• Le choix de François

    Partie 1 : "le tournant de la rigueur n'a pas trainé" ; Partie 2 : "La stratégie de l'orthodoxie économique : quelle rationalité ?" . Voici donc la troisième partie :

     

    Hormis les épisodes des guerres mondiales, jamais au cours du 20ème siècle, un gouvernement français arrivant au pouvoir n'eu à gérer une situation aussi compliquée, pas même au cours de la crise des années 30 qui frappa moins durement la France que ses partenaires commerciaux (Entre la France exportatrice et l'Allemagne grêvée de dettes, les rôles étaient inversées par rapport à aujourd'hui).

    A droite comme à gauche, il est tentant, en référence à Churchill, d'en appeler à la responsabilité du peuple de France, à son courage devant les nécessaires sacrifices qui sont devant nous, afin de permettre aux pays de relever l'immense défi du redressement national. Toutefois, outre que la situation n'égale en rien l'intensité dramatique de la bataille d'angleterre, elle n'est pas non plus si claire qu'elle l'était pour nos amis anglais, auxquels il ne pouvait échapper que leurs soucis avaient pour origine bien identifiée, un petit homme à la moustache dénommé Adolphe Hitler. Aucun anglais n'a douté un instant que le sacrifice des soldats tombés au combat ne fussent nécessaire pour repousser l'impérialisme germanique, autant on ne sera pas convaincu de la nécessité du million supplémentaire de travailleurs sans emplois - ou plus - généré par la politique d'austérité mise en place par le gouvernement socialiste.

    C'est que l'économie est ce domaine où des recettes foireuses peuvent mener à des résultats absurdes.

    Pensons que les mesures d'austérité ont pour objectif de faire face à une montagne de dette, mais que le résultat immédiat est de détruire des emplois, alors même qu'il faudrait augmenter l'activité et le revenu pour pouvoir accroitre les capacités de remboursement. Ecrasée par la dette, plutôt que de mettre sa population au travail pour rembourser, la Grèce l'a mise massivement au chômage - sous la pression des créanciers !. Allez comprendre. Cela ne tient pas seulement à la mauvaise volonté des gouvernants - qui ont certes trop tendance à représenter des intérêts particuliers plutôt qu'à défendre l'intérêt général (et encore moins celui des chômeurs) - mais cela est aussi inhérent à la complexité des sociétés, sur lesquelles les classes dirigeantes n'ont pas une maîtrise totale - ce qui n'est pas forcément un mal.

    Combattre le chômage, parfois nous ne savons pas, le plus souvent, nous n'y tenons pas, attachés que nous sommes aux cadres qui régentent le fonctionnement de nos sociétés, et aux valeurs (par exemple démocratiques si il s'agit de refuser un régime dirigiste trop peu soucieux de liberté individuelle) qui inspirent nos institutions. Comme le montre le débat actuel opposant tenants de la rigueur et partisans de la relance, derrière les discours économiques, il y a toujours des jugements valeurs. Le niveau d'emploi est-il une variable d'ajustement légitime de sorte qu'un fort taux de chômage doit être considéré comme acceptable, ou bien au contraire doit-il être combattu à tout prix au point de bousculer les dogmes économiques établis, par exemple en faisant intervenir massivement la banque centrale, ou en changeant de régime monétaire ?

    Revenons au cas de la France. C'est admis par tous, (maintenant que la campagne présidentielle est derrière nous) non seulement le taux de chômage ne va pas diminuer, mais son rythme d'accroissement va encore s'accélérer. Bref, il explose et il va se diriger vers des sommets probablement jamais atteint dans l'histoire.

    Que savons-nous de la crise et de la manière, en l'occurence, de lutter efficacement contre le sous-emploi ? La France a à faire à une grave crise de compétitivité qui se traduit par un double déficit - les fameux déficits jumeaux - : déficit de la balance commerciale et déficit budgétaire, le tout dans un contexte de dépression mondiale. Traditionnellement, la politique économique vise dans cette situation à combiner rigueur budgétaire modérée et politique monétaire expansionniste. Les prêts directs de la Banque Centrale à l'Etat permet de financer les déficits et réduire dans le budget la charge de la dette, à l'image de ce qui se pratique actuellement aux Etats-Unis et au Royaume-Uni. Enfin, la dévaluation de la devise permet de restaurer rapidement la compétitivité du pays. Bien sûr, il faut prendre soins que ce type de politique ne mène pas à des dérives : d'une part une dérive inflationniste si la création monétaire devient une manière courante financer la dépense publique en lieu et place de l'impôt démocratique, d'autre part le déclenchement d'une série de dévaluations compétitives entre partenaires commerciaux.

    Le problème aigu dans lequel se trouve la France - et plus encore les pays du Sud - est qu'elle ne possède plus l'outil monétaire. En l'absence de prêteur en dernier ressort (banque centrale) sa politique budgétaire est entièrement soumise au jugement des marchés financiers. Sans la possibilité d'ajuster son taux de change, elle ne peut pas rétablir facilement sa compétitivité extérieure, en particulier vis à vis de l'Allemagne. La seule variable d'ajustement qui reste à la France est la rigueur salariale et budgétaire, qui devra être drastique, avec pour conséquence un chômage explosif. Les responsables européens se réjouissent que l''Espagne soit en passe de réussir à équilibrer son commerce extérieur au prix d'un taux de chômage démentiel, d'une baisse considérable du niveau de vie, et plus grave que tout, d'une désindustrualisation renforcée, le tout sans pouvoir éviter un défaut souverain particulièrement dévastateur pour le système financier. Doit-on réellement s'engager dans cette voie ?

    Peut-on alors légitimement comparer à W. Churchill, le président français promettant à la France "une austérité sans fin" ? Contrairement aux anglais à l'époque, nous avons le choix entre le sacrifice des hommes et simplement changer les institutions. Que cela se fasse dans le cadre d'une réforme rapide de l'Union Monétaire ou en rupture avec l'Euro, la possibilité existe d'éviter que notre pays ne s'enfonce durablement dans le chômage de masse. Mais après tout, peut-être qu'aux yeux de nos élites, rien n'est plus important que de préserver la zone euro. Quoi qu'il en soit, ce sera le choix de François Hollande.

     

     

    « Intervention de la BCE : décryptage (mise à jour)L'échec de l'Europe néolibérale - Jean-Luc Gaffard, de l'OFCE »

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  • Commentaires

    1
    gegene92
    Mercredi 26 Septembre 2012 à 12:25

    "Mais après tout, peut-être qu'aux yeux de nos élites, rien n'est plus important que de préserver la zone euro."

     

    Je vois mal un socialiste abandonner l'idée d'un autre socialiste, à savoir l'Euro. Autrement dit, un François peut en cacher un autre, et ce n'est pas pour rien que tous les socialistes d'aujourd'hui continuent de se réclamer de Mitterrand alors que ses mandats furent une des pires catastrophes que la France ait connue.

     

    2
    Coma81 Profil de Coma81
    Mercredi 26 Septembre 2012 à 15:22

    Au vu de leur impopularité grandissante au bout de quelques mois seulement d'exercie du pouvoir, je n'arrive pas à imaginer qu'ils aillent jusqu'au bout, quand on sait en plus à quelle point la situation économique va se dégrader.

     

    3
    yvan2
    Mercredi 26 Septembre 2012 à 15:24

    Bizarrement, depuis L'An zéro de Lehman, telle la soit-disant naissance qui nous fait numéroter les années, de grandes zones économiques ont resserré leurs liens internes afin de sortir du dollar.

    Le dollar, référence mondiale, l'est de moins en moins.

    Si vous aviez fait un peu de commerce international, vous sauriez aussi que le risque de change est un vrai danger pour tout échange commercial de long terme. Ainsi, ce risque oblige parfois à rompre des relations commerciales.

    Certes, il est facile de penser qu'une monnaie trop forte pénalise les exportations. (voir la Suisse). Dans ce cas, voyons de TRES PRES le coût des importations... Mince.

    Par contre, comme noté, UNIFIER VRAIMENT la Zone Euro serait LOIN d'être un luxe. Je préfère largement être Européen dans la plus riche zone économique mondiale que d'être Français dans la dêche. Etre Européen n'empêche pas d'être Français, ni, comme moi, Breton.

    Pour cela, il vaudrait mieux que nous soyons un peu moins libéral, mais beaucoup plus solidaires.

     

    4
    Coma81 Profil de Coma81
    Mercredi 26 Septembre 2012 à 15:53

    Yvan,

    Il ne s'agit pas de dire que la dévalutation est la réponse optimale. Seulement, cela vaut toujours mieux que la déflation catastrophique actuelle.

    Sans l'euro, la crise aurait été très grave, mais la variation des taux de change aurait joué comme amortisseur, épargnant ainsi le sacrifice de trop nombreux travailleurs.

    Quant à la question de la solidarité, on voit qu'elle n'a rien à voir avec l'euro. Actuellement elle n'existe tout simplement pas.

    5
    yvan2
    Mercredi 26 Septembre 2012 à 17:44

    Coma du Tarn.

    Nous ne sommes pas en déflation. Mais en récession.

    Ainsi, quelque soit la monnaie qui existe au monde, les biens bien physiques voient leur prix augmenter car l' "argent" vaut de moins en moins.

    Il vaut donc mieux être dans une monnaie qui a une grosse masse histoire d'éviter de faire du Zimbawé. Ou de la Livre avec Soros, notes...

     

    6
    Coma81 Profil de Coma81
    Mercredi 26 Septembre 2012 à 18:10

    Tu trouveras sur ce site toute les références possibles d'économistes, de gauche et de droite, libéraux ou keynésiens qui expliquent que la stratégie de l'europe est bien la déflation afin d'ajuster les compétitivités à l'intérieur de la zone euro.

    Sitglitz, krugman, sapir, delpla, thesmar, artus...

    7
    yvan2
    Mercredi 26 Septembre 2012 à 18:57

    Et l'effondrement des économies US et chinoise, tu en fais quoi...???

    8
    Coma81 Profil de Coma81
    Mercredi 26 Septembre 2012 à 19:40

    La comparaison avec les états unis est intéressante.

    La crise est de même nature : surendettement privé/public dû à la défaillance du système financier.

    La différence est que le niveau d'endettement US est bien plus important, donc la crise supposée être plus grave. Or, même si les chiffres de croissance ne sont pas glorieux, les USA s'en tirent mieux que l'europe. Pourquoi ?

    Parce que l'europe a choisi la déflation quand les états unis ont préféré la planche à billet. Cela tient évidement au défaut de la zone euro, qui n'autorise pas l'intervention franche de la BCE.

    Comme je le dis plus haut, soit on change les institutions, soit on sort de l'euro. On ne fera ni l'un ni l'autre, en tout cas pas avant d'avoir atteint une situation catastrophique.

     

     

    9
    diojaime
    Lundi 8 Octobre 2012 à 16:40

    je suis d'accord avec Coma81.


    mais si dévaluation de la monnaie il y a,


    que vont penser les français à revenus moyens ou faibles ayant épargné durant


    des années en constatant que leurs économies ont fondues comme neige au soleil ??

    10
    diojaime
    Vendredi 9 Novembre 2012 à 13:44

    nous sommes en situation d'échec politique et économique tout comme l'ont été les athéniens dans l'antiquité vers l'an 600 av-JC. dès lors dracon, solon, clisthène puis périclès élaborent 4 grandes réformes du système politique existant qui aboutissent à la démocratie "la vraie" (pas d'élections, pas d'électoralisme, pas d'élitisme)avec l'éclésia (l'assemblée du peuple => 6000 citoyens),le conseil de 500 bouleutes, tirés au sort parmis les volontaires de 30ans et plus chez les citoyens,révocables à tout moment avec un mandat de 1 an renouvelable qu'1 fois.pour éviter la corruption, des contrôles à tous les niveaux ainsi que des peines dissuasives pouvant aller jusqu'à la mort (rarement).durant 2 siècles c'est ainsi qu'athène redressa le pays. de quoi faire trembler nos élites oligarques non?? nos maux d'aujourd'hui sont les maux d'antan et les remèdes pour les guérir sont toujours présent. on leur doit bien une fière chandelle à ces grecs non??

    11
    Coma81 Profil de Coma81
    Vendredi 9 Novembre 2012 à 18:37

    Bonjour. ce site en un peu en stand by.

    - l'épargne en vaux rien si elle n'est par réinvestie : on ne met pas de la valeur au frigo. Si j'était un épargnant, je m'inquiéterais plutôt du fait que la force de travail soit si massivement mise au chômage.

    - concernant la comparaison avec la grèce antique, je vous la laisse. J'avoue être ignorant sur le sujet.

     

     

    12
    diojaime
    Lundi 12 Novembre 2012 à 11:44

    le pouvoir corrompt,de droite comme de gauche, même si les intentions sont nôbles au départ.force est de constater que les hommes sont peu vertueux de nature. alors,seules des institutions démocratiques rigoureuses peuvent contraindre les individus à le devenir. il y a 2500ans les athéniens l'avaient bien compris, et pour se protéger des leaders et de leurs éventuels abus de pouvoir ils procédaient au tirage au sort des représentants du peuple parmi les citoyens volontaires avec un mandat limité à un an, révocable à tout moment et renouvelable qu'une fois (pas de risque de professionnalisme politique, uniquement de l'amateurisme). avec ce système les citoyens pouvaient devenir acteur politique et bénéficiaient du pouvoir de vote et d'abrogation des lois et révocation des représentants. c'est au peuple à écrire ses lois et sa constitution....


    cela impose de tirer au sort nos représentants plutôt que de les élire


    voici un site très intéressant à ce sujet: etiennes.chouard.free.fr

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