• Immigration : le populisme bobo de Mélenchon

     

     Georges Marchais - 1981

     


     

    Mélenchon sur CanalPlus - Février 2012

     

    Remarquez la différence de discours sur l'immigration tenu entre le George Marchais de la grande (et vieille) époque, et J.-L. Mélenchon. Que ne dirait-on pas aujourd'hui du tournant "rouge-brun" d'un parti politique de la gauche dite radicale si, comme Georges Marchais en 1981, elle appelait à "stopper l'immigration officielle et clandestine" ! Ce parti serait immédiatement accusé de tenir des propos opportunistes, sous la pression de la poussée électorale du Front National.

    C'est qu'aujourd'hui il y a des débats impossibles, car préemptés par le FN: l'immigration, l'euro, la nation... Paradoxalement, le FN, parti anti-système, agit comme le chien de garde de la pensée unique, interdisant l'évocation par d'autres de tout sujet de société dont il s'empare.

    Mais ce phénomène ne suffit pas expliquer le retournement de la gauche radicale sur le sujet de l'immigration. Pour paraphraser Marx, les idées ne flottent pas dans l'air, elles sont portées par des groupes sociaux ancrés dans une situation sociale particulière. L'effondrement du PC est aussi la fin d'une gauche tournée vers les classes populaires. De populaire, la gauche est devenue "radicale", portant les revendications de la classe moyenne progressiste. La posture contestaire a remplacé le conflit de classes.

    Or les catégories sociales protégées par un statut - de fonctionnaire, ou bien de titulaire de diplôme leur garantissant facilement un emploi dans le privé - sont plus à même de voir dans l'immigration une chance pour la France, son rayonnement international, sa compétitivité, et sont plus sensibles aux droits des migrants, que les catégories défavorisées, précarisées et touchées par le chômage, elles-mêmes en concurrence avec les travailleurs immigrés.

    A l'inverse, le Parti Communiste de Georges Marchais se faisait l'écho des angoisses des travailleurs résidents face à l'afflux de main d'oeuvre étrangère.

    Mais au delà de cette différence de point de vue, relative au clivage de classe, les propos de Jean-Luc Mélenchon sont choquants à plus d'un titre :

    1) Selon lui, la France du gouvernement Jospin aurait connu des tensions sur le marché de la main d'oeuvre qualifiée qui aurait rendu nécessaire l'appel à une main d'oeuvre étrangère. Ces propos font écho à ceux des patrons regrettant dans le contexte actuel la limitation de l'immigration instaurée par la droite. Malgré le chômage, il y aurait pénurie de main dans certains secteurs d'activité. On croit rêver. Certes, un employeur est toujours en quête du mouton à cinq pattes, du travailleur surqualifié, disponible, pas cher... Mais la réalité est qu'en France, comme l'ont montré des recherches universitaires, les niveaux de qualification exigées sont exagérément élevés. Rien n'est fait pour accompagner les salariés dans la prise en main du poste de travail. Ils doivent être immédiatement opérationnel. Plus fondamentalement, la responsabilité d'un gouvernement n'est pas - en situation de chômage de masse - de faire appel à une immigration choisie, mais de trouver des solutions pour les demandeurs d'emploi, fussent-ils en manque de compétence.

    2) Les grands discours sur la France accueillante, lorsque celui qui les tient n'est pas menacé par la concurrence étrangère, vire à la posture moralisatrice. On exige des autres qu'ils soient moraux, plus qu'on ne l'est nous-mêmes. Or si les classes populaires ne sont en rien plus racistes que les autres, ni moins accueillantes, elles font dans d'autres domaines l'expérience amère des limites de la solidarité.

    3) Enfin, Mélenchon oublie le caractère dramatique de la crise de sous-emploi dans laquelle nous sommes. De façon stupéfiante, il nie le fait que l'emploi soit en quantité limitée, faisant sien, en la circonstance, les discours libéraux les plus orthodoxes. Or, si tout militant de gauche sait qu'il est possible de sortir de la crise par le haut, il sait aussi que cela prendra du temps. Dans l'intervalle, la limitation drastique de l'immigration est légitime, car la première responsabilité des gouvernants est de protéger son peuple avant tout.

     

    Le drame de la gauche radicale est que le thème de l'immigration est devenu pour elle un marqueur identitaire. Or une gauche populaire à vocation majoritaire ne devrait pas se définir sur ce thème, mais au contraire intégrer en son sein des discours contradictoires. Pour l'heure, sur ce sujet, comme sur d'autres, elle donne dans ce qu'on pourrait appeler "le populisme bobo".

     

    « Athmosphère de fin de régime lors des débats sur l'euro Frédéric Lordon prône la rupture avec l'Allemagne »

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  • Commentaires

    1
    grinouitch
    Jeudi 27 Septembre 2012 à 12:01

    Je suis en total désaccord avec le propos que vous tenez, y compris de l'utilisation du terme "populisme" en lien avec la position de JLM (et du FdG) au sujet de l'immigration.

    Face au repli identitaire, à la montée en masse de l'intolérance et du racisme, de l'ultra-droitisation d'un UMP "décomplexé", d'une banalisation des idées de M. LE PEN, le tout dans un contexte ultra récessif et de catastrophe économique mondiale, il n'est pas seulement utile, il est INDISPENSABLE de rappeler ces valeurs de partage, d'humanité, de solidarité, de diversité, de lien social qui ont toujours fondé tous les peuples et le France en particulier.

    Ce faisant, votre propos, en voulant faire un pas de coté, de range finalement dans les même catégories que ceux de la droite réac et de la fausse gauche néo-cons (charlie Hebdo...).

    Le terme "bobo" est déjà suffisamment péjoratif, ayant été inventé par la droite pour ridiculer une partie de la population issue de classes moyennes, à moyenne supérieures qui, bénéficiant d'une culture et de la capacité de s'approprier certains sujets dits "techniques" (économie, social, géoplolitique) mettait à profit ce savoir pour propager des prises de conscience.

    Bref, sous couvert d'un recul, vous vous vautrez dans la critique la plus réac' aux cotés des chiens de garde de la médiacratie.

     

    2
    Coma81 Profil de Coma81
    Jeudi 27 Septembre 2012 à 13:12

    A l'évidence nous avons un désaccord sur la question de l'immigration. Me voici donc excommunié. "droite réac et de la fausse gauche néo-cons".

    Sinon, j'attends des arguments sur le fond.

    Quant à Charlie Hebdo, il s'agit de la gauche libérale qui se vautre dans la stigmatisation de français, en l'occurence des musulmans, ce que évidemment je condamne avec force car j'y vois une menace pour la cohésion nationale.

     

    Enfin, je ne partage pas votre éloge "des classes moyennes, à moyenne supérieures qui, bénéficiant d'une culture et de la capacité de s'approprier certains sujets dits "techniques" (économie, social, géoplolitique) mettait à profit ce savoir pour propager des prises de conscience."

    Ces propos vous valent à mes yeux une excommunication officielle de la "vrai gauche". Votre faute : nombrilisme petit bourgeois.

     

    Pour vous faire réfléchir, voici ce que Marx disait des petits bourgeois :

    "Assurément, les démocrates croient aux trompettes dont les sonorités renversèrent les murailles de Jéricho. Chaque fois qu’ils rencontrent devant eux les remparts du despotisme, ils s’efforcent de refaire le miracle. Si la Montagne voulait vaincre au Parlement, elle ne devait pas appeler aux armes. Si elle appelait aux armes au Parlement, elle ne devait pas se conduire parlementairement dans la rue. Si l’on se proposait sérieusement une démonstration pacifique, il était stupide de ne pas prévoir qu’elle serait accueillie belliqueusement. S’il fallait s’attendre à une lutte véritable, il était vraiment original de déposer les armes avec lesquelles il fallait mener cette lutte. Mais les menaces révolutionnaires des petits bourgeois et de leurs représentants démocrates ne sont que de simples tentatives d’intimidation de l’adversaire. Et quand ils sont acculés, quand ils se sont suffisamment compromis pour se voir contraints de mettre leurs menaces à exécution, ils le font d’une manière équivoque qui n’évite rien tant que les moyens propres au but et cherche avidement des prétextes de défaite. L’ouverture éclatante annonçant le combat se perd en un faible murmure dès la que le combat doit commencer. Les acteurs cessent de se prendre au sérieux et l’action s’écroule lamentablement comme une baudruche que l’on perce avec une aiguille.

    Aucun parti ne s’exagère davantage les moyens dont il dispose que le parti démocrate. Aucun ne s’illusionne plus légèrement sur la situation. (…) Mais le démocrate, parce qu’il représente la petite bourgeoisie, par conséquent une classe intermédiaire, au sein de laquelle s’émoussent les intérêts des deux classes opposées, s’imagine être au-dessus des antagonismes de classe. Les démocrates reconnaissent qu’ils ont devant eux une classe privilégiée, mais eux, avec tout le reste de la nation, ils constituent le peuple. Ce qu’ils représentent, c’est le droit du peuple ; ce qui les intéresse, c’est l’intérêt du peuple. Ils n’ont donc pas besoin, avant d’engager une lutte, d’examiner les intérêts et les positions des différentes classes. Ils n’ont pas besoin de peser trop minutieusement leurs propres moyens. Ils n’ont qu’à donner le signal pour que le peuple fonce avec toutes ses ressources inépuisables sur ses oppresseurs. Mais si, dans la pratique, leurs intérêts apparaissent sans intérêt, et si leur puissance se révèle comme impuissance, la faute en est ou aux sophistes criminels qui divisent le peuple indivisible en plusieurs camps ennemis, ou à l’armée qui est trop abrutie ou trop aveuglée pour considérer les buts de la démocratie comme son propre bien, ou encore, c’est qu’un détail d’exécution a tout fait échouer, ou, enfin, c’est qu’un hasard imprévu a fait compromettre cette fois la partie. En tous cas, le démocrate sort de la défaite la plus honteuse tout aussi pur qu’il était innocent lorsqu’il est entré dans la lutte, avec la conviction nouvelle qu’il doit vaincre, non pas parce que lui et son parti devront abandonner leur ancien point de vue, mais parce que, au contraire, les conditions devront mûrir. (...)"

    3
    Coma81 Profil de Coma81
    Jeudi 27 Septembre 2012 à 13:28

    Mais plutôt que de vous en prendre à moi, qui suis un illustre inconnu, représentatif de rien, j'aimerais plutîôt que vous qualifiez les propos de Georges Marchais. Est-il néo-con ?

    4
    grinouitch
    Jeudi 27 Septembre 2012 à 16:17

    Je t'ai fait une très longue réponse et puis mauvaise manip et tout s'est effacé. Du coup, dégouté, j'en reste là pour le moment, je tacherai de revenir prendre le temps.
    Sache tout de même (c'est peut être le plus important) que dans mon message, je regrettais d'avoir été si agressif, de t'avoir jugé. Me relisant, j'ai réalisé cela et donc, je m'en excuse.

    Je te disais aussi qu'à mon sens le passage d'une classe populaire à contestataire était beaucoup lié aux dégats de 30-40 d'idéologie néo libérale qui a infusé partout dans la société et particulièrement dans les classes populaires. Or, c'est un fait : l'argent fédère les riches et divise les pauvres : chacun cherchant à sauver sa gueule, "tous différents dans la même merde" comme le dit D. SAEZ.

    Je te disais aussi que regarder l'immigration ou les français d'origine immigrés comme le font l'UMP et le FN, c'est à la fois démagogique et très dangereux d'abord parce que c'est faux, ensuite parce que cela clive la société et les classes populaires encore un peu plus, ce dont elles n'ont pas besoin !

    Par ailleurs, et d'une part, je note que tu assimiles la gauche radicale à Mélenchon, ce qui est un racourci un peu rapide je pense. D'autre part, il me semble que lors des évènements d'Amiens, il afvait condamné fermement ces agissements.

    Enfin et pour ce qui est des arguments de fin de ton messages et rapidemment et dans l'ordre :

    1° - pas d'accord : beaucoup d'emplois dans la restauration, l'hotellerie, les ménages, le btp font appel (par pénurie car pénibilité et faible salaire) à une main d'oeuvre peu regardante sur les conditions et le salaire. Beaucoup de personne immigrées dans ces secteurs dans lesquels les emplois ne sont pas pourvus car trop "durs" et contraignants pour très peu de revenu.

    2° - "L'expérience amère des limites de la solidarité" oui, ou plutot l'expérience - souvent inconsciente - mais non moins amère d'un individualisme forcené et savament entretenu par les sociaux-libéraux de droite et de "gauche"

     3° - L'emploi est certes en quantité limitée car c'est l'essence même du libéralisme : il faut de moins en moins de personnes pour produire de plus en plus de biens le tout, avec une démographie qui croit. Faites le calcul : aujourd'hui l'économie réelle compte 1000x moins que la finance. Le montant des produits dérivés représente 74x le PIB mondial aujourd'hui ! 

    De toute façon, l'avenir à mon avis nous conduira à sortir du productivisme et donc à une société de décroissance, par décision politique (rêvons) ou tout simplement par la force des chose. Ainsi, et sous peu il nous faudra repenser le rôle et la place du travail salarié et de l'économie dans la société.

     

    Bien à vous

    5
    AD
    Jeudi 27 Septembre 2012 à 16:34

    Je partage assez les commentaires de Grinouitch. Parler de "populisme bobo" à propos de JLM est extrèmement problématique. Je ne partage pas systématiquement ses idées mais je trouve que l'attaquer comme ça, par ses termes là, c'est à la fois injuste et particulièrement maladroit. Je m'explique :

    1/ Particulièrement maladroit à cause des termes employés : "bobo" et "populisme", voilà bien deux faux concepts qui renvoient à tout et n'importe quoi.

    Il n'y a pas de classe "bourgeoise-bohème". Il y a des diplômés précaires d'origine bourgeoise ou petite-bourgeoise qui subissent des trajectoires de déclassement et qui votent généralement à gauche et, parfois, à l'extrême gauche. Il y a aussi des diplômés d'origine bourgeoise ou petite-bourgeoise qui, eux, grâce à leurs diplômes, accèdent à des emplois stables dans des secteurs relativement protégés de l'économie (fonctions publiques, CDI dans des grandes entreprises). Ceux-là votent à gauche mais aussi souvent à droite et, plus rarement, à l'extrême gauche. Le terme "bobo" amalgame ces deux catégories (qui ont pour des raisons évidentes pas nécessairement les mêmes intérêts) en supposant de manière complètement gratuite, qu'ils sont les meilleurs défenseurs de la gauche "caviar", cette fraction de la classe dirigeante qui a misé sur le PS pour accéder au pouvoir. JLM, quelque soit les raisons qu'on a de le critiquer, on est bien obligé d'admettre que c'est un socialiste authentique (jacobin, républicain, bref "archaïque" comme on dit chez les éditorialistes) et pas un social-libéral, ce qui le met en porte-à-faux avec cette gauche caviar qu'il a longtemps fréquenté.

    Le "populisme" de JLM consiste précisément (et c'est pour ça qu'il est attaqué à longueur d'éditorial) à prétendre qu'il n'y a rien d'inéluctable à la mondialisation néo-libérale. Se faire traiter de populiste, c'est un privilège réservé à ceux qui, quelque soit leur bord politique, s'éloigne de la doxa, le prêt-à-penser de cette mondialisation néo-libérale, au nom de la défense du peuple. Autrement dit, le populisme n'est pas une doctrine mais un terme disqualifiant qui en dit plus sur ceux qui l'emploient que sur ceux à propos desquels on l'emploie. Rien de commun donc entre Marine Le Pen et JLM, sinon la caricature imbécile de Plantu, et le soupçon crétin d'une partie de l'élite qu'on retrouverait chez ces deux politiques le totalitarisme exemplifié par les deux grands monstres du XXème siècle : Staline et Hitler.

    De ta part, employer ces deux termes est donc particulièrement malvenu. C'est donner des armes aux tenants de la doxa que tu critique par ailleurs à juste titre...

    2/ Particulièrement injuste pour en venir au fond de ton argumentation. Le discours anti-immigrationniste du PC, illustré par les propos de George Marchais, est ce qu'on appelle un faux-pas, qui n'a duré qu'un temps relativement court, et dont justement le PC est revenu. Depuis ses origines le PC F a toujours été partagé entre deux tendances : l'une, cohérente avec son fonds marxiste, internationaliste, l'autre, plus pragmatique d'un point de vue électoral, républicaine, a vu le jour dans les années 1930. La position du PC, ou de n'importe quelle organisation prétendant défendre les travailleurs, si elle est cohérente avec ses principes, ne peut pas être de refuser purement et simplement toute immigration mais d'exiger que les travailleurs, quelles que soient leurs origines, bénéficient des mêmes droits et d'une rémunération juste de leur travail : "prolétaires de tous les pays..." comme le disait Marx ! Cette position peut apparaître comme une posture parce que nous n'avons pas les moyens de faire appliquer ces principes en l'état actuel des rapports de force. Mais c'est néanmoins la seule position juste et responsable.

    Quand des travailleurs sans-papiers, soutenus par la CGT et plusieurs organisations que tu qualifierais sans doute de bobo, ont lancé des mouvements pour obtenir des droits, dont celui de pouvoir ségourner légalement dans le pays où ils travaillent, ce n'était pas contre les travailleurs français qu'ils luttaient mais contre leurs patrons, et avec une certaine efficacité. Je pense qu'on aurait plutôt intérêt à se battre contre les patrons qui vivent du travail des clandestins, contre les marchands de sommeil, et tous les autres exploiteurs de la misère, qu'entre travailleurs.

    3/ Ton propos m'inquiète par ailleurs. Il y a un double enjeu dans les questions d'immigration : le sort des clandestins et leur éventuelle régularisation, mais aussi, et c'est essentiel du point de vue de la cohésion nationale, le statut des enfants et des petits enfants d'immigrés dans notre pays. Pointer l'immigration comme un problème, considérer que refuser l'immigration c'est servir les intérêts des travailleurs français, c'est prendre le risque de faire des immigrés les boucs-emmissaires de la crise et de rendre la vie des Français d'origine visiblement immigrée encore plus difficile qu'elle n'est actuellement.

    4/ Un peu de provoc' pour finir : c'est quoi ce lien avec le blog d'Alain de Benoist ?

    Amicalement,

    AD

    6
    Coma81 Profil de Coma81
    Jeudi 27 Septembre 2012 à 17:00

    AD et grinouich, voilà qui mieux. Mon objectif était d'ouvrir le débat, j'ai enfin du grain à moudre. Je reviens plus tard.

    7
    Coma81 Profil de Coma81
    Jeudi 27 Septembre 2012 à 18:11

    1. Sur l'utilisation du terme "populisme". Il s'agissait évidemment d'un détournement du sens communément admis selon lequel le populisme flatte les bas instincts populaires. Un populisme bobo est un oxymore. Il s'agit de flatter les beaux idéaux des "bobos". Je n'accuse donc pas Mélenchon d'être populiste au sens courant, c'est à dire susceptible dêtre assimilé aux staliniens et aux nazis, mais au contraire de flatter sa clientèle de la gauche radicale par un discours au fond très libéral.

    Car, c'est tout le problème, il y a deux façon d'être "plus à gauche" que le PS. Soit, à la manière du PC de la grande époque, de représenter les intérêts économiques et politiques des classes populaires, soit, à la manière de l'extrême gauche petite bourgeoise, de verser dans la radicalité de posture sur les questions sociétales. Le problème du front de gauche, c'est qu'il est bloqué dans son évolution par le fait qu'il est captif d'un électorat classe moyenne, fonctionnaire qui vise à se différencier précisément sur leur valeurs. Or la différenciation, le clivage sur les valeurs, est un frein à la mise en place de solidarité de classe.

    Le thème de l'immigration - que je maîtrise mal pour m'y être peu intéressé - n'est pour moi qu'un prétexte. En tant que républicain, je ne vois pas de raison pour ne pas militer aux côtés de camarades, qui, inquiets de la concurrence immigrée, souhaitent limiter l'immigration. Il n'y a rien là de contraire à l'esprit de la République.

    Je regrette donc beaucoup l'amalgame à droite Et à gauche (vous) entre immigration et minorité culturelle ou religieuse. Le vrai danger pour la république est de créer un conflit au sein même de la communauté nationale. Il faut rappeler une fois pour toute que les français musulmans ne sont pas des immigrés. Ce sont des français. Stopper l'immigration ne siginifie pas s'en prendre aux résidents, mais protéger même les étrangers résidents sur notre sol, du flux de potentiels d'arrivants.

    Refuser le débat comme vous le faîtes signifie que d'une part vous n'avez pas confiance en la capacité des français de débattre raisonnablement de l'immigration sans tomber dans l'amalgame, d'autre part à mon avis (c'est un procès d'intention que je vous fais) que la gauche à un réel problème avec le droit de la république à décider d'accueillir ou non des étrangers sur son sol. Encore une fois on peut ne pas être d'accord pour de bonnes raisons, mais il faut reconnaitre que le débat est légitime.

    Sur le fond, comme le dit grinouitch : "beaucoup d'emplois dans la restauration, l'hotellerie, les ménages, le btp font appel (par pénurie car pénibilité et faible salaire) à une main d'oeuvre peu regardante sur les conditions et le salaire. Beaucoup de personne immigrées dans ces secteurs dans lesquels les emplois ne sont pas pourvus car trop "durs" et contraignants pour très peu de revenu." Il faut donc réfléchir à ce qui se passerait si l'immigration était stoppée : revalorisation des salaires, amélioration des conditions de travail...

    Pour ma part, je pense qu'il est temps que la gauche réfléchisse à une politique migratoire qui ait pour double objectif de 1. limiter autant que possible l'immigration, car mon analyse est que la crise est apocalyptique et qu'il faut jouer sur tous les leviers pour limiter la hausse du chômage. 2 le faire en cohérence avec les valeurs de gauche, de respect de la personne humaine.

    Par ailleurs, je compte faire deux articles plus tard sur l'immigration :

    - Un pour mieux expliquer en quoi, lorsqu'il aborde le thème de l'immigration, les propos de mélenchons dérives  vers l'idéologie libérale et des conceptions fausses de l'économie, en complète contradiction tout ce qu'il dit par ailleurs. Or on doit respecter le principe de non contradiction.

    - Un autre article pour expliquer que la monnaie unique pose le problème des flux migratoires au sein de l'UE qui doivent être massifs pour stabiliser les situations économiques. (à l'image des USA). Et là, je suis extrêmement inquiet pour la france et sa jeunesse qui sera appelée à migrer vers le centre allemand. Ce n'est pas à mes yeux un modèle acceptable. Mais en l'état, la gauche radicale ne peut dénoncer les appels à la liberté de mouvement des travailleurs (voir la tribune dans le monde d'un commissaire européen), trop imprégnée qu'elle est, de libéralisme.

     

    Pour AD. Je compte en effet faire un post sur deux articles d'alain de benoist concernant la psychologie des gens de droite.

    Comme tu le noteras, je me tiens au courant des points de vu de toutes les sphères idéologiques. As tu relevé les articles que j'ai consacré aux économistes libéraux : thesmar, delpla ?

    Cordialement, à vous deux.

    8
    Coma81 Profil de Coma81
    Vendredi 28 Septembre 2012 à 09:09

    Mais vous m'avez embarqué sur des questions qui dépasse le sujet initial. Afin d'être plus clair :

    Première question : Le contrôle de l'immigration est-elle une variable possible d'ajustement de l'emploi ?Mélenchon répond que non en mobilisant un cadre théorique libéral, je répond oui sur la base d'un raisonnement keynésien.

    Seconde question : Le contrôle de l'immigration est-elle une variable d'ajustement légitime ?

    Mélenchon ne traite pas la question puique selon lui l'immigration n'a aucun impact sur le chomage ou les conditions de travail. Ce qui est faux. (c'est le tour de passe passe réthorique que je lui reproche).

    En réalité la gauche refuse de répondre à la seconde question car elle est embarrassée. Or elle se doit de répondre à cette question. Clairement.

     

    9
    grinouitch
    Vendredi 28 Septembre 2012 à 17:00

    et bla bla bla.....

     

    VOilà ce que j'en penseau final. C'est un sujet qui ne sertt aujourd'hui qu'à discuter d'un sujet.

    Plutot que de continuer à "polémiquer", ja vais aller jouer avec mes gamins et me préparer pour la manif de demain. ça, ça sert à quelque chose.

     

     

     

    10
    AD
    Vendredi 28 Septembre 2012 à 18:32

    Voilà deux questions très claires auxquelles je vais essayer de répondre le plus clairement possible.

    1/ Le contrôle de l'immigration est-elle une variable d'ajustement de l'emploi ? Je ne suis pas économiste donc je ne suis pas capable de te répondre sur le plan théorique. Néanmoins, historiquement, on a quelques exemples de politiques anti-migratoire mises en place dans le but de protéger l'emploi. Il y en a deux qui me viennent à l'esprit qui ont été des échecs : la France et les USA durant les années 30 ont mené des politiques très strictes en matière d'immigration sans effets notables sur le chômage. Grande dépression, chômage de masse, dans un tel contexte la tentation était forte de  tenter de bloquer l'immigration. A ma connaissance, ça n'a eu à peu près aucun effet ni sur le niveau du chômage ni sur le niveau des salaires qui baissait tendanciellement. La raison en est simple, la croissance (ou son absence) joue infiniment plus sur le niveau du chômage que la présence ou non de travailleurs étrangers (qui constituent qu'une part marginale de l'ensemble des demandeurs d'emploi). L'exemple des USA est particulièrement intéressant. Roosevelt a mené une politique de relance ambitieuse qui n'a pas eu les résultats escomptés notamment parce qu'à mi-chemin (1936), il a préféré rassurer les milieux d'affaires en essayant de diminuer les déficits générés par la crise et les effets de sa politique keynésienne. Pour être tout à fait exact, les textes légaux et l'infrastructure administrative permettant de contrôler les entrées sur le sol américain ont été mises en place avant la crise. Roosevelt n'a fait que prolonger et accentuer une politique mise en place par ses prédécesseurs républicains.

    Pour conclure sur ce premier point, je dirais que ça reste à démontrer... Et j'ajouterais, en m'appuyant sur ces deux exemples, que c'est très probablement une politique inefficace.

    2/Est-ce une variable d'ajustement légitime ? Pour moi, c'est clairement la moins légitime des variables d'ajustement. Je ne veux pas en rajouter sur ce que j'ai déjà dit dans mon précédent envoi mais pour résumer :

    - défendre les travailleurs c'est défendre tous les travailleurs (au moins tous ceux qui résident en France), pour moi, c'est une question de principe

    - pointer les travailleurs immigrés comme une cause possible du chômage, c'est diviser les travailleurs et, à terme, les affaiblir - sans compter que cela pourrait accentuer la tendance actuelle à faire de certains Français d'origine immigrée les boucs-émissaires des dysfonctionnements de la société française

    - il faut s'interroger sur les modalités d'application d'une politique migratoire encore plus restrictive que celle qu'on a actuellement. Qui va faire la chasse aux clandestins ? De quelle manière ? Quelle garantie avons-nous que cette politique nécessairement brutale sera appliquée avec tact, délicatesse et doigté, tout en respectant les principes d'un Etat de droit ?

    Voilà... Pour conclure, je suis encore d'accord avec Grinouitch, l'enjeu n'est pas là. L'important, c'est de combattre l'austérité.

    Amicalement,

    AD

    11
    Coma81 Profil de Coma81
    Vendredi 28 Septembre 2012 à 20:14

    Au fond la réponse est tout de même pas si compliquée. A long terme, il n'y a aucune relation immigration/chômage.

    Mais à court terme dans une situation de sous emploi dramatique, c'est évident qu'il y a un effet, et ce pour les mêmes raisons qu'il est judicieux de partager le travail : (chomage partiel, suppression de l'allègement des charges sur les heures sup, ne pas augmenter l'âge de la retraite, baisser le temps de travail à 32h...)

    Autrement dit un controle des flux migratoires n'a de sens que dans l'urgence, 1 ou 2 ans ou le temps de sortir de l'euro pour dévaluer, ce qui qd même plus efficace.

    12
    Vendredi 30 Novembre 2012 à 13:09

    Suggérons à Melenchon de se reconvertir en s'engageant dans une association caritative ou une ONG, car jamais les bobos ne seront assez nombreux pour lui et son électorat est réduit à la portion congrue entre la politique humaniste, généreuse et délétère de Hollande et la montée du FN plus proche des préoccupations populaire.  

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