• Jean Pisani-Ferry sur la crise de l'euro

    Jean Pisani-Ferry est économiste de centre gauche, ancien conseiller de DSK lorsque celui-ci était ministre du gouvernement Jospin. Il est actuellement directeur du cercle de réflexion Bruegel depuis janvier 2005, et membre du Cercle des économistes. Le parcours parfait de l'européiste socialiste français. Pourtant il est un des rares économistes français à alerter sur l'impasse à laquelle conduit une union de transfert et défend, la conception "à l'allemande" d'un fédéralisme assurantiel.

    Comme beaucoup de néo-keynésiens, il est très critique en ce qui concerne les plans de rigueurs, mais dès 2010, il est l'un des seuls à avoir appelé à la renégociation des dettes souveraines, brisant un tabou français.

    L'annonce du référendum grec est selon lui, la réponse logique du politique à une gestion crise qui a échoué.

     

    Articles :

    - Interview dans Le Monde - Novembre 2011

    - Crise de l’euro: sortir du déni - Décembre 2011

    - La sortie de l'euro est une impasse - Septembre 2011

    - Faut-il payer ses dettes ? - Juin 2011

     

     

    Interview dans Le Monde - Novembre 2011. Extrait.

    "Le premier ministre grec Georges Papandréou a-t-il eu raison d'annoncer la tenue prochaine d'un référendum ?

    Le référendum, c'est l'irruption du politique dans un processus technocratique. Il était inévitable qu'à un moment ou à un autre, sous une forme ou une autre, la politique se venge. (...)

    Quelles ont été les erreurs des Européens ?

    D'abord d'avoir retardé l'allégement de la dette grecque. On aurait dû négocier une décote de cette dette début 2011, ne serait-ce que pour récompenser la Grèce des efforts budgétaires considérables qu'elle a consentis en 2010.

    L'accord du 21 juillet prévoyait quand même une décote de 21 % de la dette grecque détenue par les banques...

    Le lobby bancaire avait utilisé un taux d'actualisation (qui permet d'évaluer aujourd'hui la valeur future de la dette) très élevé qui intégrait le risque de défaut de la Grèce. Si l'on refait le calcul avec un taux plus réaliste, la décote est en fait inférieure à 10 %. En revanche, l'accord du 27 octobre prévoit une vraie décote, de 50 % cette fois.

    La deuxième erreur est d'avoir mis trop exclusivement l'accent sur le volet budgétaire de l'ajustement grec, au détriment de la croissance et de la compétitivité.

    Qu'aurait-on pu faire ?

    Fin 2010, les fonds structurels de l'UE destinés à la Grèce pour la période 2011- 2013 mais pas encore engagés représentaient 7 points de PIB. On aurait pu les réallouer au soutien de la croissance et de la compétitivité. C'est en partie l'idée de la "task force" - cette équipe chargée par Bruxelles d'aider Athènes à mieux utiliser les aides - mais sa création n'a été décidée que le 21 juillet et elle n'a commencé son travail qu'en septembre.

    Pourquoi tant de temps ?

    Les Européens ont mis trop de temps à admettre la nécessité d'une assistance, à reconnaître que fournir cette assistance à des taux d'intérêt punitifs aggravait le problème plutôt que de le résoudre, et à accepter que la Grèce était insolvable. Rappelons-nous qu'en mars 2010 on demandait même à la Grèce de faire son ajustement toute seule, sans aucune contrepartie financière européenne.

    La raison de ces retards ? La peur allemande de l'aléa moral - l'incitation à l'imprudence - mais aussi la crainte de la France et de la BCE qu'une restructuration de la dette ait des effets de contagion.

    Ce risque de contagion est-il réel ?

    Oui, mais ce n'était pas en niant la réalité qu'on pouvait le conjurer.

    Ce qu'on a découvert dans cette crise, finalement, c'est que dans la zone euro, la limite à l'endettement public est plus importante qu'on ne le pensait. Et ce parce que dans l'Union monétaire, on s'endette dans une monnaie qu'on ne maîtrise pas. Prenez l'Espagne, aujourd'hui, elle s'endette à un taux de 5,5 % alors que le Royaume-Uni, bien plus mal en point sur un plan budgétaire, paye 3 %. (...)

    la vraie solution, pour éviter les spéculations sur les dettes, est de créer un système de garanties mutuelles. C'est tout le débat sur les eurobonds (des obligations émises par les Etats avec la garantie de leurs partenaires).(...)"

     

    La sortie de l'euro est une impasse - Septembre 2011

    "Une sortie - parce qu'elle n'est pas prévue - ne pourrait pas se faire en une nuit. Les déposants auraient le temps de retirer leur argent des banques, et les banques d'emprunter auprès de leur banque centrale pour effectuer des placements dans les pays destinés à rester dans l'euro. Ces comportements de précaution ne feraient qu'ajouter au désastre. Face aux tourments dans lesquels se débat la Grèce, la tentation d'une alternative ne peut que monter. Mais le scénario d'une sortie en douceur est une fiction.

    Si d'aventure celle-ci se produit, elle se fera dans le chaos. Elle sera économiquement destructrice, financièrement ruineuse et socialement dévastatrice."

    Dans Le Monde

     

    Faut-il payer ses dettes ? - Juin 2011

    Mais si la Grèce n’est pas solvable, ou bien l’Union prend ses dettes à sa charge, ou bien le risque demeurera à la manière d’une épée de Damoclès. A force de refuser une restructuration préparée et ordonnée, la zone euro se met à la merci d’un défaut chaotique.

    L’Europe, pourtant, n’est pas forcée de choisir entre catastrophe et mutualisation des dettes. Le meilleur chemin – il est certainement étroit – est dans un premier temps de muscler le programme d’assistance financière à Athènes, tout en tentant d’obtenir des créanciers privés qu’ils ne se dégagent pas à bon compte (c’est ce qui se dessine). Ce répit, cependant, ne doit pas seulement servir à repousser les échéances. Il devrait être mis à profit, d’une part, pour permettre aux autres Etats en difficulté de regagner ou consolider leur crédibilité financière, d’autre part pour préparer les conditions d’une restructuration ordonnée de la dette grecque. Gagner du temps, oui. Mais pour en faire quelque chose.

    Dans Le Monde

     

     

    Crise de l’euro: sortir du déni - Décembre 2010

     

    Les avocats du fédéralisme budgétaire oublient cependant qu’en Allemagne les transferts massifs ont échoué à revitaliser les nouveaux Länder, et que le maintien sous perfusion du Mezzogiorno n’est pas un exemple à suivre. Quand les Allemands rejettent « l’union des transferts » ils n’expriment pas seulement un certain égoïsme national, aussi une logique économique. Il y a mieux à faire que de placer l’Europe du Sud sous tente à oxygène.

    Le vrai modèle pour l’Europe, c’est plutôt le fédéralisme assurantiel, c’est-à-dire un régime où les pays privés de l’accès au marché reçoivent une assistance temporaire, à un taux d’intérêt raisonnable, en contrepartie d’efforts de redressement, et quand il faut avec renégociation de la dette.

    Dans Le Monde

     

    « Et si on essayait les insultes ?De la crise économique à la crise politique, Par Coma81 - 4 Novembre 2011 »

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