• L'euro est la monnaie des papy-boomers

     

    "Les baby-boomers font partie d'une génération qui s'est définie dans la lutte des classes d'âge en se rebellant contre ses aînés. (...) Aujourd'hui les papy-boomers, devenus patrons, actionnaires tous azimuts, propriétaires immobiliers, responsables politiques, refusent de payer leurs dettes ou de voir leurs actifs financiers baisser car ceux-ci garantissent leur train de vie.

    L'Europe fédérale ne peut pas proposer un modèle moins équitable que celui des Etats qui la composent. Elle ne survivra que si les jeunes y trouvent leur intérêt, et, pour cela, il faut accepter la déflation naturelle des patrimoines et donc tolérer que certains Etats fassent défaut sur leur dette souveraine. Autrement dit, admettre la faillite inexorable de certaines banques."

    Boris Pilichowski, analyste financier

     

     

     

    Le choix de l'inflation par la BCE est désastreux pour la jeunesse européenne, Par Boris Pilichowski, gestionnaire de fonds à Londres, analyste financier, ingénieur des Mines de Paris - Août 2012. Extrait.

    Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE) a donc décidé d'utiliser la "planche à billets" pour régler les dettes insurmontables de plusieurs pays européens. Cela signifie que le bilan financier de la BCE va continuer à basculer dans la démesure, atteignant des niveaux jamais vus dans les économies capitalistes modernes. Elle prêtera encore des milliers de milliards d'euros supplémentaires pour aider tous ceux qui ne peuvent pas rembourser, à savoir les gouvernements et autres institutions privées ou publiques mal gérées. (...)

    De toutes les taxations possibles, l'inflation monétaire est la plus inégalitaire. (...) Voilà pourquoi quand nous demandons à la BCE d'intervenir pour éponger le surendettement bancaire et étatique, comme aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni, nous faisons payer les frais de la crise aux épargnants mais aussi à ceux qui n'ont pas acquis de patrimoine : les plus jeunes et les plus pauvres. Cette supercherie peut fonctionner un temps dans un pays structuré et solidaire, mais elle ne saurait constituer le point de départ fondateur d'une Europe fédérale. L'UE ne va pas trouver son unité en copiant le modèle financier américain en pleine faillite et générateur d'inégalités sociales.

    L'Europe fédérale ne peut pas proposer un modèle moins équitable que celui des Etats qui la composent. Elle ne survivra que si les jeunes y trouvent leur intérêt, et, pour cela, il faut accepter la déflation naturelle des patrimoines et donc tolérer que certains Etats fassent défaut sur leur dette souveraine. Autrement dit, admettre la faillite inexorable de certaines banques. Il s'ensuivra alors une accélération de la crise financière mais aussi un dénouement plus rapide et plus juste : les jeunes seront les grands bénéficiaires de cette crise car ils pourront enfin acheter les biens acquis par leurs parents à des prix acceptables !

    Les baby-boomers seront les grands perdants, mais à juste titre. Ce sont eux qui ont généré et accumulé les dettes du système depuis trente ans et prospèrent sans travailler sur des lauriers usurpés. Ils auront néanmoins toujours besoin des jeunes pour payer leurs retraites et leurs frais médicaux. La crise financière européenne de nos parents aura alors été réglée dans la justice sociale et cela pourra servir de socle démocratique à l'intégration européenne. Mais voilà, nos leaders politiques refusent les défauts souverains. Ils nous parlent de conséquences désastreuses dont on ne se relèverait pas. Tout doit donc être mis en place pour éviter la crise et défendre ainsi les patrimoines et les retraites de leurs congénères. On demande à Mario Draghi d'intervenir avec sa planche à billets. Tant pis pour l'inflation ! Tant pis pour les pauvres ! Tant pis pour les jeunes ! Tant pis pour l'Europe ! C'est une erreur historique.

    Les baby-boomers font partie d'une génération qui s'est définie dans la lutte des classes d'âge en se rebellant contre ses aînés. Leur grande découverte fut la consommation et le plaisir individuel, et leur grand projet politique l'augmentation du pouvoir d'achat par la dette. Dans les années 1970, ils ruinèrent leurs parents en s'octroyant par la force des hausses de salaires et des nouvelles protections sociales.

    Aujourd'hui les papy-boomers, devenus patrons, actionnaires tous azimuts, propriétaires immobiliers, responsables politiques, refusent de payer leurs dettes ou de voir leurs actifs financiers baisser car ceux-ci garantissent leur train de vie. Ils n'augmentent plus les salaires des jeunes (moins nombreux) parce qu'ils veulent préserver les marges de leurs entreprises qui fournissent leurs rentes. Lorsque leurs intérêts financiers sont menacés par la crise, ils utilisent l'Etat et désormais la BCE pour se protéger.

    En refusant d'accepter les défauts des Etats, ils lèguent de l'inflation et des dettes insurmontables à leurs enfants. Les partis politiques européens de gauche, qui prônent pour la plupart la nécessité de faire intervenir la BCE pour augmenter l'inflation, doivent se rendre compte que l'envolée des prix n'est plus corrigée par une hausse des salaires.

    Les jeunes Européens ne vont pas tarder à comprendre que les solutions économiques proposées pour sauver l'Europe servent avant tout leurs aïeux. Ils auront alors perdu confiance dans des leaders discrédités et se tourneront vers des solutions politiques, certes alternatives, mais extrémistes et dangereuses. L'Europe n'y survivra pas.

    Le Monde

     

    « Le nécessaire débat européen, par Edwy PlenelLa position officielle du Parti de Gauche sur l'Euro »

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  • Commentaires

    1
    Jeudi 30 Août 2012 à 17:59
    babelouest

    Le salut est dans le moratoire universel de TOUTES les dettes.  Tant pis pour les bas de laine, tant pis aussi pour les paradis fiscaux, et bien sûr tant pis pour les financiers. Ce sont des milliers de milliards qui dorment, ou qui galopent à travers la planète sans but ni justification. C'est assez. A partir de là, la structure bancaire devra devenir un simple "je te prête, tu me rends" assorti d'une simple commission fixe, correspondant aux frais réels (matériel, personnel) de la structure bancaire et non d'un "intérêt". Le PROFIT doit mourir. De son trépas dépend la survie même de notre espèce, puisqu'il ne sera plus possible de spéculer sur le malheur des autres.

    2
    Jeudi 30 Août 2012 à 18:05
    babelouest

    Je rebondis sur la dernière phrase. L'Europe n'y survivra pas. Les seules solutions valables sont totalement alternatives, ce sont elles qui préserveront l'Europe, celle des citoyens et non des économistes et des financiers.

    3
    Coma81 Profil de Coma81
    Vendredi 31 Août 2012 à 10:02
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