• Il faut laisser mourir le Parti Communiste Français

    Le Parti Communiste Français fit une entrée fracassante sur la scène de l'histoire lorsque le mouvement ouvrier socialiste noua l'alliance de feu avec l'Union soviétique. La Révolution bolchévique faisait naître soudain l'immense espoir, parmi les masses exploitées, d'une libération prochaine. Le rêve ouvrier d'un monde nouveau semblait à portée de main et de fusils.

    C'était au temps où le Parti Communiste avait une odeur de sang. Celui des masses, avant lui reléguées aux marges de la politique, et dont il fut longtemps l'instrument de classe. C'est par lui qu'elles accédèrent enfin à la parole publique, et finalement qu'elles se sentirent appartenir un tant soit peu à cette République qui les avait pendant si longtemps délaissés.

    La décennie 80 aura été fatale au mouvement communiste dans le monde et en France : Désastre du "socialisme réel" dans les pays de l'Est, évaporation de l'idéologie marxiste, effondrement électoral en France. L'histoire du communisme français s'est achevée en 2002 lorsque les résultats de l'élection présidentielle vinrent sanctionner l'expérience de la gauche plurielle.

    Cette histoire grandiose et tragique est destinée à trouver sa place dans la mémoire nationale, à l'image de celle du Parti Radical, qui marqua tant le début de l'ère démocratique, ou encore du Gaullisme, qui oeuvra pour installer la Droite française du (bon) côté de la République.

     

    Il faut laisser mourir le Parti Communiste Français

     Ambiance festive au dernier congrès du PCF

    Un parti-zombie

    Du Parti Communiste, il ne reste plus aujourd'hui qu'une petite organisation politique qui vivote au gré des alliances de circonstance avec le Parti Socialiste; à l'occasion, il fait aussi affaire avec le Parti Radical, autre parti-zombie. Sans aucune emprise sur le pays, sans idées, ce parti n'est plus qu'un syndicat d'élus locaux qui ont construit une forteresse afin de résister le plus longtemps possible à l'érosion inexorable de leurs rentes électorales.

    Tout cela aurait peu d'importance si le petit business électoral du Parti Communiste n'interférait pas avec la politique nationale.

    En effet, il se trouve que des militants de gauche, orphelins du grand parti ouvrier qu'était le PCF, tentent péniblement de se rassembler au sein du Front de Gauche. Dans le contexte dramatique d'une crise majeure du capitalisme, l'enjeu est de combattre et de dépasser la pensée unique libérale UMPS, tout en proposant une alternative à la voie conservatrice incarnée par le FN.

    Inexistant sur le plan électoral, mais fort de son réseau d'élus et de militants notabilisés, le PCF fait preuve d'une remarquable capacité de nuisance vis à vis du Front de Gauche. Par l'histoire dont il se revendique, il occupe naturellement l'espace à la gauche du Parti socialiste, jouant le jeu de la constestation. Mais ses derniers atermoiements au sujet des élections municipales menacent de porter un coup fatal à la crédibilité du Front de Gauche.

    L'avenir du FDG en question

    Préparant le terrain à une alliance avec le PS aux municipales, Pierre Laurent, secrétaire général du Parti Communiste, s'est tout d'abord opposé publiquement au leader du Front de Gauche, disant "refuser la provocation et l’invective à l'égard du PS». C'est un revirement total de stratégie qui s'opère : "le maître mot pour nous n'est pas autonomie, c'est rassemblement".

    Au même moment, des intellectuels membres du comité national du Parti appellent, dans l'optique des élections européennes qui ont lieu dans le foulée des municipales, à ne pas faire campagne pour la sortie de l'euro. Le PCF actuel considère ainsi appartenir à une gauche rassemblée autour du PS, un parti bourgeois, libéral et européiste. 

    Or, le Front de gauche s'est construit par la conviction de JL Mélenchon que le Parti Socialiste est un bateau à la dérive sur le point de sombrer qu'il faut au plus vite abandonner. Selon le leader du Parti Gauche : "le Front de gauche n’est crédible et visible que comme alternative nationale (...) une fois dilué dans le ronron et la grisaille de la langue des accords diplomatiques, il n’est même plus discernable". Bref, l'attitude du PCF vient "remettre en cause l’avenir du Front de Gauche."

    De fait, l'urgence, pour tous ceux qui ont l'ambition de défendre les intérêts des classes populaires, est de rompre avec le Parti Socialiste et tous ses alliés, PCF compris. Il faut empêcher à tout prix que les choix mortifères que fait le PCF depuis 30 ans, ne brise la dynamique du Front de Gauche.

    C'est pourquoi, il faut souhaiter, si le PCF persiste dans cette voie sans issue, que Mélenchon et son parti continuent leur chemin, seuls. Laissons mourir le Parti Communiste Français; qu'il repose enfin en paix.

     

     * * *

     

    Sources :

     

    Brignoles : les nuls. - Jean-Luc Mélenchon

     

    "La confusion et l’illisibilité de la position du Front de Gauche. Totalement inerte politiquement ou peu s’en faut, le Front de Gauche est enfoncé jusqu’aux essieux dans les jeux politiciens à Paris, la capitale, Nantes, la ville du premier ministre, Lyon capitale du rêve d’alliance au centre du PS. L’invisibilité est garantie. Car le Front de gauche n’est crédible et visible que comme alternative nationale. Une fois loué en pièce détachée, il n’est plus rien. Une fois dilué dans le ronron et la grisaille de la langue des accords diplomatiques, il n’est même plus discernable. Encore est-ce le meilleur des cas. Car une fois en pleine lumière, les listes communes avec les socialistes produiront « l’effet Brignoles » pour tout le pays ! Soyons plus direct encore. On pouvait avaler bien des couleuvres. Mais pas Paris ! (...)"

     

     

     

    Une alliance PCF-PS à Paris menacerait l’avenir du Front de gauche, avertit Mélenchon - Les Echos

     

    "Le leader du Parti de Gauche (PG), Jean-Luc Mélenchon, a averti jeudi le PCF, son principal partenaire au sein du Front de gauche, que l’avenir de leur alliance était « en cause » si les communistes persistaient à vouloir faire alliance avec le PS pour le premier tour des élections municipales à Paris.

     

    Or, le conseil départemental du PCF de Paris s’est prononcé à 67% pour des listes municipales d’union avec les socialistes et leur candidate Anne Hidalgo. Les militants devront toutefois avaliser choix les 17, 18 et 19 octobre prochains.

     

    « Le Parti de Gauche regrette ce vote. Réduire le vote parisien a une évènement local est une régression politique », accuse un communiqué du PG. Selon lui, le PS compte sur cette «  manoeuvre politique pour parvenir enfin à diviser le Front de Gauche et affaiblir sa lisibilité nationale en le faisant disparaître à Paris », accuse-t-il.

     

    «  Les femmes et les hommes du parti de Gauche ne sont pas des partenaires qu’on prend ou qu’on rejette au gré de besoins tactiques. Solennellement nous prévenons : l’avenir du Front de gauche est en cause  », prévient Jean-Luc Mélenchon"

     

    « La Gauche et le libéralisme : pour une clarificationLa rentrée anti-européenne de Marcel Gauchet »

    Tags Tags :
  • Commentaires

    1
    BA
    Jeudi 10 Octobre 2013 à 20:15

    Le PCF veut rester dans la zone euro.

     

    Normal.

     

    Les cadavres veulent rester avec les cadavres.

     

    Le FMI vient de donner ses prévisions pour l'année 2014. La situation des pays industrialisés peut se résumer en quatre mots :

     

    ils sont en faillite.

     

    1- Japon : dette publique de 242,3 % du PIB.

     

    2- Grèce : dette publique de 174 % du PIB.

     

    3- Italie : dette publique de 133,1 % du PIB.

     

    4- Portugal : dette publique de 125,3 % du PIB.

     

    5- Irlande : dette publique de 121 % du PIB.

     

    6- Etats-Unis : 107,3 % du PIB.

     

    7- Espagne : 99,1 % du PIB.

     

    8- Royaume-Uni : 95,3 % du PIB.

     

    9- France : 94,8 % du PIB.

     

    Le FMI ne parle pas de la Belgique. En mars 2013, la dette publique de la Belgique était de 104,5 % du PIB.

     

     

    http://www.imf.org/external/pubs/ft/fm/2013/02/pdf/fm1302.pdf

    2
    Jeudi 10 Octobre 2013 à 20:16
    Un partageux

    Je suis hélas ! d'accord avec toi.

    Hélas parce que, malgré ses errements, le PC porte une histoire qui le dépasse. Les municipalités communistes ont monté caisses de secours social, patronages (devenus centres aérés), colonies de vacances, bibliothèques, équipements sportifs gratuits quand les clubs sportifs étaient réservés à une clientèle friquée, auberges de jeunesse, habitat bon marché et tant d'autres initiatives devenues banales aujourd'hui même dans les villes de droite. Des initiatives qui ont tracé la voie du programme du CNR intitulé "Les jours heureux". Avec de légères bricoles comme la Sécurité sociale issue de l'idée des caisses de secours mutuel...

    Il y a au PC un courant suicidaire. Souhaitons malgré tout que les courants faucille et marteau orientent le parti. 

    3
    Jeudi 10 Octobre 2013 à 22:50

    Ce PCF là n'a plus rien à voir avec celui de la grande époque.

    Il ne faut pas confondre les héritiers pour qui le passé oriente l'avenir, et les rentiers qui  liquident l'héritage.

    Les héritiers de la grande histoire communistes sont partout sauf au PCF.

    Dans ce parti, il n'y a que des rentiers accrochés à leur notabilité et leurs titres de noblesse, fils de tel ancien responsable...

    Il n'y a rien à attendre de gens qui appellent à "faire barrage au front national" en appelant à voter pour un UMP. Allez-y , vous, voter pour un UMP !!!

    Dans mon entourage, je connais plutôt des gens, qui, quitte à voter pour type de droite, et bien que n'ayant jamais voté pour la droite , préfèreraient le candidat FN à celui UMP.

    Mélenchon, lui,  s'est refusé à se laisser prendre à la mascarade du front républicain.

    4
    Jeudi 10 Octobre 2013 à 23:22
    Un partageux

    Belle formule que celle des héritiers et des rentiers !

    Malgré tout il reste des militants purs au PC. Ceux-là ne courent pas les mandats mais sont dans la piétaille. J'en connais ainsi quelques uns qui n'ont pas à rougir de leur parcours. (Faut dire que je vis dans un ancien bastion communiste pur et dur. Bastion par les idées bien plus que par les fauteuils.) J'en connaissais aussi au PS, des militants dévoués, mais là je dois dire que, depuis la désignation puis l'élection de Hollande, les rangs se sont bien éclaircis...

    5
    myla2
    Dimanche 13 Octobre 2013 à 13:50

    Bonjour,

    Ton texte est très juste. J'y souscris entièrement.

    Merci, pour ta lucidité, et ce que tu apportes pour penser l'avenir .

    Myla

    6
    Mardi 19 Novembre 2013 à 00:20

    Globalement d’accord avec l’analyse de ce billet, j’en suis parvenu au même point de mes réflexions.

    L’étiquette même de communiste est devenue un frein à la propagation de toute critique radicale du capitalisme tardif. Mais ça ne date pas d’aujourd’hui.

     

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :