• Le clivage politique par excellence est le clivage gauche / droite. La gauche peut être définie par le progressisme, le libéralisme culturel, la générosité et la tolérance à l'égard de tout ce que la norme morale définie comme "déviant". Elle s'oppose à l'étroitesse d'esprit d'une droite toujours inquiète du déclin moral de la société moderne. Pendant deux siècles de consolidation de la démocratie libérale, de déploiement des Droits de l'Homme, la gauche progressiste n'a cessé d'être à l'offensive tandis que la droite conservatrice accumule les défaites.

    Le clivage idéologique majeur est celui entre socialisme et libéralisme. Le libéralisme est favorable à l'économie de marché. Le socialisme veut dépasser le capitalisme. Ici, les mots d'économie de marché et de capitalisme désignent la même réalité interprétée différemment. Le socialisme est apparu fin 19ème, et, après une période de domination sur la gauche jusqu'à la fin des années 70, il est aujourd'hui marginalisé à une partie seulement de la "gauche radicale" (beaucoup à gauche et à l'extrême gauche sont des libéraux qui s'ignorent). Face à la persistance du fait libéral, au triomphe de l'économie de marché, le socialisme doit se réinventer.

    Le clivage à venir, qui s'ajoutera aux deux existants, est celui entre libre-échange et protectionnisme. Les stratégies nationales ont évidemment toujours existé mais leur élaboration a concerné d'abord les élites en charge du destin national. Aussi on trouve trace de ce débat au sein des économistes, des technocrates...mais pas ou peu au sein du mouvement social. Le débat démocratique n'a jamais fait place comme il se doit à la question. C'est aujourd'hui seulement que le protectionnisme en tant que tel peut mobiliser une partie de l'électorat.

    Face à la crise du système eurolibéral, la solution ne viendra ni de la gauche, ni de la droite, ni du socialisme, ni du libéralisme. Elle ne peut venir que d'un protectionnisme national anti-UE.

    Il s'agit donc de construire une coalition politique cimentée par le protectionnisme. Elle sera composée - par la force de choses - majoritairement de libéraux tel Montebourg. On l'espère centrée à gauche, mais elle devra être ouverte à une certaine droite gaulliste.

    L'échec de ce projet politique signifiera soit la perdition eurolibérale, soit la victoire du projet protectionniste de la droite nationale bleu-marine.


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    "Nous voulons un protectionnisme européen", ce soir 18h30


    Lancement de la première Inititative Citoyenne Européenne sur le thème de "Nous voulons un protectionnisme européen" 

     Le Manifeste pour un débat sur le libre-échange, le Forum Démocratique et l’EGE vous invitent à la conférence sur le protectionnisme du 19 Mars 2012 Avec les candidats ou leurs représentants à l’élection présidentielle , Erik Reinert, Jacques Sapir, Hervé Juvin, Gabriel Colletis, Claude Rochet, Philippe Murer et Philippe Arondel

    à l’école de guerre économique-19 mars 18H30 171 Rue de Grenelle Paris 7° Amphi Grenelle

     
    Présentation de l’œuvre d’Erik Reinert, par Claude Rochet, traducteur et préfacier

    Tables rondes :

    I- Peut-il y avoir un protectionnisme intelligent ?
    Intervention de Erik Reinert (en anglais avec traduction simultanée), Jacques Sapir, Hervé Juvin

    II- Protectionnisme, l’inévitable débat
    Philippe Murer, Gabriel Colletis, Philippe Arondel
    Présentation de l’ICE sur le protectionnisme européen

    III Accueil des candidats à l’élection présidentielle ou de leur représentants qui répondront à la question « Qu’est-ce qu’un protectionnisme intelligent ?

    Pour s’inscrire envoyer un email à conf.protectionnisme@gmail.com


     Philippe MurerPrésident de l'association Manifeste pour un Débat sur le libre échangeMembre du bureau du Forum Démocratiquetél 06 89 95 72 07


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  • Les œillères du libre-échange, Dani Rodrick - Mars 2012. Extrait.

    J'ai été récemment invité par deux collègues de Harvard à faire une intervention dans leur cours sur la globalisation. « Je dois vous dire, m'a averti à l'avance l'un d'entre eux, que c'est une foule plutôt favorable à la globalisation. » Lors de la toute première réunion, il a demandé aux étudiants combien d'entre eux préféraient le libre-échange aux restrictions sur les importations ; la réponse était de plus de 90%. Et c'était avant que les étudiants n'aient été instruits des merveilles de l'avantage comparé !

    Nous savons que quand la même question est posée dans de vrais sondages à des échantillons représentatifs - pas simplement à des étudiants de Harvard - les résultats sont tout à fait différents. Aux États-Unis, les personnes interrogées préfèrent les restrictions du commerce à deux contre un. Mais la réponse des étudiants de Harvard n'était pas entièrement surprenante. Les personnes interrogées hautement qualifiées et plus instruites ont tendance à être considérablement plus favorables au libre-échange que les cols bleus. Peut-être que les étudiants de Harvard votaient tout simplement en pensant à leurs propres portefeuilles (futurs).

    Ou peut-être n'avaient-ils pas compris comment fonctionne vraiment le commerce. Après tout, quand je les ai rencontrés, j'ai posé la même question sous une autre forme, en soulignant les probables effets distributionnels du commerce. Cette fois, le consensus sur le libre-échange s'est évaporé - encore plus rapidement que je ne l'avais prévu. (...)

    Pour émettre un jugement sur des résultats de redistribution, nous devons connaître les circonstances qui les causent. Nous n'en voulons pas à Bill Gates ni à Warren Buffett d'être milliardaires, même si certains de leurs rivaux ont souffert en cours de route, vraisemblablement parce qu'eux et leurs concurrents opèrent selon les mêmes règles de base et rencontrent plus ou moins les mêmes occasions et les mêmes obstacles.

    Nous penserions différemment si les Gates et Buffett s'étaient enrichis non pas par la transpiration et l'inspiration, mais en trichant, en enfreignant le droit du travail, en ravageant l'environnement, ou en tirant profit des subventions de gouvernements étrangers. (...)

    Trop d'économistes sont sourds à de telles distinctions. Ils sont enclins à attribuer les questions sur la globalisation à des motifs protectionnistes grossiers ou à l'ignorance, même lorsque de véritables questions morales sont en jeu. En ignorant que le commerce international, parfois - certainement pas toujours - implique des résultats de redistribution que nous considérerions comme problématiques chez nous, ils échouent à aborder correctement le débat public. (...)

    Mais les démocraties doivent avoir une discussion appropriée, de sorte qu'elles fassent de tels choix consciemment et délibérément. Fétichiser la globalisation simplement parce qu'elle augmente le potentiel économique est la meilleure manière de la délégitimer à long terme.

    Project Syndicate


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