• Selon Michel Aglietta, les erreurs de la gouvernance européenne menacent de faire éclater la zone euro. En effet, étant donné l'absence de solidarité réelle au sein de la zone euro, les pays affectés pas la crise, au premier rang desquels figure la Grèce, devront se poser la question, si cette situation perdurait, de leur appartenance à la zone euro.

    Ni l'intervention de la BCE, ni les restructurations bancaires et souveraines - nécessaires - ne seront suffisantes si on veut durablement surmonter la crise. Michel Aglietta évoque deux possibilités : l'union de transfert - par mutualisation de la dette - mais surtout la réindustrialisation de la périphérie afin d'éviter les effets pervers de la polarisation de l'activité économique au sein de la zone.

    Mais surtout, c'est un nouveau régime de croissance qu'il s'agit d'inventer pour relever le défi de la crise écologique - on ne peut manquer de faire un parallèle avec le plan Marshall finançant la reconstruction de l'après guerre. Une véritable politique industrielle à l'échelle européenne consisterait à orienter l'épargne via des intermédaires financiers publics, assis sur des fonds issus de la taxe carbone et émettant des obligations, le tout pour financer une croissance verte, orientée vers la réindustrialisation du sud.

    La question que ne traite malheureusement pas Aglietta est celle de la possibilité de réalisation d'une telle utopie. S'il est convaincant dans son rôle d'économiste conseiller du prince, en revanche, on aurait aimé qu'il nous donne des motifs de croire que les bouleversement sociaux-politiques en cours fassent émerger des acteurs européens capables de se saisir d'un tel projet. Or les évolutions récentes tendent plutôt à renforcer la thèse de la fragilité institutionnelle de l'UE et d'un délitement progressif face aux chocs de la crise économique.

    En somme, en amont des préconisations de Michel Aglietta, il manque une économie politique qui ancre le discours de l'économiste-idéaliste dans le monde social.

     

    Michel Aglietta : Pour une euro-fédération

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  • Pour des économistes rationnels, pour qui la gouvernance européenne devrait avant tout chercher à obéir à l'intérêt général, la situation actuelle est incompréhensible. Les divergences économiques et les déficits extérieurs, signes caractéristiques d'une zone intégrée (qui se soucie, en France, du déficit de la balance commerciale du Loir-et-Cher ?) sont montrés du doigt. Plutôt que d'organiser une solidarité financière entre pays membres et une relance budgétaire à l'échelle du continent, la gouvernance européenne impose aux pays déficitaires un retour immédiat à l'équilibre. A l'inverse du bon sens, les choix qui sont faits conduisent à accentuer la récession économique.

    On peut certes accuser le manque de vision européenne ou les dogmes libéraux qui aveuglent les gouvernements actuels. Mais en réalité, c'est l'échec du pari fou qui a été fait il y a 20 ans par les bâtisseurs de la monnaie unique. Partant du fait que les logiques économiques s'imposeraient aux logiques politiques, les fédéralistes maastrichiens comptaient qu'au moment critique, un saut fédéral couronnerait l'intégration économique.

    En réalité, la crise actuelle dynamite cette conception fédérale. Après 10 ans d'approfondissement des liens d'interdépendance entre les économies nationales, il s'opère un rétropédalage violent des politiques économiques, qui, sous les vocables "compétitivité", "équilibre extérieur" conduisent à fragmenter les économies nationales en autant d'îles, splendidement indépendantes les unes des autres. Nos apprentis sorciers assistent, médusés, au retour en force des logiques nationales, qui prend, pour l'économie européenne,  des allures d'automutilation.

     

    "Produire français, grec, italien, portugais, espagnol etc. en espérant vendre aux autres pays, faute de pouvoir compter sur une demande intérieure doublement bridée (...) La compétitivité est pourtant un concept relatif et les politiques cherchant à l'accroître ne peuvent toutes aboutir simultanément."

    Jean-Paul Fitoussi, directeur de l'OFCE

     

    "Si l’euro n’éclate pas, nous craignons par contre qu’il devienne inutile (...) Avec la nécessite pour [les] pays d’équilibrer leur commerce extérieur, ce qui se fait surtout par la compression de la demande intérieure, on voit un recul dans la période récente de la taille des exportations vers les autres pays de la zone euro dans tous les pays."

     Patrick Artus, chef économiste Natixis


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