• L'exemple argentin : "nous avons sauvé les gens plutôt que les banques"



    " Le FMI s'est transformé en une institution chargée de protéger les seuls intérêts financiers. Quand on est dans une situation désespérée, comme l'était l'Argentine en 2001, il faut savoir changer la donne."

    "Le fait que les pays fassent des sacrifices pendant des années uniquement pour payer les créanciers n’a pas de sens, d’autant qu’en outre, cela freine la croissance du pays (...) Il y a des moments où un homme d’état, un gouvernement et un peuple, doivent avoir la vision et le courage pour dire « ça suffit » aux bureaucraties internationales et politiques, et emprunter avec beaucoup de sérieux de nouveaux chemins."

    Roberto Lavagna, ancien ministre de l'économie argentin


     


    «Si l’objectif était de sauver les banques, c’est réussi»,interview de Roberto Lavagna, ancien ministre de l'économie argentin, au Temps - Mars 2012. Extrait.

    La Grèce est en récession depuis cinq ans et on continue à lui imposer l’austérité qui freine la croissance, tue la création d’emplois et paralyse la consommation. (...)

    Le niveau de vie de la population grecque a baissé sur tous les plans depuis deux ans. En même temps, les banques qui avaient prêté à la Grèce ont réduit leur exposition de 60%. Si l’objectif était de sauver les banques, c’est réussi. Si l’objectif était d’aider la Grèce, le résultat n’est pas encore là. (...)

    «Nous avons sauvé les gens plutôt que les banques», interview de Roberto Lavagna, ancien ministre de l'Economie argentin - Février 2011. Extrait.

    (...) J'ai expliqué au Fonds que nous ne voulions plus de prêt et que nous sortirions seuls de la crise. (...) Cette position était tout simplement impensable pour le FMI car nous affichions notre volonté de fixer nous même notre propre politique économique. J'ai du leur expliquer trois fois de suite ma position avant qu'ils finissent par comprendre. A partir de là nous avons arrêté de soutenir financièrement les banques alors que le FMI nous l'imposait, exigeant même que nous privatisions la Banque de la Nation. Mais comme nous étions sorti du jeu, le Fonds n'avait plus de moyen de pression sur l'Argentine!

    Les sorties de crise se font en dehors des chemins tracés par le FMI. Cette institution propose toujours le même type de contrat d'ajustement fiscal qui consiste à diminuer l'argent qu'on donne aux gens - les salaires, les pensions, les aides publiques, mais également les grands travaux publics qui génèrent de l'emploi - pour consacrer l'argent économisé à payer les créanciers. C'est absurde. Après 4 ans de crise on ne peut pas continuer à prélever l'argent aux mêmes. Or c'est exactement ce qu'on veut imposer à la Grèce! Tout diminuer pour donner aux banques. Le FMI s'est transformé en une institution chargée de protéger les seuls intérêts financiers. Quand on est dans une situation désespérée, comme l'était l'Argentine en 2001, il faut savoir changer la donne.

    Selon vous les plans d'austérité et de rigueur ne sont pas nécessaires mais c'est pourtant ce qu'on impose à la Grèce...

    A tort car l'argent prêté risque de ne jamais être remboursé et le déficit fiscal grec est plus élevé aujourd'hui qu'avant la première injection d'argent frais. Ce sont les mêmes éternelles erreurs. C'est le secteur financier qui impose sa manière de voir les choses au monde entier. On préfère sauver les banques plutôt que les gens qui ont des crédits immobiliers à rembourser. La première chose qu'on a faite nous, c'est de rallonger les échéances pour les propriétaires endettés. Les fonctionnaires du FMI nous ont alors dit que nous violions les règles essentielles du capitalisme! (...)

    Dans Libération

     

    Interview Exclusive de Roberto Lavagna, ancien ministre argentin de l’économie, réalisée par Olivier Berruyer pour le site : Les-crises.fr - Octobre 2011. Extrait.

    Interview de Roberto Lavagna :

    (...) La cessation de paiements dans des cas comme celui de l’Argentine était inévitable. Chute du PIB, fort déficit fiscal, déséquilibre en compte courant de la balance de paiements, haut niveau « réel » de dette/PIB, chômage, voilà les données économiques les plus évidentes qui découlaient d’une politique qui avait duré 10 ans et qui avait lié la valeur du peso à celle du dollar, sans tenir compte des différences d’inflation ni des productivités relatives. (...)

    Je ne pense pas que les programmes établis avec le FMI soient utiles pour les pays européens. Les premiers programmes ont déjà échoué, les deuxièmes ne sont même pas respectés et la contagion (à la date de cette interview, mi-juillet) se répand.

    Le fait que les pays fassent des sacrifices pendant des années uniquement pour payer les créanciers n’a pas de sens, d’autant qu’en outre, cela freine la croissance du pays et dans l’espèce, de toute la région. (...)

    Il y a des moments où un homme d’état, un gouvernement et un peuple, doivent avoir la vision et le courage pour dire « ça suffit » aux bureaucraties internationales et politiques, et emprunter avec beaucoup de sérieux de nouveaux chemins."

     

    PIB par habitant en Argentine


    Indice de Gini en Argentine
    Chomage en Argentine

     
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