• Le divorce entre les ouvriers et la gauche - Dossier

    "[Jean-Luc Mélenchon] ne réalise pas la percée escomptée dans le segment particulièrement symbolique pour lui du vote ouvrier : quatrième de la présidentielle, il l’est aussi chez les ouvriers alors qu’en 1981 Georges Marchais réalisait douze points de plus chez les ouvriers que son score national (28 % contre 16 %), et François Mitterrand n’était que deux points devant lui chez les ouvriers…"

    "Qu’on le regrette ou pas, les questions politiques liées aux valeurs ou à l’identité travaillent la société française, certainement parce que les hommes politiques gardent sur elles une main qu’ils ont perdue en matière économique et sociale. D’une certaine façon, et aussi paradoxal que cela soit, ces thématiques ne sont pas prioritaires pour les ouvriers mais de plus en plus déterminantes dans leur choix."

    Jean-Philippe Huerlin, auteur de Recherche le peuple désespérément

     

    "Entre fin 2010 et début 2011, quelque chose a basculé dans l'opinion et en particulier dans les milieux populaires, et l'effet d'attraction produit par le discours de Marine Le Pen s'explique par un fond commun de représentations structuré par un sentiment général d'"insécurisation". La tension sociale est réelle, la révolte et la colère sont à leur comble parmi les ouvriers et le sentiment d'injustice gagne du terrain parmi la classe moyenne."

    Jérôme Fourquet, IFOP

     

    Où en est le vote ouvrier ? Jean-Philippe Huelin pour la Fondation Jean-Jaurès - Janvier 2013. Extrait.

    "LE VOTE OUVRIER EN 2012

    (...) Après la campagne, les résultats du scrutin dans la catégorie socioprofessionnelle (CSP) des ouvriers furent étudiés de près par les observateurs politiques. Contrairement à l’élection de 2007 où les chiffres étaient forts différents selon les instituts de sondages, tous ont, cette année, placé en tête au premier tour chez les ouvriers Marine Le Pen (28 à 35 %) devant successivement François Hollande (21 à 27 %), Nicolas Sarkozy (15 à 22 %) et Jean-Luc Mélenchon (11 à 18 %). Par rapport à leur score dans l’ensemble de la population, Marine Le Pen fait mieux (10 à 17 points) alors que François Hollande (de 2 à 8 points) et Nicolas Sarkozy (de 5 à 13 points) font moins bien. Jean-Luc Mélenchon, quant à lui, fait autant ou à peine mieux. (...) Le candidat du Front de Gauche réalise un score en demi-teinte ; certes il augmente nettement le score de la candidate communiste de 2007 mais il ne réalise pas la percée escomptée dans le segment particulièrement symbolique pour lui du vote ouvrier : quatrième de la présidentielle, il l’est aussi chez les ouvriers alors qu’en 1981 Georges Marchais réalisait douze points de plus chez les ouvriers que son score national (28 % contre 16 %), et François Mitterrand n’était que deux points devant lui chez les ouvriers… Pour autant, le premier parti des ouvriers reste l’abstentionnisme. (...)

    DYNAMIQUE HISTORIQUE DU VOTE OUVRIER

    (...) Après la Seconde Guerre mondiale, l’alignement du vote ouvrier sur les partis de gauche (surtout vers le Parti communiste) se réalise progressivement. Cet alignement culmine avec les élections de 1973 puisque les ouvriers accordent un avantage à la gauche de plus de vingt points par rapport à l’ensemble de l’électorat. Cette situation dure tout au long des années 1970 lorsque près de 70 % des ouvriers votent à gauche. Le désalignement vient avec l’exercice du pouvoir par le Parti socialiste (PS) et ses alliés. Après une première sanction en 1986, les élections législatives de 1993 marquent le début du désalignement électoral des ouvriers avec la gauche. La fin du cycle intervient en 2002 quand les ouvriers n’accordent plus aucune préférence à la gauche. (...)

    LES RAISONS DE CE DÉSALIGNEMENT

    (...) Fin des collectifs au travail, productivité à outrance, contrôle (direct ou indirect) des entreprises par des grands groupes internationaux insérés dans une économie mondialisée, tout a vraiment changé dans l’environnement économique des ouvriers et rien ne favorise les solidarités ouvrières. (...) Même si le PS n’a jamais eu un recrutement fort chez les ouvriers, la culture ouvrière lui est de plus en plus étrangère : moins de 5 % de ses adhérents sont ouvriers (-5 points par rapport à 1985) et « les attaches familiales avec le monde ouvrier s’érodent. 28 % des militants étaient fils d’ouvriers en 1985, ils ne sont plus que 8 % en 1998 ». Au PCF, longtemps auto-estampillé « parti des ouvriers », la désouvriérisation des militants, et plus encore des dirigeants, est manifeste. (...)

    GÉOGRAPHIE DU VOTE OUVRIER

    (...) C’est justement dans cette France périphérique loin des villes-centres gentrifiées que se concentrent les ouvriers. Il convient donc d’étudier cette dimension spatiale du vote ouvrier pour le mieux comprendre. Les ouvriers ont longtemps colonisé le coeur des grandes villes. Venus avec la Révolution industrielle, ils ont été poussés par le prix de l’immobilier à s’en éloigner, depuis une quarantaine d’années, toujours plus loin dans cet espace devenu périurbain. Aujourd’hui, ce ne sont plus les grandes villes mais trois grandes zones qui sont marquées par une forte présence ouvrière : la partie centrale de l’Ouest de la France (Sarthe, Orne, Mayenne), le Nord (Pas-de-Calais, Somme et Aisne) et l’Est (cf. annexe 3). Or c’est dans ces zones que le Front national progresse le plus depuis 1995. (...) Sa carte électorale montre l’accentuation de la force du FN dans l’espace périurbain mais aussi, c’est plus récent et tout aussi spectaculaire, sa progression dans le monde rural. (...) 

    CONCLUSION

    Il est de plus en plus difficile de considérer qu’il existe encore un « vote ouvrier », sa force symbolique a décliné autant que l’utopie communiste. Pour autant, il reste le « vote des ouvriers » dont la force numérique demeure et qui est très proche socialement des employés (7,5 millions, soit 28 % des actifs) ; ces classes populaires représentent donc plus de la moitié de la population (active et retraitée) et donc un large socle pour notre organisation sociale.

    (...) Finalement, une seule candidate ose afficher une « politique de la demande » qui ambitionne de satisfaire les ouvriers : il s’agit de Marine Le Pen. Après avoir gauchi le discours social du FN, elle a su mieux que le candidat de l’UMP surfer sur les « paniques morales » (viande halal, prières dans les rues…) afin de capter l’électorat populaire sur des questions identitaires. Que ces questions n’intéressent pas démesurément cet électorat, qu’elles ne figurent pas dans les premières préoccupations des Français telles que les dévoilent régulièrement les instituts de sondages importe peu aux dirigeants droitistes (FN et UMP) ! Qu’on le regrette ou pas, les questions politiques liées aux valeurs ou à l’identité travaillent la société française, certainement parce que les hommes politiques gardent sur elles une main qu’ils ont perdue en matière économique et sociale. D’une certaine façon, et aussi paradoxal que cela soit, ces thématiques ne sont pas prioritaires pour les ouvriers mais de plus en plus déterminantes dans leur choix."

     

    Une France qui se droitise ? Jérôme Fouquet, directeur du département "opinion et stratégie d'entreprise" à l'IFOP - Janvier 2013. Extrait

    "(...) S'il est incontestable que sur les questions régaliennes et identitaires, la demande de répression est massive, y compris dans l'électorat de gauche (71 % des sympathisants approuvaient les démantèlements de camps de Roms intervenus cet été), on s'aperçoit que ce besoin s'accompagne, dans le même temps, d'une forte aspiration à une intervention de l'Etat pour réguler et encadrer une économie libérale, qui peine toujours à convaincre, nos compatriotes apparaissant dans les études internationales comme les plus critiques sur le fonctionnement du capitalisme et de l'économie de marché.

    La formation politique qui parviendra à synthétiser et à articuler de façon crédible ces demandes, en apparence contradictoires, disposera d'un avantage certain pour les prochaines échéances électorales."

    Le Monde

     

    Enquête sur les ressorts du vote FN en milieux populaires, par Jérôme Fourquet Alain Mergier, pour la Fondation Jean-Jaurès - Octobre 2011

    "Entre fin 2010 et début 2011, quelque chose a basculé dans l'opinion et en particulier dans les milieux populaires, et l'effet d'attraction produit par le discours de Marine Le Pen s'explique par un fond commun de représentations structuré par un sentiment général d'"insécurisation". La tension sociale est réelle, la révolte et la colère sont à leur comble parmi les ouvriers et le sentiment d'injustice gagne du terrain parmi la classe moyenne. Qu'est-ce qui a basculé dans l'opinion ?

    Une nouvelle évolution vient d'abord parachever le mouvement de décrédibilisation croissante du pouvoir politique. L'idée se répand en effet selon laquelle le pouvoir réel et effectif serait non plus aux mains des politiques mais des marchés financiers, pendant que l'image d'un pouvoir sans partage détenu par l'oligarchie financière et confisqué à la sphère politique s'impose dans les milieux populaires. Le monde politique se trouve ainsi décrédibilisé non plus seulement au titre de son incompétence et de ses abus, mais au titre, désormais, de son impuissance. A cela s'ajoute l'idée d'une "Europe de la contrainte", qui démunit la politique nationale française face à la concurrence internationale. En sus des diktats des marchés financiers et des contraintes imposées par l'Europe s'ajoute encore la question de la dette. Dans les milieux populaires, l'endettement national est aussi compris par analogie avec l'endettement, ou plutôt le surendettement du foyer, dont la menace plane comme le spectre d'une catastrophe dont on ne peut pas se relever. Dans ces conditions, Marine Le Pen en dénonçant le carcan de la construction européenne et en défendant ardemment un retour au franc rencontre un public conquis. (...)

    Le succès de Marine Le Pen dans les milieux populaires s'explique somme toute assez naturellement, en ce qu'elle semble disposer du monopole de la reconnaissance de l'expérience populaire."

    « Social-libéralisme : le mot après la choseAlain De Benoist : un homme de droite témoigne »

    Tags Tags : ,
  • Commentaires

    1
    BA
    Dimanche 20 Janvier 2013 à 21:08

    Vendredi 18 janvier 2013 :

     

    Jean-Claude Juncker a déclaré : Chypre est « un problème plus grave que la Grèce ».

     

    Lisez cet article :

     

    C’est Jean-Claude Juncker, le président de l’Eurogroupe, qui a mangé le morceau, peu avant Noël : ni les marchés ni la presse n’ont l’air de réaliser qu’un pays de la zone euro pose aujourd’hui «un problème plus grave que la Grèce», lâchait le Premier ministre luxembourgeois face à quelques journalistes. Ce problème, à son avis «sous-estimé», c’est Chypre, minuscule république comptant pour moins de 0,2% du PIB des Dix-Sept…

     

    Victime collatérale de la faillite de la Grèce, la petite île méditerranéenne appelle à l’aide depuis juin. Une affaire d’abord jugée bien anecdotique : qu’est-ce qu’une quinzaine de milliards d’euros face aux 400 milliards mobilisés pour le sauvetage grec ? «Chypre, ça n’a l’air de rien, et pourtant, c’est très compliqué», acquiesce à Berlin une source gouvernementale. D’ailleurs, sept mois après son appel au secours, aucun accord n’a pu être signé, jusqu’ici, entre le pays et la troïka des créanciers associant l’Europe, la BCE et le Fonds monétaire international.

     

    Mafia russe.

     

    Le «cas Nicosie» est épineux à deux titres. Sur le plan économique, le sauvetage des banques chypriotes - évalué à environ 9 milliards d’euros, selon l’audit encore confidentiel qui sera soumis lundi à l’Eurogroupe - est déjà voué à entrer dans les annales. Rapporté à la taille du pays, ce serait le deuxième plus gros du monde (50% du PIB), après le renflouement du secteur bancaire indonésien en 1997. Et en ajoutant l’aide de 7,5 milliards dont l’Etat a besoin pour boucler son budget et honorer le service de sa dette jusqu’en 2015, la facture pourrait dépasser… 92% de son PIB !

     

    Sur le plan politique, ensuite, le dossier chypriote constitue un cocktail explosif : calendrier électoral néfaste, mafia russe, évasion fiscale et blanchiment d’argent. A son entrée dans l’Union européenne (UE) en 2004, Chypre a beau avoir fait moult efforts de ravalement de façade, son image de paradis offshore est redevenue terriblement gênante. Surtout en Allemagne où, fin 2012, a «fuité» un rapport des services secrets fédéraux évaluant à 20 milliards d’euros les capitaux russes mis au chaud sur des comptes chypriotes.

     

    En campagne contre Angela Merkel, qui brigue un troisième mandat cet automne, la gauche et les Verts ont été les premiers à refuser que les contribuables allemands renflouent des banquiers présumés voyous. La CDU a dû emboîter le pas : «Nous exigeons la garantie que l’aide ira aux citoyens chypriotes et pas aux oligarques russes», réclamait ces jours-ci l’eurodéputé Markus Ferber.

     

    Pour d’autres pays, comme la France, l’Italie ou la Slovaquie, le problème est surtout le dumping fiscal. Durant les négociations d’adhésion, l’une des priorités de Bruxelles fut que Chypre abolisse son alléchant système offshore offrant un accueil discret aux capitaux étrangers, taxés à seulement 4,25%. Désormais, toutes les sociétés basées dans l’île sont soumises au même taux d’imposition de 10%. L’attrait de Chypre n’en a pas souffert, sa fiscalité restant la plus basse de la zone euro : sur ce territoire grand comme la Corrèze, sont aujourd’hui enregistrées 270 000 compagnies - deux fois plus qu’en 2005 -, dont bon nombre de holdings de multinationales. En visite à Nicosie cette semaine, le sénateur français Philippe Marini ne s’est pas privé de dire au ministre des Finances ce qu’il pensait d’un «impôt sur les sociétés à 10% dans un pays qui demande un renflouement de 17 milliards d’euros». La France, espère-t-il, saura conditionner son aide à la fin de ce dumping fiscal. Un chantage identique à celui que les Européens avaient tenté - en vain - envers Dublin (qui a sauvé son taux à 12,5%), quand ils avaient volé fin 2010 au secours des banques irlandaises.

     

    Nul doute que Chypre ne se laissera pas faire, vu l’importance économique de son activité de business center international. Quant aux accusations de lessiveuse d’argent sale, l’île a lancé la contre-offensive. Tous les ambassadeurs européens à Nicosie étaient conviés le 10 janvier au ministère des Finances à un exposé montrant que Chypre se conforme mieux que l’Allemagne, le Luxembourg ou l’Italie aux règles internationales antiblanchiment. La petite république bataille enfin pour ne pas payer trop cher ce plan de sauvetage, qui ferait grimper sa dette au niveau insoutenable de 140% du PIB.

     

    Potion amère.

     

    Si les banques chypriotes sont aux abois, c’est que la décote de la dette grecque leur a coûté plus de 4 milliards d’euros, plaide aussi Nicosie. Des circonstances atténuantes dont l’Allemagne ne veut pas entendre parler. Que Chypre ne compte pas sur «des conditions particulières», a prévenu Angela Merkel. Ne resterait que la potion amère déjà préparée par la troïka, avec sa panoplie de privatisations et de coupes salariales. L’actuel président communiste, Demetris Christofias, s’y refuse mordicus. A Bruxelles, on ne compte donc plus résoudre le «cas Nicosie» avant mars : jouant la montre, la zone euro va laisser passer l’élection présidentielle des 17 et 24 février à Chypre. Et reprendre la négociation avec la droite, donnée gagnante par tous les sondages.

     

    http://www.liberation.fr/economie/2013/01/18/chypre-le-moucheron-qui-agace-l-europe_875130

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :