• La rentrée anti-européenne de Marcel Gauchet

    "Les institutions de l’Europe sont une rêverie de technocrate (...) on s’enfonce dans un trou noir catastrophique"

    "L’Europe est devenue un accélérateur de la mondialisation".

    "L’idée d’un État-nation européen n’a plus de sens"

    "Pourquoi s’est-on engagé dans la négociation d’un accord de libre-échange transatlantique ? C’est une bombe à retardement qui transformera profondément la société européenne, toujours plus clivée, plus coupée en deux."

     

    Marcel Gauchet, professeur à l'EHESS, intellectuel respecté et écouté par nos élites.

     

    * * *

     

    J’ai rencontré Jean-Marc Ayrault : ce que je lui ai dit sur la France de 2025, dans le Nouvel Observateur - 22 août 2013. Extrait.

    "Que faire ? On ne change pas l’identité d’un pays par décret : sur ce point, il faut méditer l’échec de Nicolas Sarkozy, qui a tenté d’aligner l’identité française sur le modèle européano-libéral. Il a échoué à cause de la méthode, mais aussi à cause du but : les Français n’avaient pas envie de ça. (...)

    Il convient donc d’actualiser l’identité française tout en restant dans la continuité. Je crois que la France peut avoir l’ambition d’être un pays exemplaire dans sa capacité à ne laisser personne au bord du chemin. Le néolibéralisme divise la société entre les utiles et les assistés. Définir une société qui fasse de la place à tout le monde, voilà qui pourrait donner un nouveau contenu à l’universalisme français. (...)

    Pourquoi s’est-on engagé dans la négociation d’un accord de libre-échange transatlantique ? C’est une bombe à retardement qui transformera profondément la société européenne, toujours plus clivée, plus coupée en deux."

     

    L’intellectuel Marcel Gauchet garde la forme, dans Marianne - Septembre 2013.

    « Par un mélange de droit et de régulation économique », elle met en place une espace de gouvernance totalement inféodé au délire de l’abstraction et à la loi des nombres. Le programme de la commission européenne est un programme chiffré qui ne jure que par les indicateurs de croissance. L’Europe est « une machine à vider la volonté politique de toute substance ». Ce qui fait dire à Marcel Gauchet que si l’intention d’origine était bonne, les instruments mis en oeuvre aujourd’hui sont « déplorables ». Les institutions de l’Europe sont « une rêverie de technocrate ». Et d’ajouter cette phrase qui fait frémir : « qui se sent représenté aujourd’hui par le Parlement européen » ?

    Personne. L’idée que l’Europe serait une coquille vide n’est pas nouvelle. Mais elle prend sous la plume de Gauchet l’allure d’un avertissement. « A poursuivre sur la lancée actuelle, à persévérer dans cette prétendue « union politique » sans politique, qui défait la capacité de choix de ses composantes sans en créer une autre à la place, on s’enfonce dans un trou noir catastrophique » déclare-t-il. On reconnaît ici le franc parler de l’auteur de La démocratie contre elle-même. Mais le trou noir ne désigne pas seulement les dimensions absentes de la vie collective. Il désigne le paradoxe actuel de l’état de notre démocratie qui conjugue habilement « la liberté totale de chacun et l’impuissance complète de tous ».

     

    La France est inquiète, dans le JDD - Septembre 2013

    François Mitterrand a vendu l’Europe aux Français en leur disant « on va faire à l’échelle européenne ce qu’on ne peut plus faire en France », c’est-à-dire résister à la mondialisation. La promesse était de construire une Europe puissante capable de jouer d’égal à égal avec les États-Unis. Or c’est l’inverse qui s’est produit. L’Europe est devenue un accélérateur de la mondialisation et de la pénétration de ses normes en France. Elle n’a pas été le rempart annoncé, mais un cheval de Troie. Et l’on s’étonne ensuite de la désaffection de l’opinion!

    Je pense que la clé du déblocage se situe du côté du rapport à l’Europe. Il faut sortir de cette mécanique infernale qui est devenue paralysante et contre-productive par rapport à ses objectifs initiaux. Il ne s’agit pas de se replier dans son coin, mais de concevoir l’Europe autrement. Elle a démarré à six pays avec une intention fédérale, en vue d’une défense commune contre la menace soviétique. Or il n’y a plus d’Armée rouge, elle regroupe 28 pays, l’idée d’un État-nation européen n’a plus de sens et nous fonctionnons toujours avec les mêmes institutions! Comment cela pourrait-il marcher? Il faut reposer la question européenne à nouveaux frais."

    « Il faut laisser mourir le Parti Communiste FrançaisHonte aux communistes parisiens ! , Par le M'PEP »

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  • Commentaires

    1
    BA
    Mercredi 16 Octobre 2013 à 10:50

    Octobre 2013 : un sondage explosif de l'institut CSA.

     

    Question : 

     

    "A l'avenir, souhaitez-vous plutôt :

     

    - plus d'Europe : 12 % des sondés

     

    - ne rien changer : 18 % des sondés

     

    - moins d'Europe : 52 % des sondés

     

    - sans opinion : 17 % des sondés.

     

    http://www.les-crises.fr/miscellanees-2013-10-1/

     

    Une construction supranationale connaît toujours les cinq phases suivantes :

    1- La naissance.

    2- La phase ascendante.

    3- L'acmé : la construction supranationale arrive à son apogée.

    4- La phase descendante : le vieillissement. Tout se désagrège. Tout se déglingue.

    5- La mort.

     

    Une construction supranationale vit environ 60 ans ou 75 ans.

     

    Concernant l'Union Européenne, c'est la phase 4.

     

    Depuis l'échec des référendums sur la Constitution Européenne en France et aux Pays-Bas (en 2005), l'Union Européenne est en phase 4.

    3
    Qui-Dame
    Jeudi 17 Octobre 2013 à 12:29

    Bonjour Coma81.  Pourquoi n'intervenez-vous pas plus souvent sur le site de Jean Quatremer, ne serait-ce que pour donner un peu de publicité aux textes de Marcel Gauchet,  dont vous faites la promotion ici-même?

    4
    Jeudi 17 Octobre 2013 à 14:32

    Bonjour cher Qui-Dame,

    Pour des raisons d'équilibre personnel et professionnel, je tente de diminuer le temps passé sur internet à écrire sur mon blog ou sur celui des autres. Je m'autorise un article par mois au plus.

    Cependant il se trouve que j'ai posté ce recueil de texte de Marcel Gauchet sur le site de Quatremer, et que bizarrement, il a été censuré.

    5
    BA
    Vendredi 18 Octobre 2013 à 22:55

    Vendredi 18 octobre 2013 :

     

    Etats-Unis : la dette publique a dépassé son précédent plafond : 17 027 milliards de dollars.

     

    La dette publique des Etats-Unis a dépassé l'ancien plafond légal que le Congrès a accepté de suspendre mercredi au terme d'une intense crise politique, selon des données publiées vendredi par le Trésor américain.

     

    La dette accumulée par l'Etat fédéral américain atteignait jeudi 17.027 milliards de dollars, alors que la limite légale était précédemment fixée à près de 16.700 milliards de dollars, selon le dernier décompte publié sur le site du ministère.

     

    http://www.boursorama.com/actualites/etats-unis-la-dette-publique-a-depasse-son-precedent-plafond-fb3f9bfa14906b96da907c0a8d569259

     

    Le FMI vient de donner ses prévisions pour l'année 2014. Nous pouvons voir quels sont les dix premiers Etats qui vont se déclarer en défaut de paiement :

     

    1- Japon : dette publique de 242,3 % du PIB.

     

    2- Grèce : dette publique de 174 % du PIB.

     

    3- Italie : dette publique de 133,1 % du PIB.

     

    4- Portugal : dette publique de 125,3 % du PIB.

     

    5- Irlande : dette publique de 121 % du PIB.

     

    6- Etats-Unis : 107,3 % du PIB.

     

    7- Espagne : 99,1 % du PIB.

     

    8- Royaume-Uni : 95,3 % du PIB.

     

    9- France : 94,8 % du PIB.

     

    Le FMI ne parle pas de la Belgique. En mars 2013, la dette publique de la Belgique était de 104,5 % du PIB.

     

    http://www.imf.org/external/pubs/ft/fm/2013/02/pdf/fm1302.pdf

     

    6
    Qui-Dame
    Vendredi 18 Octobre 2013 à 23:06

    Moi aussi, il me censure "à répétition" . Pourtant, il y a dix jours, je m'étais contenté de lui envoyer cette citation de Paul Valéry:  "L'Europe aspire visiblement à être gouvernée par une Commission américaine. Toute sa politique y aspire" (Regards sur le monde actuel-Note sur la grandeur et la décadence de l'Europe-1931).  Constatant qu'il avait " épongé" mon message,  je lui ai alors envoyé une autre citation,  légèrement modifiée par mes soins cette fois-ci, et placée sous l'égide de "La Rochefoucauld révisé par Marcel Gauchet" :  "La mort,  pas plus que la vraie nature de l'UE ne peuvent se regarder en face".  Censure, là encore..

     

     

    7
    BA
    Dimanche 20 Octobre 2013 à 11:00

    Dimanche 20 octobre 2013 :

    Et Bruxelles envisagea un nouvel élargissement... l'Europe a-t-elle perdu tout sens commun ?

    A sept mois des élections européennes, la Commission européenne recommande d'octroyer le statut de pays candidat à l'Albanie et d'ouvrir les négociations d'adhésion avec la Macédoine.

    Gérard Bossuat : Les Balkans sont une région correspondant à  l'Europe du Sud-Est (Albanie, Bulgarie, l'ex-Yougoslavie, la Grèce, la Hongrie, la Roumanie, la Slovaquie et la Turquie européenne). On isole souvent une région dite des Balkans occidentaux comprenant  l’Albanie, la Bosnie-Herzégovine, la Croatie, la Macédoine, la Serbie, le Monténégro. Est-il souhaitable qu’ils entrent dans l’Union Européenne ? D’abord, c’est un fait,  certains de ces pays y sont entrés, dont le dernier, le numéro 28, la Croatie, le 1er juillet 2013. Ensuite pourquoi interdire à l’Albanie et à la Macédoine d’y entrer ?

    http://www.atlantico.fr/decryptage/et-bruxelles-envisagea-nouvel-elargissement-europe-t-elle-perdu-tout-sens-commun-gerard-bossuat-et-christophe-bouillaud-873645.html

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