• Le populisme des élites

    Le populisme des élites est de loin ce qu'il y a de plus inquiétant dans la période actuelle. Editorial édifiant et délirant de Christophe Barbier, de l'Express qui réclame "une tutelle" pour la grèce de la part de l'Allemagne et la France.

    De son côté, Erik Izraelewicz journaliste pseudo économique au Monde, laisser éclater sa rage contre les Grecs, par lesquels le péril est arrivé. Maudits Grecs : "Il n'est pas admissible qu'un petit pays, par son refus des règles du jeu, puisse continuer à mettre en danger l'ensemble du continent. En novembre dernier, Georges Papandréou, alors premier ministre, plaidait en faveur d'un référendum. Les législatives du 17 juin en font office. Aux Grecs de choisir. En espérant qu'ils feront le bon choix. Sinon, l'Europe devra en tirer les conséquences. Sans état d'âme."

    Finalement, ce sont les banquiers centraux qui expriment le mieux leur haine de la démocratie. Jean-Claude Trichet, ancien président de la BCE, propose d'abolir temporairement la démocratie lorsque cela est nécessaire, et la remplacer par une technocratie éclairée, qu'il appelle "fédéralisme d'exception" tandis que son remplaçant à la tête de la BCE, Mario Draghi, du haut de son irresponsabilité démocratique, annonce : "la fin du modèle social européen" (voir ci dessous). 

    C'est l'heure de la revanche sociale pour les élites néolibérales qui voient dans la crise l'opportunité d'abolir enfin nos démocraties sociales issues du compromis social de l'après guerre. Pour cela elles sont prêtes à tout.

     

     

     

     

     

     

    La fin du modèle social européen est déclarée, La Tribune - Février 2012. Texte intégral.

    "Le patron de la Banque centrale européenne annonce la mort du modèle social européen... et se prépare à faire un nouveau chèque de 500 milliards d'euros aux banques. Bienvenue dans le "QE World" ou comment les banques centrales soutiennent massivement le rétablissement de la confiance, au prix d'une austérité sans précédent.

    "Le modèle social européen est mort" ! Jamais un banquier central n'avait parlé avec autant de brutalité de la crise que nous traversons. Les propos tenus par l'Italien Mario Draghi, le successeur de Jean-Claude Trichet, dans le long entretien qu'il a accordé au Wall Street Journal vendredi 24 février (lire la retranscription ici), sont tellement violents, par ce qu'ils impliquent, qu'il n'aurait sans jamais pu les tenir ailleurs que dans la « bible » de la finance mondiale. Même Jean-Claude Trichet avait plus de précautions de langage quand il tentait d'expliquer aux peuples européens ce qui les attend.

    Pour Mario Draghi, ancien banquier de Goldman Sachs et nouvelle statue du Commandeur de la monnaie en Europe, sauver l'euro aura un prix élevé. Selon lui, il n'y a "pas d'échappatoire" possible à la mise en œuvre de politiques d'austérité très dures dans tous les pays surendettés et cela implique de renoncer à un modèle social fondé sur la sécurité de l'emploi et une redistribution sociale généreuse. Ce modèle sur lequel l'Europe a basé sa prospérité depuis la seconde guerre mondiale a disparu (« has gone »), estime Mario Draghi qui rappelle aux journaliste du WSJ la formule de l'économiste allemand Rudi Dornbusch : "Les Européens sont si riches qu'ils peuvent se permettre de payer les gens pour ne pas travailler".

    Provocation

    L'intervention du patron de la BCE pourrait sembler une provocation, une semaine avant que la banque centrale ne renouvelle un deuxième chèque de 500 milliards d'euros aux banques qui viendront mercredi 29 févier emprunter de l'argent au guichet illimité qu'elle a mis en place pour sauver l'euro. Comment échapper, avec de tels propos, à la critique montante selon laquelle le système est en train de sacrifier les peuples pour sauver les banques ? Les arguments mis en avant par Mario Draghi sont sans appel : tout recul sur les ambitions des programmes de désendettement publics provoquera une immédiate réaction des marchés qui pousseront les taux d'intérêt payés par les Etats à la hausse, rendant encore plus difficile, sinon impossible, le rétablissement des finances publiques. C'est ce qui est arrivé à la Grèce et a failli se produire au Portugal, en Espagne, en Italie.
    Les propos de Mario Draghi ne sont évidemment pas sans lien avec le calendrier électoral européen. En avril en Grèce, en mai en France, au printemps 2013 en Italie, les peuples vont voter pour choisir leur destin. En expliquant, à la façon d'une Margaret Thatcher des temps modernes, que quel que soit le résultat du vote, les gouvernement élus n'auront pas d'autre alternative que de poursuivre des politiques de rigueur extrêmes, de mener des réformes structurelles du marché du travail et de démanteler encore un peu plus leur modèle social, le président de la BCE affiche la couleur. Et qu'on ne vienne pas lui dire que l'accalmie actuelle sur les marchés signifie que la crise est finie. La preuve que ce n'est pas le cas viendra mercredi, quand les banques viendront chercher auprès de la banque centrale le soutien sans lequel le système financier ne peut pas tenir. Sans la perfusion des banques centrales, aux Etats-Unis avec le "Quantitative easing" de la Fed, en Europe avec le LTRO de la BCE, tout s'écroulerait ! Même la Chine en est réduite à soutenir ses banques en difficultés. Bienvenue dans le monde cruel du « QE world ».

    "Redressement national" de la "France forte"

    Par cette prise de position très dure, Mario Draghi appelle à une prise de conscience. Mieux vaut selon lui en passer par une purge sévère et des réformes structurelles tout de suite pour rétablir la confiance des marchés que de vivre dix années terribles sous leur pression. C'est le choix fait par Mario Monti en Italie, avec succès jusqu'à présent puisqu'en cent jours, cet autre ancien de Goldman Sachs a réussi a sortir son pays de l'œil du cyclone, en changeant comme jamais le visage de l'Italie. La leçon vaut pour les autres pays. En France, François Hollande annonce-t-il autre chose quand il parle de "redressement national", même s'il continue en même temps de faire croire que la gauche française saurait mieux préserver le modèle social que les gauches européennes ? Et Nicolas Sarkozy, qui en appelle au « courage » pour rétablir une « France forte », ne prépare-t-il pas, sans le dire clairement, un nouveau programme d'austérité pour l'après-élection ? Si on écoute Mario Draghi, le modèle social français aura bien du mal à survivre à 2012.  la question est au cœur de la campagne mais chut, il ne faut pas le dire... trop fort !

     

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  • Commentaires

    1
    Vendredi 21 Septembre 2012 à 15:39

    Je suis admiratif. Tu as toujours l'art de nous dénicher des perles de première qualité !  

    Bon, ici, c'est bien sûr de l'humour. Mais tu nous trouves aussi des pépites sérieuses fort intéressantes. Qu'il s'agisse de gens du cénacle qui ont perdu la foi en un libéralisme échevelé ou de vieux mécréants économistes qui savent bien argumenter leur incroyance ancienne. Merci.

    2
    Coma81 Profil de Coma81
    Vendredi 21 Septembre 2012 à 16:27

    Merci. Faut que ça serve.

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