• Le 18 Brumaire de Louis Bonaparte, Karl Marx - 1851 (2)

    Note de Coma81 : la traduction est médiocre, et la transcription numérique, truffée d'erreurs.

    Chapitre 2, 3, 4, 5, 6. Morceaux Choisis, classés par thèmes.

     

    "Mais ce que la bourgeoisie ne comprenait pas, c’était que son propre régime parlementaire, sa domination politique, en général, devaient fatalement à leur tour être condamnés comme socialistes."


    "Qu’on se représente maintenant le bourgeois français : au milieu de cette panique commerciale, combien sa cervelle, aussi malade que son commerce, ne devait-elle pas être torturée, abasourdie, ahurie (…) et l’on comprendra que, dans cette confusion incroyable, bruyante, de fusion, de révision, de propagation, de Constitution, de conspiration, de coalition, d’émigration, d’usurpation et de révolution, le bourgeois ait crié, dans un accès de fureur, à sa République parlementaire : « Plutôt une fin effroyable qu’un effroi sans fin ! » 

    Bonaparte comprit cet appel."


    "Mais lui, parlant publiquement devant les citoyens et dans   le langage officiel de l’ordre, de la religion, de la famille, de la propriété, ayant derrière lui la société secrète des escrocs et des voleurs, la société du désordre, de la prostitution et du vol, c’est Bonaparte lui-même, il est bien là auteur original, et l’histoire de la société du 10 Décembre est bien sa propre histoire."

     

     

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    Sur les bourgeois républicains

     

    La fraction des républicains bourgeois, qui se considérait depuis longtemps comme l’héritière légitime de la monarchie de Juillet, se trouvait ainsi avoir dépassé son idéal, mais elle arrivait au pouvoir, non pas, comme elle l’avait rêvé sous Louis-Philippe, à la suite d’une révolte libérale de la bourgeoisie contre le trône, mais à la suite d’un soulèvement, réprimé à coups de mitraille, du prolétariat contre le capital. Ce qu’elle s’était imaginé comme devant être l’événement le plus révolutionnaire se passa, en réalité, comme l’événement le plus contre-révolutionnaire. Le fruit tombait dans ses mains, mais il provenait de l’arbre de la science, et non de l’arbre de vie.

    * * *

     Le système censitaire étroit de la monarchie de Juillet, qui excluait une grande partie de la bourgeoisie elle-même du pouvoir politique, était incompatible avec l’existence de la république bourgeoise. La révolution de février avait immédiatement proclamé à la place de ce cens le suffrage universel direct. Les républicains bourgeois ne pouvaient pas faire que cet événement n’eût eu lieu.

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     Autant ces purs républicains avaient fait preuve de brutalité en employant la violence contre le prolétariat autant ils furent lâches, pusillanimes, timides, humbles, sans défense, en reculant, maintenant qu’il s’agissait précisément de défendre leur républicanisme et leur pouvoir législatif contre le pouvoir exécutif et les royalistes. Je n’ai pas à relater ici la lamentable histoire de leur dissolution. Ils ne disparurent pas, ils se volatilisèrent. Leur histoire est à jamais terminée, et, dans la période suivante, ils ne figurent plus, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Assemblée, que comme des souvenirs ne paraissant reprendre un peu de vie que dès qu’il s’agit à nouveau du simple mot de République et chaque fois que le conflit révolutionnaire menace de s’abaisser au niveau le plus bas. Je marque en passant que le journal qui donna son nom à ce parti, Le National, se convertit dans la période suivante au socialisme.




    Sur les royalistes


    Légitimistes et orléanistes constituaient, comme nous l’avons dit, les deux grandes fractions du parti de l’ordre. Ce qui attachait ces fractions à leurs prétendants, et les opposait l’une à l’autre, n’était-ce pas autre chose que les fleurs de lis et le drapeau tricolore, la maison des Bourbon et la maison d’Orléans, nuances différentes du royalisme ? Sous les Bourbon, c’était la grande propriété foncière qui avait régné, avec ses prêtres et ses laquais. Sous les Orléans, c’étaient la haute finance, la grande industrie, le grand commerce, c’est-à-dire le capital, avec sa suite d’avocats, de professeurs et de beaux parleurs. La royauté légitime n’était que l’expression politique de la domination héréditaire des seigneurs terriens, de même que la monarchie de Juillet n’était que l’expression politique de la domination usurpée des parvenus bourgeois. Ce qui, par conséquent, divisait entre elles les fractions, ce n’étaient pas de prétendus principes, c’étaient leurs conditions matérielles d’existence, deux espèces différentes de propriété, le vieil antagonisme entre la ville et a campagne, la rivalité entre le capital et la propriété foncière. Qu’en même temps de vieux souvenirs, des inimitiés personnelles, des craintes et des espérances, des préjugés et des illusions, des sympathies et des antipathies, des convictions, des articles de foi et des principes les aient liées à l’une ou à l’autre maison royale, qui le nie ? Sur les différentes formes de propriété, sur les conditions d’existence sociale s’élève toute une superstructure d’impressions, d’illusions, de façons de penser et de conceptions philosophiques particulières. La classe tout entière les crée et les forme sur la base de ces conditions matérielles et des rapports sociaux correspondants. L’individu qui les reçoit par la tradition ou par l’éducation peut s’imaginer qu’elles constituent les véritables raisons déterminantes et le point de départ de son activité. Si les orléanistes, les légitimistes et des rapports sociaux correspondants. L’individu qui les reçoit par la tradition ou par l’éducation peut s’imaginer qu’elles constituent les véritables raisons déterminantes et le point de départ de son activité. Si les orléanistes, les légitimistes, si chaque fraction s’efforçait de se persuader elle-même et de persuader les autres qu’elles étaient séparées par leur attachement à leurs deux maisons royales, les faits montrèrent dans la suite que c’était bien plus la divergence de leurs intérêts qui interdisait l’union des deux dynasties. Et, de même que dans la vie privée, on distingue être ce qu’un homme dit ou pense de lui et ce qu’il est et fait réellement, il faut distinguer, encore davantage, dans les luttes historiques, entre la phraséologie et les prétentions des partis et s’imaginent être et ce qu’ils sont en réalité. Orléanistes et légitimistes se trouvaient dans la république les uns à côté des autres, avec des prétentions égales. Si chaque fraction se proposait contre l’autre la restauration de sa propre dynastie, cela signifiait uniquement que les deux grands intérêts divisant la bourgeoisie — propriété foncière et capital — s’efforçaient, chacun de son côté, de rétablir sa propre suprématie et la subordination de l’autre. Nous parlons de deux intérêts de la bourgeoisie, car la grande propriété foncière, malgré sa coquetterie féodale et son orgueil de race, s’était complètement embourgeoisée, par suite du développement de la société moderne. C’est ainsi qu’en Angleterre les tories se sont longtemps imaginé qu’ils étaient enthousiastes de la royauté, de l’Église et des beautés de la vieille Constitution anglaise jusqu’au jour où le danger leur arracha l’aveu qu’ils n’étaient enthousiastes que de la rente foncière.

    Les royalistes coalisés intriguaient entre eux dans la presse, à Ems, à Claremont, en dehors du Parlement. Derrière les coulisses, ils revêtaient leurs anciennes livrées orléanistes et légitimistes et recommençaient leurs anciens tournois. Mais, sur la scène publique, dans leur activité publique, en tant que grand parti parlementaire, ils n’adressaient et ajournaient in infinitum  la restauration de la monarchie. Ils menaient leur véritable affaire en tant que parti de l’ordre, c’est-à-dire sous une étiquette sociale et non pas sous une étiquette politique, comme représentants de l’ordre bourgeois et non comme chevaliers de princesses errantes, en tant que classe bourgeoise opposée à d’autres classes, et non pas en tant que royalistes opposés aux républicains. Leur domination, en tant que parti de l’ordre, sur les autres classes de la société, fut plus absolue et plus dure qu’elle ne l’avait été auparavant sous la Restauration ou sous la monarchie de Juillet, et elle n’était possible que sous la forme de la République parlementaire, car c’est seulement sous cette forme que les deux grandes fractions de la bourgeoisie française pouvaient d’unir et, par conséquent, substituer la domination de leur classe à celle d’une fraction privilégiée de cette classe. Et si, néanmoins, en tant que parti de l’ordre, ils insultaient la république et exprimaient leur aversion à son égard, ils ne le faisaient pas seulement par conviction royaliste. Leur instinct leur disait que si la république rend plus complète leur domination politique, elle en mine en même temps les bases sociales en les opposant aux classes opprimées de la société et en les obligeant à lutter contre elles sans intermédiaire, sans le couvert de la couronne, sans pouvoir détourner l’intérêt de la nation au moyen de leurs luttes subalternes entre eux et contre la royauté. C’était le sentiment de leur faiblesse qui les faisait trembler devant les conditions pures de leur propre domination de classe et regretter les formes moins achevées, moins développées et, par conséquent, moins dangereuses de leur domination. 

    * * *

     

    La révision de la Constitution — et les circonstances forçaient à s’en préoccuper — mettait en question, outre la république, la domination commune des deux fractions de la bourgeoisie et réveillait, avec la possibilité du rétablissement de la monarchie, la rivalité des intérêts qu’elle avait de préférence représentés à tour de rôle, la lutte par la suprématie d’une fraction sur l’autre. Les diplomates du parti de l’ordre croyaient pouvoir liquider la lutte par ce qu’ils appelaient une fusion des deux dynasties, des partis royalistes et de leurs maisons royales. La véritable fusion de la Restauration et de la monarchie de Juillet, c’était la République parlementaire, dans laquelle se fondaient les couleurs orléanistes et légitimistes et où les différentes sortes de bourgeois disparaissaient dans le bourgeois tout court, dans le genre bourgeois. Mais, maintenant, l’orléaniste devait devenir légitimiste, le légitimiste orléaniste. La royauté, qui personnifiait leur antagonisme, devait incarner leur unité et faire de l’expression de leurs intérêts exclusifs de fractions l’intérêt commun de leur classe. La monarchie devait réaliser ce que la négation des deux monarchies, à savoir, la république, pouvait réaliser et avait vraiment réalisé. C’était la pierre philosophale, à la fabrication de laquelle les docteurs du parti de l’ordre se cassaient la tête. Comme si la monarchie légitime pouvait jamais devenir la monarchie de la bourgeoisie industrielle, ou la royauté bourgeoise être jamais la royauté de l’aristocratie terrienne héréditaire ! Comme si la propriété foncière et l’industrie pouvaient fraterniser sous une même couronne, alors que la couronne ne pouvait coiffer qu’une seule et même tête, celle du frère aîné ou du cadet ! Comme si l’industrie pouvait, en général, se réconcilier avec la propriété foncière, tant que celle-ci ne se déciderait pas à devenir elle-même industrielle ! (...)


     


    Sur les petits bourgeois démocrates

    En face de la bourgeoisie coalisée, s’était constituée une coalition entre petits bourgeois et ouvriers, le prétendu parti social-démocrate. Les petits bourgeois s’étaient vus mal récompensés au lendemain des Journées de juin 1848. Ils voyaient leurs intérêts matériels menacés et les garanties démocratiques, qui devaient leur assurer la satisfaction de ces intérêts, mises en question par la contre-révolution. Aussi se rapprochèrent-ils des ouvriers. D’autre part, leur représentation parlementaire, la Montagne, tenue à l’écart pendant la dictature des républicains bourgeois, avait, pendant la seconde moitié de l’existence de la Constituante, grâce à sa lutte contre Bonaparte et les ministres royalistes, reconquis sa popula-rité perdue. Elle avait conclu une alliance avec les chefs socialistes. En février 1849, on organisa des banquets de réconciliation. On esquissa un programme commun, on créa des comités électoraux communs et l’on présenta des candidats communs. On enleva aux revendications sociales de la petite bourgeoisie. C’est ainsi que fut créée la social-démocratie. La nouvelle Montagne, qui fut le résultat de cette combinaison, comprenait, à part quelques figurants tirés de la classe ouvrière et quelques sectaires socialistes les mêmes éléments que l’ancienne Montagne, mais numériquement plus forts. A vrai dire, elle s’était modifiée, au cours du développement, de même que la classe qu’elle représentait. Le caractère propre de la social-démocratie se résumait en ce qu’elle réclamait des institutions républicaines démocratiques comme moyen, non pas de supprimer les deux extrêmes, le capital et le salariat, mais d’atténuer leur antagonisme et de le transformer en harmonie. Quelle que soit la diversité des mesures qu’on puisse proposer pour atteindre ce but, quel que soit le caractère plus ou moins révolutionnaire des conceptions dont il puisse être revêtu, le contenu reste le même. C’est la transformation de la société par voie démocratique, mais c’est une transformation dans le cadre petit-bourgeois. Il ne faudrait pas partager cette conception bornée que la petite bourgeoisie a pour principe de vouloir faire triompher un intérêt égoïste de classe. C'est plutot qu'elle croit que les conditions particulières de son emancipation sont les conditions générales dehors desquelles la société moderne ne peut être sauvée et la lutte des classes évitée. (...)

    Rarement action fut annoncée avec plus de fracas que le fut l’entrée en campagne imminente de la Montagne, et rarement événement fut annoncé à son de trompe avec plus d’assurance et plus longtemps d’avance que le fut la victoire inévitable de la démocratie. Assurément, les démocrates croient aux trompettes dont les sonorités renversèrent les murailles de Jéricho. Chaque fois qu’ils rencontrent devant eux les remparts du despotisme, ils s’efforcent de refaire le miracle. Si la Montagne voulait vaincre au Parlement, elle ne devait pas appeler aux armes. Si elle appelait aux armes au Parlement, elle ne devait pas se conduire parlementairement dans la rue. Si l’on se proposait sérieusement une démonstration pacifique, il était stupide de ne pas prévoir qu’elle serait accueillie belliqueusement. S’il fallait s’attendre à une lutte véritable, il était vraiment original de déposer les armes avec lesquelles il fallait mener cette lutte. Mais les menaces révolutionnaires des petits bourgeois et de leurs représentants démocrates ne sont que de simples tentatives d’intimidation de l’adversaire. Et quand ils sont acculés, quand ils se sont suffisamment compromis pour se voir contraints de mettre leurs menaces à exécution, ils le font d’une manière équivoque qui n’évite rien tant que les moyens propres au but et cherche avidement des prétextes de défaite. L’ouverture éclatante annonçant le combat se perd en un faible murmure dès la que le combat doit commencer. Les acteurs cessent de se prendre au sérieux et l’action s’écroule lamentablement comme une baudruche que l’on perce avec une aiguille.

    Aucun parti ne s’exagère davantage les moyens dont il dispose que le parti démocrate. Aucun ne s’illusionne plus légèrement sur la situation. (…) Mais le démocrate, parce qu’il représente la petite bourgeoisie, par conséquent une classe intermédiaire, au sein de laquelle s’émoussent les intérêts des deux classes opposées, s’imagine être au-dessus des antagonismes de classe. Les démocrates reconnaissent qu’ils ont devant eux une classe privilégiée, mais eux, avec tout le reste de la nation, ils constituent le peuple. Ce qu’ils représentent, c’est le droit du peuple ; ce qui les intéresse, c’est l’intérêt du peuple. Ils n’ont donc pas besoin, avant d’engager une lutte, d’examiner les intérêts et les positions des différentes classes. Ils n’ont pas besoin de peser trop minutieusement leurs propres moyens. Ils n’ont qu’à donner le signal pour que le peuple fonce avec toutes ses ressources inépuisables sur ses oppresseurs. Mais si, dans la pratique, leurs intérêts apparaissent sans intérêt, et si leur puissance se révèle comme impuissance, la faute en est ou aux sophistes criminels qui divisent le peuple indivisible en plusieurs camps ennemis, ou à l’armée qui est trop abrutie ou trop aveuglée pour considérer les buts de la démocratie comme son propre bien, ou encore, c’est qu’un détail d’exécution a tout fait échouer, ou, enfin, c’est qu’un hasard imprévu a fait compromettre cette fois la partie. En tous cas, le démocrate sort de la défaite la plus honteuse tout aussi pur qu’il était innocent lorsqu’il est entré dans la lutte, avec la conviction nouvelle qu’il doit vaincre, non pas parce que lui et son parti devront abandonner leur ancien point de vue, mais parce que, au contraire, les conditions devront mûrir. (...)

     



    Contradiction entre Démocratie et Capitalisme

     

     On se rend compte immédiatement que, dans un pays comme la France, où le pouvoir exécutif dispose d’une armée de fonctionnaires de plus d’un demi-million de personnes et tient, par conséquent, constamment sous sa dépendance la plus absolue une quantité énorme d’intérêts et d’existences, où l’État enserre contrôle, réglemente, surveille et tient en tutelle la société civile, depuis ses manifestations d’existence les plus vastes jusqu’à ses mouvements les plus infimes, de ses modes d’existence les plus généraux jusqu’à la vie privée des individus, où ce corps parasite, grâce à la centralisation la plus extraordinaire, acquiert une omniprésence, une omniscience une plus rapide capacité de mouvement et un ressort, qui n’ont d’analogues que l’état de dépendance absolue, la difformité incohérente du corps social, on comprend donc que, dans un tel pays, (…) Mais l’intérêt matériel de la bourgeoisie française est précisément lié de façon très intime au maintien de cette machine gouvernementale vaste et compliquée. C’est là qu’elle case sa population superflue et complète sous forme d’appointements ce qu’elle ne peut encaisser sous forme de profits, d’intérêts, de rentes et d’honoraires. D’autre part, son intérêt politique l’obligeait à aggraver de jour en jour la répression, et, par conséquent, à augmenter les moyens et le personnel du pouvoir gouvernemental, tandis qu’en même temps il lui fallait mener une guerre ininterrompue contre l’opinion publique, mutiler et paralyser jalousement les organes moteurs indépendants de la société, là où elle ne réussissait pas à les amputer complètement. C’est ainsi que la bourgeoisie française était obligée, par sa situation de classe, d’une part, d’anéantir les conditions d’existence de tout pouvoir parlementaire et, par conséquent aussi, du sien même, et, d’autre part, de donner une force irrésistible au pouvoir exécutif qui lui était hostile.

    * * *

    La bourgeoisie se rendait très bien compte que toutes les armes qu’elle avait forgées contre le féodalisme se retournaient maintenant contre elle-même, que tous les moyens d’instruction qu’elle avait institués se retournaient contre sa propre culture, que tous les dieux qu’elle avait créés l’abandonnaient. Elle se rendait compte que toutes les prétendues libertés bourgeoises et institutions de progrès attaquaient et menaçaient sa domination de classe, à la fois dans sa base sociale et à son sommet politique, et étaient, par conséquent, devenues « socialistes ». Elle voyait avec raison dans cette menace et dans cette attaque le secret du socialisme, dont elle comprend mieux le sens et la tendance que le prétendu socialisme lui-même, ce socialisme qui ne peut pas arriver à comprendre pourquoi la bourgeoisie se ferme obstinément à lui, qu’il gémisse sentimentalement sur les souffrances de l’humanité ou qu’il annonce chrétiennement la venue du royaume millénaire et l’ère de la fraternité universelle, qu’il radote à la manière des humanistes sur l’esprit, la culture, la liberté ou invente un système de réconciliation et de prospérité de toutes les classes de la société. Mais ce que la bourgeoisie ne comprenait pas, c’était que son propre régime parlementaire, sa domination politique, en général, devaient fatalement à leur tour être condamnés comme socialistes. Tant que la domination de la classe bourgeoise ne s’était pas complètement organisée, n’avait pas trouvé son expression politique pure, l’antagonisme des autres classes ne pouvait pas, non plus, se manifester nettement, et là où il se manifestait, prendre cette tournure dangereuse qui transforme tout lutte contre le pouvoir d’État en une lutte contre le capital. Si, dans tout mouvement de la société, la bourgeoisie voyait l’« ordre » en danger, comment pouvait-elle vouloir défendre, à la tête de la société, le régime du désordre, son propre régime, le régime parlementaire, ce régime qui, suivant l’expression d’un de ses orateurs, ne vit que dans la lutte et par la lutte ? Le régime parlementaire vit de la discussion, comment l’interdirait-il ? Chaque intérêt, chaque institution sociale, y sont transformés en idées générales, discutés en tant qu’idées. Comment un intérêt, une institution quelconque pourraient-ils s’élever au-dessus de la pensée et s’imposer comme articles de foi ? La lutte oratoire à la tribune provoque les polémiques de presse. Le club de discussion au Parlement trouve son complément nécessaire dans les clubs de discussion des salons et des cabarets. Les représentants, donnent le droit de s’exprimer au moyen de pétitions. Le régime parlementaire remet tout à la décision des majorités, comment les grandes majorités en dehors du Parlement ne voudraient-elles pas décider, elles aussi ? Quand, au sommet de l’État, on –joue du violon, comment ne pas s’attendre que ceux qui sont en bas se mettent à danser ?

    Ainsi donc, en taxant d’hérésie « socialiste » ce qu’elle avait célébré autrefois comme « libéral », la bourgeoisie reconnaît que son propre intérêt lui commande de se soustraire aux dangers du self-government ; que, pour établir le calme dans le pays, il faut avant tout ramener au calme son Parlement bourgeois ; que, pour conserver intacte sa puissance sociale, il lui faut briser sa puissance politique ; que les bourgeois ne peuvent continuer à exploiter les autres classes et à jouir tranquillement de la propriété, de la famille, de la religion et de l’ordre qu’à la condition que leur classe soit condamnée au même néant politique que les autres classes ; que, pour sauver sa bourse, la bourgeoisie doit nécessairement perdre sa couronne et que le glaive qui doit la protéger est fatalement aussi une épée de Damoclès suspendue au-dessus de sa tête.

    * * *

    La loi du 31 mai 1850 fut le « coup d’état  » de la bourgeoisie. Toutes ses conquêtes antérieures sur la révolution n’avaient qu’un caractère provisoire. Le départ de chaque Assemblée nationale les remettait en question. Elles dépendaient du hasard de nouvelles élections générales, et l’histoire des élections, depuis 1848, prouvait irréfutablement qu’à mesure que se développait la domination de fait de la bourgeoisie, celle-ci perdait son influence morale sur les masses populaires. Le suffrage universel s’était, le 10 mars, prononcé nettement contre la domination de la bourgeoisie. Celle-ci répondit en proscrivant le suffrage électoral universel. La loi du 31 mai était, par conséquent, l’une des nécessités de la lutte des classes.

     


    De la République au coup d'état


     Si la Constitution donne au président le pouvoir effectif, elle s’efforce du moins d’assurer à l’Assemblée nationale le pouvoir moral. Mais, outre qu’il est impossible de créer un pouvoir moral à l’aide d’articles de loi, la Constitution se détruit encore une fois elle-même en faisant élire le président au suffrage direct par tous les Français. Tandis que les suffrages de la France se dispersent sur les 750 membres de l’Assemblée nationale, ils se concentrent ici, par contre, sur un seul individu. Alors que chaque député ne représente que tel ou tel parti, telle ou telle ville, telle ou telle tête de pont, ou même la simple nécessité d’élire un sept-cent-cinquantième individu quelconque, opération dans laquelle on ne se montre pas plus difficile pour l’homme que pour la chose, il est, lui, l’élu de la nation, et son élection est l’atout que le peuple souverain joue une fois tous les quatre ans. L’Assemblée nationale élue est unie à la nation par un rapport métaphysique, mais le président élu à elle par un rapport personnel. L’Assemblée nationale représente bien dans ses différents membres les aspects multiples de l’esprit national, mais c’est dans le président que ce dernier s’incarne. Il a en face d’elle une sorte de droit divin. Il est, par la grâce du peuple.

    (…) Telle était la Constitution de 1848, qui fut renversée le 2 décembre 1851, non par une tête, mais par le simple contact d’un chapeau. Il est vrai que ce chapeau était le tricorne de Napoléon.

    Tandis que les bourgeois républicains étaient occupés à l’Assemblée à fignoler, à discuter et à voter cette Constitution, Cavaignac maintenait, en dehors de l’Assemblée, l’état de siège à Paris. La proclamation de l’état de siège à Paris avait servi à la Constituante d’accoucheuse dans les douleurs de son enfantement républicain. Si la Constitution fut plus tard assassinée à coups de baïonnettes, il ne faut pas oublier que c’est également par des baïonnette, et encore dirigées contre le peuple, qu’il avait fallu la protéger déjà dans le sein de sa mère et que c’est également à l’aide de baïonnettes qu’elle avait dû être mise au monde. (...) Mais la caserne et le bivouac, que l’on imposait ainsi périodiquement à la société française pour la faire tenir tranquille ; le sabre et le mousqueton, à qui l’on faisait périodiquement rendre la justice et diriger l’administration, exercer le rôle de tuteur et de censeur, de policier et de veilleur de nuit ; la moustache et l’uniforme, que l’on célébrait périodiquement comme la sagesse suprême de la société et comme recteurs de la société, ne devaient-ils pas finir par croire qu’il valait mieux sauver la société une fois pour toutes, en proclamant leur propre régime comme le régime suprême, et libérer complètement la société bourgeoise du souci de se gouverner elle-même ? La caserne et le bivouac, le sabre et le mousqueton, la moustache et l’uniforme devaient d’autant plus facilement en venir à cette idée qu’ils pouvaient s’attendre alors à être mieux payés pour ce service plus signalé, tandis que dans les proclamations simplement périodiques de l’état de siège, et dans les sauvetages momentanés de la société, à l’appel de telle ou telle fraction de la bourgeoisie, le résultat pour eux était maigre, en dehors de quelques morts et blessés et de quelques grimaces amicales de la bourgeoisie. L’armée ne devait-elle pas finalement vouloir jouer dans son propre intérêt de l’état de siège et assiéger en même temps les coffres-forts des bourgeois ? 

    * * *

    Dans la première Révolution française, la domination des constitutionnels fait place à la domination des Girondins, et celle-ci à celle des Jacobins. Chacun de ces partis s’appuie sur le plus avancé. Dès que chacun d’eux a poussé la révolution suffisamment loin pour ne plus pouvoir la suivre et à plus forte raison la précéder, il est mis à l’écart par l’allié le plus hardi qui le suit, et envoyé à la guillotine. La révolution se développe ainsi sur une ligne ascendante.

    C’est le contraire avec la révolution de 1848. Le parti prolétarien apparaît comme une simple annexe du parti petit-bourgeois démocrate. Il est trahi et abandonné par ce dernier le 16 avril, le 15 mai, et pendant les Journées de juin. Le parti démocrate, de son côté, s’appuie sur les épaules du parti républicain bourgeois. A peine ce dernier pense-t-il avoir une base solide qu’il se débarrasse de son compagnon inopportun et s’appuie lui-même sur le parti de l’ordre. Ce dernier se dérobe, fait faire la culbute aux républicains bourgeois et s’appuie à son tour sur les épaules de la force armée. Il croit y être encore lorsqu’il remarque un beau matin que ces épaules se sont transformées en baïonnettes. Chaque parti frappe par derrière celui qui veut le pousser en avant et s’appuie par-devant sur celui qui le pousse en arrière. Il n’y a rien d’étonnant que, placé dans cette position ridicule, il perde l’équilibre et, qu’après avoir fait les grimaces inévitables, il s’écroule avec d’étranges cabrioles. La révolution suit ainsi une ligne descendante. Elle se trouve engagée dans ce mouvement rétrograde avant même que la dernière barricade de février ait été enlevée et qu’ait été constituée la première autorité révolutionnaire.

    * * *

     Lorsque le « spectre rouge », continuellement évoqué et conjuré par les contre-révolutionnaires, apparaît enfin, il n’apparaît pas coiffé du bonnet phrygien anarchiste, mais dans l’uniforme de l’ordre, en pantalon rouge.

    * * *

    Le parti de l’ordre montra, par sa décision concernant la révision, qu’il ne savait ni régler ni servir, ni vivre ni mourir, ni supporter la république, ni la renverser, ni maintenir la Constitution ni s’en débarrasser, ni collaborer avec le président, ni rompre avec lui. De qui attendait-il donc la solution de toutes ces contradictions ? Du calendrier, de la marche des événements. Il cessait de s’attribuer un pouvoir sur les événements, les obligeant ainsi à faire violence et provoquait par là la puissance à laquelle il avait, dans sa lutte contre le peuple, abandonné les uns après les autres tous les attributs du pouvoir, jusqu’à ce qu’il apparut lui-même complètement impuissant en face d’elle. Pour permettre au chef du pouvoir exécutif d’élaborer plus tranquillement son plan de campagne contre lui, de renforcer ses moyens d’attaques, de choisir ses armes, de fortifier ses positions, il décida, en plein moment critique, de quitter la scène et de s’ajourner à trois mois, du 10 août au 4 décembre.

    Le parti parlementaire s’était non seulement divisé en ses deux grandes fractions, non seulement chacune de ces fractions s’était divisée elle-même, mais le parti de l’ordre au Parlement était entré en conflit avec le parti de l’ordre en dehors du Parlement. Les orateurs et les écrivains de la bourgeoisie, sa tribune et sa presse, bref, les idéologues de la bourgeoisie et la bourgeoisie elle-même, les représentants et les représentés étaient devenus étrangers les uns aux autres et ne se comprenaient plus.

    * * *

    L’aristocratie financière maudissait par conséquent la lutte parlementaire menée par le parti de l’ordre contre le pouvoir exécutif comme un trouble apporté à l’ordre, et célébrait chaque victoire du président sur les prétendus représentants comme une victoire de l’ordre. Il ne faut pas entendre ici par aristocratie financière uniquement les grands entrepreneurs d’emprunts et spéculateurs sur les valeurs d’État, dont on comprend immédiatement que leur intérêt coïncide avec les intérêts du pouvoir. Tout le monde financier moderne, tout le monde des banques est très étroitement intéressé au maintien du crédit public. Une partie de leur capital commercial est nécessairement placée dans les valeurs d’État rapidement convertibles. Les dépôts, le capital mis à leur disposition et qu’ils répartissent entre les commerçants et les industriels, provient en partie des intérêts perçus par les rentiers de l’État. Si, en tout temps, la stabilité du pouvoir a signifié Moïse et les prophètes, pour le marché de l’argent et les prêtres de ce marché, n’est-ce pas le cas surtout maintenant, où chaque déluge menace d’emporter, avec les vieux États, les vieilles dettes d’État ? (...)

    Si, comme je l’ai mentionné plus haut, le parti parlementaire de l’ordre s’était condamné lui-même à l’inaction par ses criailleries en faveur de la tranquillité, s’il avait déclaré la domination politique de la bourgeoisie incompatible avec la sécurité et l’existence de la bourgeoisie, en détruisant de ses propres mains, dans sa lutte contre les autres classes de la société, toutes les conditions de son propre régime, du régime parlementaire, part contre, la masse extra-parlementaire de la bourgeoisie, par sa servilité envers le président, par ses injures contre le Parlement, par la brutalité avec laquelle elle traita sa propre presse, excita Bonaparte à réprimer, à exterminer ses orateurs et ses écrivains, ses politiciens et ses littérateurs, sa tribune et sa presse, afin de lui permettre de vaquer en confiance à ses affaires privées, sous la protection d’un gouvernement fort et absolu. Elle déclara nettement qu’elle brûlait du désir de se débarrasser en même temps des soucis et des dangers du pouvoir.

    * * *

    Qu’on se représente maintenant le bourgeois français : au milieu de cette panique commerciale, combien sa cervelle, aussi malade que son commerce, ne devait-elle pas être torturée, abasourdie, ahurie (…) et l’on comprendra que, dans cette confusion incroyable, bruyante, de fusion, de révision, de propagation, de Constitution, de conspiration, de coalition, d’émigration, d’usurpation et de révolution, le bourgeois ait crié, dans un accès de fureur, à sa République parlementaire : « Plutôt une fin effroyable qu’un effroi sans fin ! » 

    Bonaparte comprit cet appel.

    * * * 

    Si jamais événement a projeté devant lui son ombre longtemps avant de se produire, ce fut bien le coup d’État de Bonaparte. (…)  

    Le coup d’État fut toujours une idée fixe de Bonaparte. C’est avec cette idée qu’il était rentré en France. Elle le possédait à tel point qu’il la trahissait et la divulguait constamment. Il était si faible qu’il y renonçait tout aussi constamment. L’ombre du coup d’État était devenu un fantôme si familier aux Parisiens qu’ils ne voulaient plus y croire, lorsqu’il parut enfin en chair et en os. Ce ne fut, par conséquent, ni la discrétion du chef de la société du 10 Décembre, ni un coup de main imprévu contre l’Assemblée nationale, qui permit au coup d’État de réussir. S’il réussit, ce fut malgré l’indiscrétion du premier et malgré la connaissance qu’en avait la seconde, comme une conséquence nécessaire, inévitable, du développement antérieur.

     

     

    Bonaparte

     

    Chaque fois que Bonaparte divulguait ses intentions derrière le dos des ministres et jouait de ses idées napoléoniennes  , ses propres ministres le désavouaient du haut de la tribune de l’Assemblée nationale. Ses désirs d’usurpation ne semblaient se faire entendre que pour entretenir les rires malicieux de ses adversaires. Il se comportait comme génie méconnu que le monde entier considère comme un simple d’esprit. Jamais, il ne fut complètement l’objet du mépris de toutes les classes qu’au cours de cette période. Jamais, la bourgeoisie ne domina de façon plus absolue, jamais, elle ne fit plus ostensiblement étalage des insignes du pouvoir.

    * * *

    Tandis que le ministère de Bonaparte prenait l’initiative de lois conçues dans l’esprit du parti de l’ordre, ou exagérait encore leur sévérité dans leur application et leur exécution, le président s’efforçait, de son côté, par des propositions d’une bêtise puérile, de conquérir de la popularité, de montrer son opposition à l’égard de l’Assemblée nationale et de laisser entendre par une secrète arrière-pensée que, seules, les circonstances l’empêchaient momentanément d’ouvrir au peuple français ses trésors cachés. C’est ainsi qu’il proposait d’accorder aux sous-officiers un relèvement de solde de quatre sous par jour et de créer une banque de prêts d’honneur pour les ouvriers. Recevoir de l’argent sous forme de cadeaux ou de prêts, c’était là la perspective au moyen de laquelle il espérait séduire les masses. Offrir et emprunter de l’argent, c’est à cela que se réduit toute la science financière su sous-prolétariat, qu’il soit de condition distinguée ou de condition commune. C’est à cela que se réduisaient les ressorts que Bonaparte savait mettre en mouvement. Jamais prétendant ne spécula plus platement sur la platitude des masses.

    * * *

     

     Dans ces voyages, que le grand Moniteur officiel et les petits Moniteurs privés de Bonaparte ne pouvaient moins faire que de célébrer comme des tournées triomphales, il était constamment accompagné d’affiliés de la société du 10 décembre. Cette société avait été fondée en 1849. Sous le prétexte de fonder une société de bienfaisance, on avait organisé le sous-prolétariat parisien en sections secrètes, mis à la tête de chacune d’elles des agents bonapartistes, la société elle-même étant dirigée par un général bonapartiste. A côté de « roués » ruinés, aux moyens d’existence douteux, et d’origine également douteuse, d’aventuriers et de déchets corrompus de la bourgeoisie, des forçats sortis du bagne, des galériens en rupture de ban, des filous, des charlatans, des lazzaroni, des pickpockets, des escamoteurs, des joueurs, des souteneurs, des tenanciers de maisons publiques, des porte-faix, des écrivassiers, des joueurs d’orgues, des chiffonniers, des rémouleurs, des rétameurs, des mendiants, bref, toute cette masse confuse, décomposée, flottante, que les Français appellent la « bohème ». C’est avec ces éléments qui lui étaient proches que Bonaparte constitua le corps de la société du 10 Décembre. « Société de bienfaisance », en ce sens que tous les membres, tout comme Bonaparte, sentaient le besoin de se venir en aide à eux-mêmes aux dépens de la nation laborieuse. Ce Bonaparte, qui s’institue le chef du sous-prolétariat, qui retrouve là seulement, sous une forme multipliée, les intérêts qu’il poursuit lui-même personnellement, qui, dans ce rebut, ce déchet, cette écume de toutes les classes de la société, reconnaît la seule classe sur laquelle il puisse s’appuyer sans réserve, c’est le vrai Bonaparte, le Bonaparte « sans phrase  ». Vieux roué retors, il considère la vie des peuples, leur activité et celles de l’État, comme une comédie au sens le plus vulgaire du mot, comme une mascarade, où les grands costumes, les grands mots et les grandes poses ne servent qu’à masquer les canailles les plus mesquines. C’est ainsi que, lors de son voyage à Strasbourg, un vautour suisse apprivoisé représente l’aigle napoléonien. Pour son entrée à Boulogne, il affuble d’uniformes français quelques laquais de Londres, chargés de représenter l’armée. Dans sa société du 10 Décembre, il rassemble 10 000 gueux, chargés de représenter le peuple, tout comme Klaus Zettel  représente le lion. A un moment où la bourgeoisie elle-même jouait la comédie la plus achevée, mais le plus sérieusement du monde, sans enfreindre aucune des exigences les plus pédantesques de l’étiquette dramatique française, alors qu’elle était elle-même à demi roulée, à demi convaincue par la solennité de ses propres actions d’État, c’était l’aventurier qui devait l’emporter, lui qui prenait la comédie tout simplement pour une comédie. C’est seulement quand il s’est débarrassé de son solennel adversaire, quand il prend lui-même son rôle impérial au sérieux et s’imagine, parce qu’il arbore le masque napoléonien, représenter le véritable napoléon, qu’il devient lui-même la victime de sa propre conception du monde, le grave polichinelle qui ne prend plus l’histoire pour une comédie, mais sa propre comédie pour l’histoire. (...) La société du 10 Décembre lui appartenait, elle était son œuvre, sa pensée la plus propre. Ce qu’il s’approprie, c’est la force des circonstances qui le lui donne, ce qu’il fait, ce sont les circonstances qui le font pour lui, ou bien il se contente simplement de copier les actions des autres. Mais lui, parlant publiquement devant les citoyens et dans le langage officiel de l’ordre, de la religion, de la famille, de la propriété, ayant derrière lui la société secrète des escrocs et des voleurs, la société du désordre, de la prostitution et du vol, c’est Bonaparte lui-même, il est bien là auteur original, et l’histoire de la société de la société du 10 Décembre est bien sa propre histoire. (…)

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