• Le programme économique des candidats (Partie 2)

    Euro : pas à n'importe quel prix


    Une crise de l'Euro 

    La violence de la crise économique est due à la monnaie unique européenne. Au sein de la zone euro, l’Allemagne a rénové son modèle industriel avec succès, en même temps qu’elle a considérablement réduit les coûts salariaux. Résultat : une industrie ultra compétitive (elle cumule compétitivité coût et compétitivité qualité) avec pour conséquence une concentration de la production au cœur de la zone euro au détriment de la périphérie qui s’est désindustrialisée. En termes comptables, l’Allemagne accumule les excédents commerciaux sur ses partenaires du Sud de l’Europe (dont la France), qui eux connaissent des déficits commerciaux records. Ayant abandonné leur monnaie nationale, prisonniers de l’euro, les pays du Sud n’ont pas pu se protéger par la dévaluation de cette politique néo-mercantiliste de l’Allemagne. En situation de faillite virtuelle, à genoux devant les marchés et leurs partenaires européens, ils se voient imposer des conditions de financement quasi usuraires et des plans d'ajustement budgétaire drastiques. A défaut du taux de change, la variable d'ajustement qui reste est le chômage. Les peuples se retrouvent dans une situation intenable.

    La France se trouve du mauvais côté, avec un déficit commercial record et un niveau de dette publique inquiétant. Dans le cadre de l'euro, le pays n'a plus la possibilité de laisser filer son déficit public pour amortir la choc de la crise. L'heure est à la gestion rigoureuse des comptes publics. C'est toute l'économie française qui doit retrouver sa compétitivité.

    Mais, parallèlement, il est temps de reconnaître que l'austérité généralisée mène l'Europe au bord du gouffre. Si les pays du Sud sont condamnés à se serrer la ceinture, alors il faut qu'au niveau européen, une politique volontariste de croissance soit menée pour éviter à tout prix que le chômage et la récession ne se répandent comme la peste dans la zone euro. En l'absence de décisions coordonnées de la part des partenaires européens, le risque est de voir le continent sombrer dans la dépression.

     

    Restaurer la compétitivité de l'économie française


    "La France est en faillite" nous avait dit François Fillon lorsqu'il avait fallu justifier, 6 mois après l'élection de Sarkozy, quand il était devenu évident que la croissance promise ne serait pas au rendez-vous. Message essentiellement tactique adressé aux Français pour justifier un tour de vis budgétaire, le ministre était loin de penser qu'il consacrerait  quelques années plus tard toute son énergie à dire exactement l'inverse, afin de rassurer les marchés financiers sur la soutenabilité de la dette publique. Car entre-temps, la crise de la dette a éclaté, les déficits se sont creusés, et la France est sur le point d'être emportée, comme les pays du sud de la zone euro, dans la spirale infernale de l'austérité.

    Ne serait-ce pas une victoire a posteriori pour François Bayrou, qui avait axé sa dernière campagne sur la lutte contre les déficits publics, et qui par conséquent pourrait légitimement ambitionner de tirer un bénéfice électoral de sa clairvoyance ? Mais cette vision purement comptable de l'économie est aveugle aux conséquences  sur le chômage, qui menacerait d'exploser en France. Dès lors, si la deuxième économie du continent met en place un plan d'austérité irréfléchi, aux conséquences récessionnistes, c'est tout le continent qui risque de basculer dans un crise d'une ampleur inouïe.  

    C'est pour cette raison que la démagogie est du côté des gourous de la rigueur. Dans le lot de ceux qui se placent dans le cadre de l'euro, à nos yeux, seul le PS propose un projet crédible.  Patrick Artus, économiste en chef de Natixis, s’est écrié, en découvrant les grandes lignes du programme du PS, que pour la première fois la gauche annonçait mettre en œuvre une « politique de l’offre ». Il faut dire que la volonté affichée de réduire les déficits publics pour atteindre l’équilibre en 2017 a été le point de clivage essentiel avec sa concurrente durant les primaires du parti socialiste. Face à la crise, la réponse de Martine Aubry, s’inscrivant dans la tradition keynésienne, était de maintenir une politique budgétaire expansionniste afin de ne pas casser la fragile reprise économique post-crise. Au contraire, François Hollande adoptait une posture peu habituelle à gauche, du moins avant une campagne électorale, du gestionnaire responsable en pleine crise des finances publiques. Il prévoit de réduire les déficits publics pour atteindre l’équilibre en 2017. La légère réduction des dépenses publiques doit venir de la croissance – toute nouvelle dépense étant financée par des économies réalisées ailleurs, le tout sur la base d’une hausse des prélèvements obligatoires de 30 milliards d’euros. Les mesures proposées sont d’une grande modération. Pas de « choc de l’offre » en vue donc, il procède par petites touches.

     

     

    Le « redressement de la France » envisagé par le PS :
    1. Un retour progressif à l’équilibre budgétaire des comptes publics, conditionné à un retour de la croissance.

    2. La modération salariale à travers l’ébauche d’un transfert du poids de la fiscalité des entreprises vers les ménages (compétitivité-coût).

    3. Une politique industrielle volontariste visant à soutenir les PME innovantes, pourvoyeuses d’emplois (compétitivité-qualité). C’est là que porte l’essentiel de l’effort - et que reposent ses espoirs.

    4. Une timide (trop) mise en place de mesures s’apparentant à du protectionnisme.

     

    Compétitivité de droite, compétitivité de gauche

    L’effort de compétitivité doit reposer principalement sur la remise en ordre de l’appareil productif français qui s’est effondré pour perdre près d'un million d’emplois depuis 2002. Le débat qui opposera Hollande à Sarkozy portera sur la meilleure manière d’aider les entreprises à mieux s’en sortir face à leurs concurrents européens. La droite insistera sur le coût du travail trop élevé en France et voudra s’inspirer des réformes des gouvernements Schroeder puis Merkel - qui ont consisté à comprimer considérablement les salaires, et considérées comme à l’origine de la puissance exportatrice allemande. C’est le sens de l’instauration de la TVA sociale et de la baisse correspondante des cotisations familiales annoncées par le président sortant. Le financement de la politique familiale pèserait dorénavant sur les ménages et non plus sur les entreprises. Le candidat socialiste n’ira pas aussi loin que la droite dans l’effort qu’il veut faire porter sur les ménages. Tout au plus ciblera-t-il les ménages les plus aisés à travers une réforme fiscale (voir par ailleurs) qui servira entre autres à alléger l’impôt sur les sociétés (IS) des petites et moyennes entreprises. A noter tout de même que pour une fois un programme socialiste n’intègre pas de revalorisation du SMIC.

    Mais le seul coût du travail est un mauvais indicateur de la compétitivité, il faut lui associer le niveau de gamme de la production. Si l’industrie française est si sensible à la compétitivité-coût,  les patrons français se plaignent de façon récurrente du coût du travail trop élevé, c’est que ses produits sont positionnés en milieu de gamme donc sont très exposés à la concurrence internationale. A l’inverse, un pays dont le niveau de gamme est élevé peut se permettre de distribuer des salaires élevés. La véritable faiblesse de l’industrie française est son manque de compétitivité-qualité, c'est-à-dire l’absence d’un tissu de petites et moyennes entreprises innovantes, exportatrices et sources principales des créations d’emploi. 

    C’est sur la base de ce diagnostic que François Hollande fait du soutien et du développement du tissu industriel, le cœur de la politique de compétitivité. Il prévoit de faciliter l’accès aux financements pour les petites et moyennes entreprises, ou encore de stimuler l’innovation et la recherche & développement. C’est dans cet ensemble de mesures que résident ses principaux espoirs de vaincre le chômage.

    Là encore, il faut prendre la mesure de la véritable révolution culturelle de la gauche française qu’initie François Hollande avec ce type de politique économique menée principalement en direction des PME, qui sont traditionnellement plutôt l’objet d’attention de la droite, tandis que la gauche technocrate avait jusqu’alors les yeux de Chimène pour les champions nationaux que sont les grosses multinationales du CAC40, pour beaucoup d’anciennes entreprises d’Etat.


    Le protectionnisme

    Mais, dans l’ambiance actuelle marquée par la crise, celles-ci sont accusées d’avoir joué contre la France. Il leur est reproché d’avoir délocalisé les emplois dans des pays à bas coûts salariaux, de pratiquer allègrement l’ « optimisation » fiscale – euphémisme pour désigner le fait de profiter à plein des niches fiscales voire de s’adonner à l’évasion fiscale dans les paradis fiscaux- et malgré la conjoncture, de réussir encore à dégager de confortables profits versés aux actionnaires. Toutes ces raisons ont sûrement décidé tous les candidats à évoquer de façon évasive des mesures protectionnistes en réservant, par exemple, les diverses aides publiques et exonérations fiscales uniquement aux entreprises qui créent des emplois en France, et non à celles qui délocalisent. Pour autant rien de concret à l'horizon, et on se doute que les partis pro-européens n’iront pas au bras de fer avec l’Union Européenne et feront en sorte que ces mesures soient bruxello-compatibles.

     

    Augmenter massivement les salaires en Europe

    La compétition sociale et fiscale, féroce au sein de la zone euro, n’a pas eu seulement pour conséquence la divergence de compétitivité entre pays-membres, mais – autre dimension de la crise de l’euro-  a pour effet de maintenir les salaires sous pression. Le grand économiste John Mayard Keynes, dans le contexte historique de la grande dépression des années 30, avait expliqué pourquoi la décision d’investissement des entrepreneurs était déterminée en dernier ressort par la demande anticipée. Ceux-ci n’investissent que s’ils pensent pouvoir écouler leur production, c'est-à-dire que si les travailleurs ont un revenu suffisant pour acheter leur produit. C’est pourquoi une répartition de la valeur ajoutée favorable au capital, contrairement à ce que soutiennent les économistes libéraux, n’est pas la garantie d’un haut niveau d’investissement, ni par conséquent d’une forte croissance. Au contraire, il faut veiller à ce que le niveau des salaires soit suffisamment élevé pour inciter les entrepreneurs à investir. Or, comme le prouve l’exemple allemand d’un très fort décrochage entre le niveau de productivité et le niveau des salaires, le marché unique européen, en l’absence d’harmonisation sociale, a plongé l’Europe dans une situation dramatique d’insuffisance de la demande globale, de faible croissance et de sous emploi critique.

    En France, une politique de relance visant à atténuer la récession aurait pour conséquence de dégrader encore un peu plus le déficit commercial vis-à-vis de l’Allemagne. Le problème ne serait donc pas de mener tout seul une politique budgétaire expansive mais de mettre en place en Europe une coopération des politiques économiques de façon à rééquilibrer les balances commerciales entre partenaires. L’Europe devrait donc conjuguer une politique de l’offre – selon le triptyque rigueur budgétaire, modération salariale et montée en gamme de la production – pour les pays du Sud, et une politique de la demande – relance budgétaire et hausse des salaires  pour les pays du Nord.

    Une note fameuse de Patrick Artus préconisait, pour faire face à cette crise, de relever en moyenne de 20% les salaires en Europe, compensée sur le plan extérieur par une baisse de 20% de l’euro vis-à-vis des monnaies de référence. Cette opération, blanche du point de vue de la compétitivité de notre industrie avec le reste du monde, revient, à l’intérieur de la zone euro, à déformer la répartition capital / travail dans un sens avantageux pour les salariés. L’ordre de grandeur retenu par le chef économiste de Natixis montre l’ampleur de la relance qui est nécessaire pour éviter que l’Europe ne plonge dans une dépression économique qui menace d’être tout aussi profonde que celle des années 30.

    François Hollande a annoncé que sa priorité, une fois élu, serait de négocier avec la chancelière allemande pour que l’Allemagne prenne sa part dans la nécessaire convergence des économies européennes, en favorisant chez elle la relance. Il se déclare opposé à la politique européenne actuelle d’austérité généralisée, souhaite davantage de solidarité budgétaire et veut impliquer davantage la Banque Centrale. Malheureusement, aucune mesure concrète ne vient étayer les déclarations d’intention contenues dans son programme. Cette prudence témoigne de la difficulté pour un chef de l’Etat Français à s’engager sur les dossiers européens. Or, toute la stratégie de Hollande pour lutter contre le chômage repose sur le pari que l’Allemagne rompra avec sa politique néo-mercantiliste et se montrera enfin coopérative.


    Faire sauter le verrou de l'euro ?

    Ainsi, l'euro est, sous pression du néo-mercantilisme allemand, une machine à réduire la part des salaires dans la valeur ajoutée. Si le patronat allemand y a trouvé son intérêt, le résultat en est une insuffisance globale de la demande que les plans d'austérité imposés par la droite libérale aggravent.

    Le Parti Socialiste français, parfaitement conscient du danger, mise sur une révolution de la gouvernance européenne. Toutefois, que se passerait-il si l'Allemagne refusait toute évolution du statut de la BCE, ainsi que toute évolution de la politique salariale ? François Hollande, abandonnant ses ambitions rooseveltiennes, sous la pression des marchés, risque de se tranformer en Georges Papaendréou, faute de vouloir renverser le cadre européen.

    Or la raison commande d'inverser les termes du débat. Il faut affirmer que l'impératif économique et social est de préserver l'Europe du désastre, et d'en finir avec le chômage. Si la cause en est l'insuffisance des salaires, alors il est nécessaire de mener une politique de la demande, en procédant par une hausse massive des salaires. Voilà pourquoi le Front de Gauche, seul parti politique français à proposer cela, est, à tord, accusé de démagogie.

    Jean-Luc Mélenchon ne craint pas de se donner les moyens de sa politique, annonçant qu'il financerait le dette française en ayant recours à la création monétaire, brisant les traités existant. Les Allemands seraient mis devant le fait accompli et devraient choisir soit d'accepter la nouvelle situation, soit de sortir de l'euro.

    « François Hollande provoque-t-il un conflit avec l'Allemagne sur le rôle de la BCE ?Le programme économique des candidats (Partie 3) »

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