de l'ancien étalon or. Le défaut de l'eurozone générera en retour une perturbation massive du système financier global, faisant même peut-être sauter les murs qui contiennent la dépression."

    (...) "A quel point cette peur est-elle réaliste ? Elle l'est dans une assez large mesure. Entre autres parce que tant de personnes la craignent. Dans une panique, la peur s'auto entretient. Pour l'apaiser, il faut un prêteur de dernier recours volontaire et capable d'agir à une échelle illimitée. Il n'est pas évident que la zone euro dispose d'un tel préteur. Les fonds de secours négociés qui sont censés soutenir les pays en difficulté sont limités de plusieurs façons. La Banque centrale européenne, bien que capables en théorie d'agir à une échelle illimitée, pourrait se révéler incapable de le faire en pratique, si les paniques bancaires à gérer étaient trop importantes. Mais alors, peut-on se demander, quelle est la limite du crédit que la Bundesbank accepterait d'offrir aux banques centrales dans le cas d'une panique massive ? Dans une crise sévère, la BCE et les gouvernements pourraient-ils seulement agir de façon effective ?" (...)

    Atlantico


    Mais que veut donc l'Allemagne ? - Juin 2012. Extrait.

    (...) L'austérité affaiblit un peu plus les économies et les banques. Cela, à son tour, fait augmenter le chômage et réduit les recettes publiques, ce qui rend l'austérité budgétaire inefficace. Pendant ce temps, la demande atone des pays du coeur de la zone aggrave la faiblesse économique de la périphérie au lieu de la compenser.

    Avec des banques en difficulté, une demande privée essoufflée, une demande publique en contraction et une demande extérieure faible, il est probable que, dans deux ou trois ans, les économies fragiles enregistreront une production moindre et un chômage en hausse. La récompense de la douleur actuelle, ce sera la douleur future.

    Avec ou sans la Grèce, il est difficile pour l'heure de croire que la zone euro pourrait y survivre, tout particulièrement quand le principal argument en sa faveur - celui de l'intégration économique et financière - est en train de se désagréger. Le chemin vers l'éclatement s'est élargi. Cela pourra prendre des semaines, des mois, voire des années, mais la direction, hélas, semble de plus en plus claire.

    (...) Je me demande alors de quelle façon les décideurs allemands imaginent qu'ils vont pouvoir enrayer la spirale infernale de la zone euro.

    La première hypothèse est qu'ils pensent qu'ils n'y parviendront pas, que certains des pays vulnérables vont connaître une existence tellement difficile qu'ils quitteront volontairement la zone, réduisant celle-ci à un noyau de pays ayant des conceptions proches, et diminuant ainsi les risques que font peser sur la stabilité monétaire et budgétaire allemande les pressions en faveur d'un sauvetage des économies faibles.

    La seconde hypothèse est que les Allemands pensent réellement que ces politiques-là ont des chances de marcher, que les pays les plus faibles connaissent une "dévaluation intérieure" telle qu'ils enregistreront de vastes excédents extérieurs par rapport au reste du monde et que, par conséquent, ils finiront par redresser leur activité économique.

    (...) La clé en Europe aujourd'hui, c'est la façon dont l'Allemagne perçoit son intérêt national. Lorsqu'il sera devenu évident que leurs conditions pour sortir de la crise ne fonctionneront pas, les dirigeants allemands devront choisir entre le naufrage et le changement de cap.

    J'ignore quel choix fera l'Allemagne. Je ne sais même pas si ses dirigeants savent ce qu'ils choisiront. C'est pourtant de ce choix que dépendra le destin de l'Europe."

    Le Monde (cette chronique est publiée en partenariat exclusif avec le "Financial Times" © FT. Traduit de l'anglais par Gilles Berton).




    L'Europe doit agir vite pour renouer avec la croissance - Mai 2012. Extrait.

    (...) S'il est hors de question de démanteler l'euro, s'il n'est pas possible d'obtenir un véritable financement fédéral et si la solidarité mutuelle est vouée à rester limitée, quelle solution reste-t-il ? Réponse : une accélération de l'ajustement permettant de remettre en forme les économies.

    En vérité, cela serait essentiel, même si se manifestait une plus grande solidarité. La zone euro ne doit pas transformer les économies aujourd'hui affaiblies en régions en dépression, soutenues par des transferts permanents - une politique qui a saccagé le sud de l'Italie.

    Comment procéder à un ajustement plus rapide ? Par le dynamisme économique de la zone euro et par une hausse plus forte des salaires et de l'inflation dans les pays du coeur de la zone que dans les pays affaiblis de la périphérie.

    La stratégie de croissance ne se limite certainement pas à une politique de l'offre. D'après les prévisions du Fonds monétaire international (FMI), le PIB nominal brut de la zone euro ne croîtra que de 20 % entre 2008 et 2017.

    Pour les économies sous tension, une croissance aussi faible est un désastre : cela signifie que la zone euro dans son ensemble tend à accentuer, et non à compenser, leur contraction du crédit et leur rigueur budgétaire. Ces pays peuvent mettre cela sur le compte de l'adoption universelle de la rigueur budgétaire et des politiques de la Banque centrale européenne (BCE), qui a laissé stagner la masse monétaire.

    Qu'est-ce que tout cela a à voir avec le risque d'une sortie de la Grèce et la nécessité d'en gérer les retombées si elle devait se produire ? A la fois tout et rien. Rien parce qu'il restera nécessaire de gérer d'autres paniques, presque certainement par un soutien illimité de la BCE, comme l'a expliqué récemment Jacek Rostowski, le ministre polonais des finances. Tout, parce que, en raison des vastes divergences en matière de compétitivité, du manque de solidarité budgétaire et de la fragilité des banques, il est crucial d'offrir une perspective plausible d'ajustement vers la croissance.

    Si les pays doivent subir de longues années de dépression et de déflation par la dette, l'euro risque de se transformer en symbole honni de l'appauvrissement. En tant que robuste union fédérale, les Etats-Unis pourraient résister sans dommage à une telle déception.

    Mais la zone euro, bien plus fragile, n'y survivrait pas

    Le Monde (cette chronique est publiée en partenariat exclusif avec le "Financial Times" © FT. Traduit de l'anglais par Gilles Berton).

     

    Ni possible ni souhaitable, Par Martin Wolf, journaliste au Financial Time - 26 Septembre 2011. Extrait.

    "une sortie de l'euro (et donc, dans le cadre de la législation actuelle, de l'UE elle-même) du pays qui est au coeur de l'Union européenne menacerait non seulement le marché unique, mais encore l'ensemble du tissu coopératif de l'Europe d'après-guerre. La zone euro ne peut rester en l'état, elle ne peut défaire ce qu'elle a fait, mais elle est traumatisée à l'idée d'aller de l'avant.

    Ce qu'il faut aujourd'hui, c'est une expansion économique agressive au centre de la zone, notamment grâce à un assouplissement immédiat de la politique monétaire de la BCE, accompagnée d'un solide soutien aux pays confrontés à l'illiquidité de leurs dettes et, dans certains cas, d'allégements importants de la dette."

    Dans Le Monde

     

    Le choix cornélien de Berlin, Par Martin Wolf, journaliste au Financial Time - Septembre 2011. Extrait.

    "La moins mauvaise des options serait que la BCE fournisse des liquidités en quantité illimitée aux gouvernements et aux institutions financières solvables. (...)

    Que se passerait-il si Berlin refusait d'appuyer une mesure aussi audacieuse ? La BCE devrait quand même aller de l'avant plutôt que de laisser se produire une succession d'effondrements. Il reviendrait alors à l'Allemagne de décider si elle veut sortir de l'Union monétaire, avec éventuellement l'Autriche, les Pays-Bas et la Finlande."

    Dans Le Monde

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