• Frédéric Lordon prône la rupture avec l'Allemagne

    "Il apparaît de plus en plus clairement que seul l’acharnement doctrinaire de l’Allemagne porte le poids de la catastrophe européenne. (...) La solution est donc ailleurs qu’à Berlin : à Paris ! Elle suppose de renoncer enfin au mythe catastrophique du « couple franco-allemand » et d’accepter d’entrer en rude confrontation avec l’Allemagne." (Mai 2012)

    "L’Allemagne inquiète – on peut d’ailleurs la comprendre – à l’idée de faire monnaie partagée, cherche obstinément les moyens institutionnels de garder sous (son) contrôle la souveraineté économique de ses partenaires. (...) le mépris du principe fondamental de souveraineté est peut-être la seule vraie constance de la construction européenne – et la cause de son destin scellé (...) La « gauche » se croit en devoir d’un supplément d’âme qui prend ordinairement la forme d’une promesse radieuse, en l’occurrence celle de l’« Europe sociale », illusion répétitivement servie aux populations qui commencent à trouver le temps long et à avoir besoin de quelques douceurs pour patienter dans le calme." (Juin 2012)

    "Le mobile des solidarités internationalistes existe surtout dans les têtes des élites intellectuelles internationalistes. (...) Que Jean-Marc Ayrault se rassure : depuis deux décennies, l’idée d’une solidarité profonde entre le fléau néolibéral et la monnaie unique a fait de grand progrès dans l’esprit public. Opposants au TSCG = partisans de la sortie de cet euro ? Mais tout à fait Jean-Marc !  " (Septembre 2012)


    Frédéric Lordon, CNRS

    * * *


    En sortir - Septembre 2012. Extrait.

    (...) C’est le propre de la domination que le désastre est le plus souvent la meilleure chance des dominés. La fenêtre de ce désastre bancaire-là, à l’inverse de celle de 2008, il ne faudra pas la manquer. Une fois de plus il faut rappeler les effrayés à la conséquence. En situation de surendettement historique, il n’y a de choix qu’entre l’ajustement structurel au service des créanciers et une forme ou une autre de leur ruine. A chacun de choisir son camp et de dire clairement pour laquelle des deux options il penche. A tous ceux qui n’auront pas pris le parti des rentiers mais que la perspective de la convulsion continue d’inquiéter, il faut redire qu’on n’a jamais vu un ordre de domination, a fortiori quand il est aussi puissant que le néolibéralisme, « rendre les clés » de son mouvement spontané. C’est dans le monde des rêves social-démocrates qu’on se plait à imaginer des gentils puissants, qui d’eux-mêmes trouveraient les voies de la décence et de l’autolimitation. Sauf hypothèse de sainteté, on ne voit pas bien par quel improbable mouvement de l’âme les dominants pourraient consentir de leur propre gré à la transformation d’un monde qui leur fait la vie si belle et auquel tous leurs intérêts, patrimoniaux aussi bien qu’existentiels, ont intimement partie liée. (...)  
    Il y a aussi que la politique se fait avec les ressources qu’elle a sous la main. La ressource première du soulèvement transformateur, c’est la colère. Qui est en colère ? Qui descend dans la rue ? Qui exprime à une échelle significative le refus de l’ordre néolibéral ? Pas les Allemands. Pas encore objectera la thèse d’Attac. Sans doute, mais l’objection va finir par ressembler étrangement aux éternelles promesses de la gauche de droite : « il faut voter (respectivement attendre) pour faire progresser l’Europe malgré tout et avoir l’Europe sociale plus tard (respectivement pour faire mûrir la prise de conscience allemande… et avoir l’Europe sociale plus tard), appels à la patience qui, si politiquement opposés soient-ils, ne sont simplement plus tenables. S’il faut le moyen ou le long terme pour que le corps social allemand, qui part de beaucoup plus loin, fasse éventuellement le chemin de la révision monétaire, la réponse est que nous n’avons plus le temps d’attendre – toujours cette indéfectible bonne vieille idée keynésienne que dans le long terme nous serons tous morts…

    Pour l’heure ce sont les Grecs, les Espagnols, les Italiens, les Portugais qui descendent dans la rue – et les Français qui les rejoindront s’ils arrivent à surmonter l’espèce de stupéfaction anesthésique qui leur interdit d’habitude tout mouvement social d’ampleur quand la « gauche » est au pouvoir (et que ses auxiliaires syndicaux veillent à ne surtout rien déclencher de fâcheux). Le mobile des solidarités internationalistes existe surtout dans les têtes des élites intellectuelles internationalistes. La pratique est sensiblement différente – moins reluisante si l’on veut : on commence d’abord par manifester pour soi, et l’on constate ensuite d’éventuelles solidarités de situation.

    (...) Dans un mouvement paradoxal où se mêlent une très inintentionnelle lucidité et une sorte de panique rhétorique qui sent l’extrémité, Jean-Marc Ayrault a trouvé malin de considérer que les opposants au TSCG sont des partisans de « la sortie de l’euro ». Eternelle menace du quitte ou double, de l’ordre des choses ou bien du chaos, qui dit la misère argumentative où l’européisme se trouve rendu. Il faut vraiment être au bout du bout de l’incapacité politique pour en venir à ce genre de propos sans réaliser qu’on ne s’y prendrait pas autrement pour rendre délibérément haïssable la construction monétaire européenne, et donner très fort l’envie d’essayer le « chaos » — qui n’en est pas un : c’est juste un autre ordre que le leur. Que Jean-Marc Ayrault se rassure : depuis deux décennies, l’idée d’une solidarité profonde entre le fléau néolibéral et la monnaie unique a fait de grand progrès dans l’esprit public. Opposants au TSCG = partisans de la sortie de cet euro ? Mais tout à fait Jean-Marc !

    Encore quelques déclarations de cette farine et l’idée subséquente d’en finir avec tout ça et d’en sortir pour de bon commencera à avoir l’avenir pour elle.



    La fausse solution des eurobonds - Juin 2012. Extrait.

    (...) La crise, loin d’être une « simple » crise financière, est fondamentalement une crise politique, une crise de ce qu’on pourrait appeler « l’économie générale de la souveraineté », irrésolue tant que l’Allemagne inquiète – on peut d’ailleurs la comprendre – à l’idée de faire monnaie partagée, cherche obstinément les moyens institutionnels de garder sous (son) contrôle la souveraineté économique de ses partenaires – mais c’est cela le pas de trop qui sépare l’inquiétude légitime de l’entreprise insupportable de réduction des autres à la subordination.

    Or il ne faut pas douter que c’est bien dans cette direction que persisterait l’Allemagne qui, forcée de négocier un système d’eurobonds, le conditionnerait sine qua non à un approfondissement, mais carabiné, de l’appareil disciplinaire interne, en fait en proportion de l’allègement de l’appareil disciplinaire externe (celui des marchés). Et sans hésiter à aller jusqu’à des clauses de suspension des gouvernements à la moindre dérive, avec prise directe des commandes de leurs politiques économiques nationales par des équivalents-troïkas.

    Décidément l’Europe monétaire, sans doute faute de l’avoir posé comme tel, ne se sort pas de son problème originel – problème de la maîtrise des externalités au sein d’une communauté de politiques économiques partie indépendantes, partie solidarisées. Et si le système des eurobonds résout (partiellement) le problème du côté « marchés financiers », par les effets mêmes de la mutualisation-consolidation, il n’y parvient qu’au prix d’un approfondissement de la contradiction du côté « politique », où il reconduit, en la poussant à un point probablement intolérable, la tare congénitale du mépris des souverainetés démocratiques nationales. Les eurobonds en place et le risque d’un défaut souverain (national) quasi annulé, il n’y aura plus à attendre des situations de crise sérieuse pour voir débarquer ces messieurs de la troïka, qui estimeront de leur devoir de s’inviter à la moindre incartade pour remettre à coups de latte dans le droit chemin le déviant à peine sorti des clous. La surveillance constante des politiques économiques nationales, jusqu’à les placer sous un régime de quasi-protectorat, sera ainsi présentée comme la « juste contrepartie » des facilités offertes par les eurobonds, et comme « nécessaire régulation » des effets d’aléa moral qui s’en suivent. Entre TSCG constitutionnalisant des règles d’or et police permanente de la politique économique, des eurobonds sous influence allemande pousseront donc la dépossession des souverainetés à un point où l’on testera à un degré inédit la capacité des peuples à supporter la vassalisation technocratique.

    Pour le pas en avant qu’ils se proposent de faire, les eurobonds ne sortent pas du marais des compromis tarés – et tarés notamment par leur entêtement à faire des souverainetés démocratiques la variable d’ajustement de leurs trouvailles financières. Depuis les règles mêmes des Traités jusqu’au futur régime de protectorat des politiques économiques sous eurobonds, en passant par le pacte de stabilité puis le TSCG, le mépris (l’ignorance ?) du principe fondamental de souveraineté est peut-être la seule vraie constance de la construction européenne – et la cause de son destin scellé, comme en témoignent ses dramatiques convulsions chaque fois qu’un de ses peuples reprend la parole pour dire non, les Grecs il y a un mois, peut-être encore bientôt, et puis à quand les Irlandais, les Espagnols, les Italiens, les Portugais… ou les Français ?

    (...) On prête à François Mitterrand d’avoir été pleinement conscient, dès les multiples « tournants » du milieu des années 1980, de ce que son engagement européen allait accoucher d’une Europe libérale, une Europe de droite donc, mais qu’il jugeait bon de souffrir pourvu que le cadre institutionnel en fût installé, et quitte à devoir attendre un peu pour que le dit cadre finisse par se remplir de contenus progressistes. (...) Evidemment, l’accumulation des pots cassés « intermédiaires » ne va pas, à « gauche », sans quelques remords de conscience. C’est pourquoi là où la droite peut se contenter d’invoquer les impératifs de la sagesse économique, la « gauche » se croit en devoir d’un supplément d’âme qui prend ordinairement la forme d’une promesse radieuse, en l’occurrence celle de l’« Europe sociale », illusion répétitivement servie aux populations qui commencent à trouver le temps long et à avoir besoin de quelques douceurs pour patienter dans le calme. (...)

     


    Euro, terminus ? - Mai 2012. Extrait.

    "(...) Au moment où même les insoupçonnables Pays-Bas connaissent et le dérapage budgétaire et les turbulences politiques de l’austérité, au moment où les marchés financiers, le FMI et jusqu’à la presse financière anglosaxonne la plus idéologiquement engagée en faveur du néolibéralisme disent l’aberration de politiques de restriction autodestructrices, il apparaît de plus en plus clairement que seul l’acharnement doctrinaire de l’Allemagne porte le poids de la catastrophe européenne. Et l’on aperçoit enfin dans toute son ampleur l’aberration inaugurale qui aura consisté à imposer à tous le modèle d’un seul. Décidément l’Allemagne nous coûte… On se retiendra de voir dans les actuelles dévastations économiques et sociales une nouvelle manière de mettre le continent à feu et à sang, mais tout de même, c’est bien son obstination et elle seule qui est en train de ruiner l’Europe. (....)

    Il est maintenant temps de prendre conscience qu’il n’y aura aucune solution de survie de la monnaie européenne, et en fait de l’Union tout entière, sans une modification radicale de la position allemande — et l’acceptation de tout ce qu’elle a toujours refusé : révision profonde des missions de la banque centrale, autorisations d’actions ponctuelles de création monétaire au profit des Etats, abandon du dogme de l’équilibre fiscal structurel, contrôle des capitaux, etc. — et l’on évalue d’ici la probabilité de la chose… La solution est donc ailleurs qu’à Berlin : à Paris ! Elle suppose de renoncer enfin au mythe catastrophique du « couple franco-allemand » et d’accepter d’entrer en rude confrontation avec l’Allemagne. Cette dernière après tout n’avait-elle pas, au moment de la chute du Mur, imposé à toute l’Europe, France en tête, son ultimatum : ou l’adoption inconditionnelle de mon modèle de politique économique et l’euro selon mes directives, ou l’éloignement de l’Europe et le déport vers la Russie. Il n’est donc que temps de lui présenter l’ultimatum inverse et d’autant plus légitimement qu’il y va des intérêts vitaux des peuples européens : si l’Europe crève de suivre le modèle allemand, il faut l’abandonner ou nous referons une autre Europe sans vous.

    Mais la probabilité de cette autre chose est-elle beaucoup plus grande ? Par réflexe incorporé au point d’être devenu quasi-reptilien, les élites françaises arrivant au pouvoir, et spécialement les élites « socialistes », ont pour tout premier mouvement de faire le pèlerinage de Berlin et de psalmodier la gloire indestructible du-couple-franco-allemand. Mais l’Allemagne est devenue néfaste à l’Europe et, par transitivité, ce couple également. Il est malheureusement à craindre que seuls des événements considérables, entendre des destructions de très grande ampleur comme l’effondrement bancaire européen généralisé, puissent éventuellement conduire le pouvoir socialiste français actuel à sortir de son hébétude et de sa pusillanimité pour envisager — mais tautologiquement ! — que, l’Europe en ruine, le concept de moteur franco-allemand de l’Europe perd beaucoup de son sens… Et songer à refaire autre chose.


     

    Crise européenne, deuxième service - Novembre 2010. Extrait.

    (...) Une Union européenne restructurée, quel qu’en soit le périmètre – et la question se pose car à l’évidence ni l’Allemagne ni le Royaume-Uni ne seront vraisemblablement désireux d’entrer dans pareil projet – devrait donc avoir pour ligne stratégique de « démarchéiser » le financement des déficits publics puisque c’est précisément par le truchement de cette dépendance-là que la finance a pris le pouvoir sur les politiques économiques. Comment organiser le financement des déficits publics sans avoir à en passer par les marchés de capitaux, voilà la seule question digne d’intérêt dans la conjoncture présente – et la seule évidemment à n’être jamais posée comme telle. Seuls des esprits javellisés au néolibéralisme, et pour qui la financiarisation est devenue comme une seconde nature demeureront incapables de concevoir ce nouveau régime de financement dont une histoire assez proche leur donnerait pourtant de parlantes illustrations. (...)

    Car longtemps les impasses budgétaires ont été financées par des avances de la banque centrale, c’est-à-dire sous la forme de crédit, et par la création monétaire. Rien dans cette assertion n’est de nature à laisser entendre que le financement monétaire pourrait financer tous les déficits inconditionnellement et sans la moindre restriction de volume. Il y a tout lieu de se méfier d’un monopole d’Etat sur la création monétaire et, de même qu’une Grande Dépression, une hyperinflation n’est pas belle à voir. Mais entre la prohibition aveugle et l’abus manifeste il y a tout de même quelques intermédiaires qu’il appartient à une analyse raisonnée des conditions macroéconomiques et à une architecture institutionnelle appropriée d’explorer. Pour ne parler que des conditions macroéconomiques, elles sont suffisamment bien connues – chômage de masse, sous-utilisation importante des capacités, absence d’inflation rampante –… pour qu’on puisse les reconnaître très exactement dans la conjoncture actuelle. Quant à l’architecture institutionnelle, on peut déjà en dire qu’elle requerrait immanquablement un volet de contrôle des capitaux pour neutraliser les éventuels effets adverses sur le change… et bien sûr d’abroger immédiatement le statut d’indépendance de la banque centrale pour la rapatrier dans un ensemble institutionnel de la politique économique sous contrôle démocratique intégral.

    Hors le financement monétaire et pour la part que lui autoriseraient, en situation, les conditions macroéconomiques du moment, l’émancipation d’avec les marchés de capitaux peut aussi être envisagée par la renationalisation du financement des déficits publics, c’est-à-dire par des mécanismes réglementaires d’allocation prioritaire de l’épargne intérieure collectée par les investisseurs institutionnels aux besoins de financement de l’Etat – à la manière de ce qui se passe au Japon où, détenue à 95 % par des épargnants résidents, la dette publique pourtant de 200 % du PIB ne pose pas le moindre problème.

    On peut également ajouter ceci pour finir. Instituées les conditions d’un affranchissement des financements publics d’avec les marchés de capitaux, rien n’interdit d’envisager de se débarrasser du boulet du passé, on veut dire : le stock de la dette. Le défaut n’est rendu inconcevable que par la crainte des Etats d’avoir à retourner sur les marchés à des conditions dégradées. Mais cette crainte ôtée, la possibilité du défaut est restaurée. (...)

    Il restera pour ultime redoute aux amis de la finance le trémolo apocalyptique qui annonce l’effondrement bancaire généralisé si la dette publique venait à être répudiée. Pas faux. Mais pas triste non plus. Car par la même inversion de point de vue que celle qui amenait à l’instant à requalifier la part prise par la dette dans le budget de l’Etat, il faudra leur faire savoir que cette fois-ci l’effondrement bancaire, on l’attend. De pied ferme et même avec une légère gourmandise.

     

     

    Ce n’est pas la Grèce qu’il faut exclure, c’est l’Allemagne ! - Mars 2010. Extrait.

    "(...) Les semaines écoulées, semaines de crise politique européenne bien plus que de crise financière grecque, auront au moins eu le pouvoir révélateur, au sens photographique du terme, de porter au grand jour les tares congénitales de la construction monétaire européenne, et même plus radicalement encore, dès lors qu’on en interroge les origines, de conduire à la question fondamentale de savoir s’il est possible de vivre en union monétaire avec l’Allemagne.

    On sait moins que l’Allemagne est l’auteur de l’étrange article 63 (dans la numérotation Lisbonne) prohibant toute restriction aux mouvements de capitaux entre les États membres et entre les États membres et les États extérieurs à l’Union. Ainsi le mensonge de « l’Europe bouclier contre la mondialisation » est-il avoué en toutes lettres puisque si, à la rigueur, la déréglementation financière intra-européenne entre dans la logique des divers « grands marchés » européens (biens, services, investissements directs et donc capitaux financiers), rien, au regard des objectifs officiels de l’Union et de sa logique de l’unification intérieure, ne saurait en revanche justifier l’abattement de toute barrière financière entre le dedans et le dehors.(...)

    Bien sûr le rapport Delors qui donne au Traité de Maastricht sa première esquisse, prévoit toute une série de garde-fous supposés prévenir les dérives de politique économique qui terrorisent l’Allemagne – les dérives « des autres ». Mais peut-on faire confiance aux seules dispositions d’un Traité, qui n’envisage que des sanctions incertaines (il faudra d’ailleurs attendre la formulation du pacte de stabilité en 1996-1997 pour être un peu plus au clair sur le sujet) et laisse aux appréciations et aux arrangements politiques une marge bien trop grande ? Hans Tietmeyer pense que non. C’est pourquoi il se saisit de la directive « marchés de capitaux » pour en pousser la logique au-delà de sa circonscription européenne, avec pour rationalité stratégique d’établir les marchés financiers intra- et extra-européens en instance de surveillance des politiques économiques de la future zone euro.

    À un journaliste qui lui posait la question de sa vie politique future, James Carville, ancien conseiller de Bill Clinton, répondait plaisamment qu’il rêvait d’être réincarné en marché obligataire, à ses yeux (très justement) le summum de la puissance puisque – la Grèce s’en aperçoit assez ces temps-ci – c’est là le lieu d’où l’on peut faire plier les États et prendre la main sur leurs options économiques les plus fondamentales. Tietmeyer a déjà parfaitement conscience de ce rapport de pouvoir qui s’est établi entre les marchés de capitaux et des puissances étatiques qui n’ont plus de souveraines que le nom. L’Allemagne cherche un pouvoir de normalisation des politiques économiques dont elle doute qu’un traité puisse le fournir ? Elle le trouve dans les marchés obligataires auxquels elle décide d’exposer les politiques des États membres, et puisque l’efficacité de la normalisation est proportionnelle à la surface des marchés institués en instance de surveillance, elle préconise fort logiquement d’ouvrir l’espace financier européen à tous les mouvements de capitaux de la planète. À part ça, l’Europe est « un bouclier contre la mondialisation »… (...)"

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