• Les marchés financiers en sont convaincus : Hollande obéira

     " L'objectif primordial de la France sera de rester dans la zone euro, mais aussi, et surtout, de continuer le jeu du bloc coopératif avec l'Allemagne. Au cours des trois dernières décennies, depuis le «tournant de la rigueur» de 1983, cet objectif a été aveuglément poursuivi par tous les présidents français (à commencer par François Mitterrand), même au prix d'un chômage élevé. François Hollande ne fera sûrement pas exception à cette règle. (...) Le véritable défi pour lui sera de trouver la formule politique pour vendre cela au public français."  

    Nicolas Doizy, Banquier

     

     

    "Si M. Hollande gagne en mai (et si son parti gagne encore lors des élections législatives en juin), il risque de trouver qu’il s’agit de semaines plutôt que d’années avant que les investisseurs se mettent à fuir le marché des obligations françaises. Le nombre de gens aisés et de jeunes Français qui traverseront la Manche (où le taux d’imposition maximal ne s’élève qu’à 45%) pourrait rapidement augmenter. 

    Même si M. Sarkozy est réélu, les risques ne disparaîtront pas." 

    Un pays dans le déni, The Economist

     

     

    "Les premières mesures du prochain gouvernement risquent alors de surprendre toutes les parties prenantes : les citoyens d’abord, si ces mesures ne sont pas en ligne avec les programmes, nos partenaires européens qui s’inquiètent des intentions de la France en matière de construction européenne, les marchés enfin qui sont nos créditeurs."

     Laurence Boone, économiste banquière

     

     

    "La France sera l'épicentre du prochain choc sur la zone euro. (...) L'Espagne de Mariano Rajoy préfigure la situation de la France au lendemain de l'élection présidentielle. Volontaire ou subie, la rigueur s'imposera au prochain président de la République."

    Nicolas Baverez, essayiste libéral

     

    "L’attaque contre les banques a fait long feu. Mauvais élément de communication, il a été rapidement abandonné. Il ne reste rien des grands éclats de voix de début de campagne. Comme je l’avais noté dans un blog précèdent, ces élans rhétoriques n’avaient pas de contenu sérieux."

    Georges Ugeux, banquier

     

    "Si l’on ne veut pas que cette crise emporte avec elle tous les acquis sociaux de ces cinquante dernières années et plonge l’Europe dans la misère et le désespoir, il ne nous reste que deux solutions : soit on peut renégocier en profondeur, et non à la marge, le Pacte budgétaire mais il convient de le faire sur la base de mesures unilatérales et en assumant le risque d’une rupture au sein des pays de la zone euro ; soit il faudra déconstruire cette dernière, et le plus vite sera le mieux.
     
    Ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy ne sont prêts à l’une ou à l’autre de ces options. L’avenir de la France s’annonce donc fort sombre."

    Jacques Sapir, économiste proche du Front de Gauche

     

    * * *

     

    "Regardez, la Grèce, le Portugal, l'Espagne, l'Italie, à la fin c'est nécessairement le marché qui l'emporte. (...) [En cas de mouvements de masse, de manifestations, de grèves], là, c'est le gros coup d'angoisse. On a une Europe en train d'exploser." (Video)

     Les financiers au coin du bois, Là bas si j'y suis - Avril 2012

     

    François Hollande et la rigidité du marché du travail en France : le marché cognera des deux côtés, Nicolas Doisy, banquier chez Chevreux - Avril 2012. 

    "Retour vers le futur: la réforme « Big Bang » de la France sera forcée par le marché (Doisy)

     Lorsqu'il sera élu le 6 mai, comme c'est probable  le socialiste François Hollande devra clarifier sa position sur deux questions urgentes : l'austérité budgétaire et la réforme du marché du travail. En effet, sur ces deux points, il est resté quelque peu silencieux et / ou évasif concernant ses intentions pour des raisons purement électorales : il ne veut pas mettre en péril le soutien dont il jouit de la part de son électorat et donc risquer de perdre l'élection pour être trop transparent.

    Cette position ambiguë reste sensée jusqu'à ce que les élections présidentielles et législatives soient passées, car une clarification dès maintenant repousserait l'électorat populaire vers les extrêmes. (...)

    Bien qu'intelligente d'un point de vue électoral, la stratégie de Hollande se retournera contre lui à coup sûr une fois élu : soit les électeurs soit les marchés financiers seront déçus. Exactement comme en 1981-83 pour François Mitterrand, l'ancien président socialiste , François Hollande devra déplaire aux uns ou aux autres juste après la période électorale de 2012, tout comme il est sûr d'être incapable de concilier les deux.

    En politicien averti des risques de bouleverser à la fois les marchés financiers et l'Allemagne, Hollande sait qu'il devra éventuellement céder à leurs exigences. (..)

    La vraie question sera la réforme du marché du travail, davantage que la discipline budgétaire et l'appartenance à la zone euro. L'objectif primordial de la France sera de rester dans la zone euro, mais aussi, et surtout, de continuer le jeu du bloc coopératif avec l'Allemagne. Au cours des trois dernières décennies, depuis le «tournant de la rigueur» de 1983, cet objectif a été aveuglément poursuivi par tous les présidents français (à commencer par François Mitterrand), même au prix d'un chômage élevé. François Hollande ne fera sûrement pas exception à cette règle.

    Très malheureusement pour François Hollande, la nécessité de libéraliser le marché du travail est le résultat direct de l'appartenance à la zone euro, de sorte que l'un ne peut aller sans l'autre.

    (...) À cet égard, il pourrait s'avérer politiquement utile que ses pairs de la zone euro laissent Hollande simuler l'obtention de concessions de leur part, même si cela reste hors de propos dans la réalité. La demande de Hollande pour une renégociation du Traité serait donc utilisée pour tromper le public français afin de lui faire avaler des réformes au goût moins agréable, incluant le marché du travail. Lui permettre de faire valoir l'intégration de sa politique de croissance serait donc un simple édulcorant politique.

    (...) Un autre catalyseur efficace dans ce contexte serait la pression du marché susceptible de se produire si Hollande devait s'avérer trop hésitant pour aller chercher une plate-forme de réforme assez audacieuse. Une perspective désagréable pour un président fraîchement élu, ce qui devrait se révéler un puissant stimulant pour lui éviter de jouer des jeux stupides avec les marchés. L'alternative (les attaques incessantes du marché) devrait assez rapidement se révéler suffisamment proche du pire scénario.

    Les meilleures garanties pour un scénario plus optimiste sont de deux ordres:François Hollande doit se souvenir de la période 1981-83 et il a toujours eu le coeur d'un Européen convaincu (5). Cela devrait l'aider, d'une manière ou d'une autre, à s'orienter vers des réformes efficaces et favorables à la croissance, comme la réduction des dépenses publiques et la libéralisation du(es) marché(s) du travail (et des services). Le véritable défi pour lui sera de trouver la formule politique pour vendre cela au public français. (...)

     

     

    Un pays dans le déni, The Economist - Mars 2012. Extrait

     

    Quand la finance annonce qu'elle va attaquer la France

     

    " (...) En ce qui concerne l’élection française il est frappant de constater à quel point peu d’attention est accordée à la situation économique désastreuse. 

    (...) Les fondamentaux sont bien plus sombres. Depuis 1974 la France n’arrive pas équilibrer ses comptes. La dette publique représente 90% du PIB et est en train de s’accroître. Les dépenses publiques, à 56% du PIB, engloutissent une plus grande partie de la production que dans tous les autres pays de la zone euro – plus même que la Suède. Les banques sont sous-capitalisées. Le taux de chômage est au plus haut depuis la fin des années 1990 et n’est pas tombé en dessous de 7% pendant presque 30 ans, créant un chômage chronique dans les banlieues ravagées par la criminalité qui entourent les grandes villes de la France. Les exportations stagnent alors qu’elles montent en flèche en Allemagne. Maintenant, la France a le plus gros déficit du compte courant en termes nominaux. Peut-être la France pouvait-elle vivre à crédit avant la crise financière, lorsque c’était facile à emprunter. Plus maintenant. Effectivement une France léthargique et non réformée pourrait même se trouver au centre de la prochaine crise de l’Euro.

    Ce n’est pas rare pour les politiciens d’éviter quelques horribles vérités lors des élections; mais il est rare, ces derniers temps en Europe, de les ignorer aussi complètement que font les politiciens français. En Grande Bretagne, en Irlande, au Portugal et en Espagne, les électeurs ont opté pour des partis qui promettaient un réalisme douloureux. Le problème est lié en partie au fait que les électeurs français sont connus pour leur croyance dans la bienveillance de l’État et la cruauté sans cœur des marchés. Presque uniquement parmi les pays développés, les électeurs français ont tendance à voir la mondialisation comme une menace aveugle plutôt qu’une source de prospérité. Tandis que l’extrême gauche et l’extrême droite prêchent le protectionnisme, tout candidat se sentira obligé de consolider ses appuis.

    (...) Les sympathisants de M. Hollande maintiennent qu’il est pragmatique avec un programme moins radical que celui de Mitterrand. Son recul de l’âge de retraite ne s’appliquera qu’à un petit nombre d’ouvriers ; sa taxe de 75% ne touchera qu’une petite minorité. Pourtant, de telles politiques indiquent une hostilité à l’entrepreneuriat et à la création de richesses et reflètent l’incapacité du Parti socialiste français de reconnaître que le monde a changé depuis 1981, époque où il existait des contrôles de capitaux, où le marché commun européen était inachevé, où les jeunes ouvriers étaient moins mobiles, et où il n’y avait pas de monnaie unique. Les rivaux européens de la France n’étaient pas non plus en train de poursuivre les grandes réformes avec la même vigueur qu’aujourd’hui.

    Si M. Hollande gagne en mai (et si son parti gagne encore lors des élections législatives en juin), il risque de trouver qu’il s’agit de semaines plutôt que d’années avant que les investisseurs se mettent à fuir le marché des obligations françaises. Le nombre de gens aisés et de jeunes Français qui traverseront la Manche (où le taux d’imposition maximal ne s’élève qu’à 45%) pourrait rapidement augmenter.

    Même si M. Sarkozy est réélu, les risques ne disparaîtront pas. Il ne propose pas quelque chose d’aussi bête qu’une taxe à 75%, mais il n’offre pas non plus des réformes radicales ni des réductions structurales dans les dépenses dont a besoin la France. Les pique-niqueurs français sont sur le point d’être submergés par la cruelle réalité, peu importe qui sera le président."

    Traduction sur le blog d'Olivier Berruyer

     

     

    Electeurs : dormez bien, le réveil est pour bientôt !, Laurence Boone, Chef économiste Europe chez Bank of America Merrill Lynch - Avril 2012. Extrait

    "Les élections, qui risquent d’être marquées par une abstention record, devraient en réalité mobiliser. Le prochain gouvernement aura la lourde tâche de remettre nos finances publiques sur un sentier soutenable, ce qui demandera d’importants choix économiques et sociaux. Il devra faire face aussi au défi de réveiller et élever la croissance dans ce contexte budgétaire difficile. En outre, alors que la crise souveraine de la zone euro risque de perdurer, le prochain gouvernement devra aussi décider de l’évolution de la construction européenne et peut-être faire des pas décisifs en direction de plus d’intégration budgétaire. Enfin, les marchés, nos créditeurs, vont suivre ces élections : un ajustement serein de nos finances publiques, qui préserve la croissance de court terme, dépend de la confiance de nos créditeurs dans le projet du nouveau gouvernement et sa mise en œuvre. Leur défiance relèverait le coût d’endettement et nous imposerait un ajustement beaucoup plus rapide et douloureux pour la croissance.

    Or nos partenaires européens (comme nos créditeurs) ont des préoccupations à la fois sur l’avenir de l’Europe et les perspectives de croissance économique, des sujets qui n’ont pas fait l’objet de beaucoup de discussion dans cette campagne. Alors que le reste du monde (pays du G20, FMI par exemple) s’inquiète quotidiennement des fragilités de la zone euro, de la contagion possible de la crise souveraine des pays du sud et de l’impact que cela pourrait avoir sur la zone euro dans son ensemble, ces questions ont été largement absentes des débats. Alors que nos voisins du Sud, après nos voisins du Nord dans les années 90, s’attachent à repenser et réformer leurs marchés du travail, les règles de concurrence sur le marché des produits pour essayer d’accroître le potentiel de croissance, les réformes de structure n’ont pas fait l’objet de débat pendant la campagne. Enfin, l’avenir de l’Europe et les possibilités d’intégration budgétaire, de plus de centralisation des décisions au niveau Européen n’ont pas été évoqués.

    (...)  Tous ces débats vont cependant s’imposer très vite après les Présidentielles. Les premières mesures du prochain gouvernement risquent alors de surprendre toutes les parties prenantes : les citoyens d’abord, si ces mesures ne sont pas en ligne avec les programmes, nos partenaires européens qui s’inquiètent des intentions de la France en matière de construction européenne, les marchés enfin qui sont nos créditeurs. (...)

    Enfin la croissance. A court terme l’ajustement budgétaire que le prochain gouvernement aura à mettre en œuvre va affaiblir la croissance – ce pour quoi nous ne sommes pas nécessairement préparés. Et les débats n’ont aucunement porté sur la stratégie de moyen terme. A ce propos : que pensent nos (futurs) dirigeants de la stratégie qui a été appliquée en Allemagne et l’est maintenant en Italie et en Espagne ? Est-ce la bonne stratégie de croissance (auquel cas les citoyens que nous sommes n’y ont pas été préparés), ou non ? – et dans ce cas pourquoi la promouvoir dans les rencontres ministérielles et de chefs d’Etat européens.

    Dormons encore un peu car le réveil sera dur, très dur."

    Sur le site Télos

     

     

    La rigueur, c'est maintenant, Par Nicolas Baverez, essayiste économique - Avril 2012. Extrait.

    "(...) La France sera l'épicentre du prochain choc sur la zone euro. En dépit du faux calme qui a prévalu depuis la dégradation de sa notation financière, le télescopage du mur de la dette se rapproche. La France doit lever 180 milliards d'euros en 2012 et 240 milliards en 2013 sur les marchés, dont 70 % auprès des investisseurs internationaux. Le ciseau entre l'ascension de la dette publique et la chute de la croissance se poursuit, tandis que le chômage frappe plus de 10 % des actifs. Notre pays est par ailleurs pris en étau entre l'Allemagne d'Angela Merkel, leader de l'Europe du Nord compétitive, et l'Italie de Mario Monti, symbole de l'Europe du Sud qui se réforme. Les investisseurs, y compris les banques françaises, ont déjà commencé à vendre massivement les titres de la dette française, avec pour conséquence une tension sur les taux d'intérêt et un écart de 125 points de base avec le Bund allemand. L'Espagne de Mariano Rajoy préfigure la situation de la France au lendemain de l'élection présidentielle. (...)

    Volontaire ou subie, la rigueur s'imposera au prochain président de la République. La rigueur passe par la baisse des dépenses publiques et non par la hausse des impôts, qui n'est jamais que la préférence pour la dépense poursuivie par d'autres moyens. Elle s'impose autant pour sauver l'euro que pour rétablir la souveraineté de la France, casser le cycle de son déclin, refonder la nation autour de perspectives d'avenir crédibles. Elle constitue la face cachée de la campagne électorale. Les programmes de retour à l'équilibre pour 2016 ou 2017 sont biaisés par des hypothèses de croissance exagérément optimistes (2 à 2,5 %, contre 1,2 % en moyenne depuis 2000), des hausses d'impôts massives (de 14 à 50 milliards d'euros) qui porteront les recettes publiques au-delà de 50 % du PIB, des promesses de dépenses nouvelles et un flou persistant sur d'éventuelles coupes budgétaires. Quel que soit l'élu, le prochain quinquennat sera celui de la rupture avec l'ère de la croissance à crédit. Le temps des déficits et de l'argent public abondant et bon marché est révolu. Voilà pourquoi le prochain président, de gré ou de force, devra s'inspirer de Gerhard Schröder et de Mario Monti. Voilà pourquoi il ne suffit pas de dire que l'on va baisser les dépenses, mais lesquelles et comment. Voilà pourquoi il faut assumer politiquement la rigueur. Dès maintenant."

    Le Point


     

    L’Economie Hollandaise ne mérite pas de faire peur, Georges Ugeux, Banquier - Avril 2012. Extrait.

    (...) Nous sommes donc contraints de faire le travail d’heuristique pour essayer de déchiffrer à travers le fatras verbal ce qui attend la France sous un possible Président Hollande. (...)   

    L’attaque contre les banques a fait long feu. Mauvais élément de communication, il a été rapidement abandonné. Il ne reste rien des grands éclats de voix de début de campagne. Comme je l’avais noté dans un blog précèdent, ces élans rhétoriques n’avaient pas de contenu sérieux. Ecartant une scission des banques depuis le début de sa campagne, il a assuré le secteur bancaire de la continuation du modèle de la banque universelle.(...)

    La taxation de 75% des hauts revenus est un tigre en papier. L’impact de cette taxation ne sera jamais du montant qu’il envisage. Outre l’expatriation des revenus les plus élevés qui diminuera la base de cette taxation, une évolution des revenus se fera inéluctablement. Lorsque les Britanniques ont imposé un taux marginal de 90% aux hauts revenus, la créativité des fiscalistes a permis de maintenir ceux-ci sur d’autre formes : logement de fonction, location des vêtements de travail (y compris les grands couturiers), leasing des voitures… Il a réussi la prouesse de faire très peur sans avoir les moyens de mettre en place son projet.

    (...) Face à la crise de l’Eurozone qui n’est pas résolue, la France n’a plus de marges de manœuvre budgétaires. Francois Fillon l’avait clairement dit au début de son mandat de Premier Ministre : il a eu probablement tort d’avoir raison. Cela est vrai pour le futur Président, quel qu’il soit. Qu’il le refuse ou non, il devra composer avec les marchés financiers, qui se méfient de la France.

    Ces trois thèmes sont cruciaux pour l’avenir de la France. Dans les trois cas, Francois Hollande a réussi à se faire applaudir par une partie de la France et à effaroucher le reste du pays. Le programme du candidat socialiste ne provoquera pas un « big bang financier » comme le prédisent ses opposants. Il n’y a pas de quoi faire peur.

    Sur son blog

     

     

    " François Hollande sera confronté à une crise financière et économique à la fin de l'été. (...) Il y aura des mouvements sociaux extrêmement important. Je pense que Hollande va se transformer en un Georges papandréou français (...) Je ne pense pas que dans ce contexte, il reste beaucoup plus de deux ans au pouvoir."

     

     

    Là-bas si j'y suis, Daniel Mermet

     

    Zone euro : la fin des illusions, Par Jacques Sapir - Avril 2012. Texte Intégral.

    Au début de cette année, nous nagions dans l’optimisme et – s’il faut en croire notre Président – la crise était « derrière nous ». Les crédits à trois ans de la Banque centrale européenne (LTRO ou Longer Term Refinancing Operations) semblaient avoir calmé la vague de spéculation qui avait failli emporter l’euro au mois de novembre dernier. La BCE avait injecté 489 milliards d’euros en décembre et 530 à la fin du mois de février. Le Mécanisme européen de stabilité (MES), adossé à des plans de rigueur généralisés officialisés dans le Pacte budgétaire européen, était censé nous garantir contre un retour de la crise. Enfin, la question de la Grèce était apparemment réglée par la restructuration de la partie de sa dette détenue par des investisseurs privés.
     
    Toutes ces illusions ont éclaté cette semaine. Les taux espagnols et italiens se sont à nouveau brutalement tendus à la suite de l’échec d’une vente de bons du trésor espagnols. Mercredi matin, les taux à dix ans sur la dette espagnole dépassaient 6%. Des rumeurs, entretenues par des membres de la BCE, les faisaient redescendre mercredi et jeudi à 5,8%. Mais, ce vendredi, ils étaient à nouveau à 5,99%. Les taux italiens à dix ans sont quant à eux à 5,50%, tandis que les taux à trois ans sont montés de plus de 1% cette semaine. Plus inquiétant encore : les primes des CDS, ces « assurances de crédits », montrent une ascension constante depuis deux semaines. L’Espagne a ainsi dépassé son précédent maximum, qui datait de décembre dernier.
     
    Les LTRO n’ont pas donné les résultats escomptés. Cela se comprend si l’on prend en compte le doute croissant sur la capacité de l’Espagne et de l’Italie à rétablir tant leur solvabilité interne (la capacité à maintenir une dette stable et à en servir les intérêts) que leur solvabilité externe (la capacité du pays à rembourser les emprunts qu’il contracte pour payer son déficit de la balance commerciale).

    Les banques espagnoles ont d’ailleurs dû emprunter à la BCE pour 316 milliards d’euros en mars, alors qu’elle n’avaient emprunté « que » 170 milliards en février. La perception de la qualité du crédit, qu’il soit public ou privé, se dégrade rapidement en Espagne.

    En ce qui concerne l’Italie, une part croissante des investisseurs pense que ce pays devra restructurer sa dette avant la fin de l’année. Or, l’exemple de la Grèce, où les gouvernements avaient fait pression sur leurs banques pour qu’elles acceptent l’échange de titres à des conditions très défavorables, est encore frais dans toute les mémoires. Les banques sont donc de plus en plus réticentes non seulement à acheter des dettes nouvelles de l’Italie mais même à conserver les titres italiens qu’elles ont acquis dans leur portefeuille.
     
    À cette situation s’ajoute une fuite des capitaux massive de l’Espagne et de l’Italie, que ce soit vers des pays considérés comme « sûrs » dans la zone euro (essentiellement l’Allemagne, les Pays-Bas et le Luxembourg) ou vers l’extérieur de la zone (la Suisse, les États-Unis et, de plus en plus, les pays asiatiques). Depuis le 1er août 2011, ce ne sont pas moins de 155 milliards d’euros qui ont quitté l’Espagne pour aller vers les pays « sûrs » de la zone euro, dont 65 milliards rien que pour le mois de mars dernier. Cette fuite des capitaux nous indique la mesure de la défiance des investisseurs. Si l’on regarde maintenant la fuite des capitaux hors de la zone euro, nous avons aussi la mesure de la défiance vis-à-vis de l’euro.
     
    Si l’on ne tient compte que des mouvements à l’intérieur de la zone euro, on peut faire trois constatations :

    - Le mouvement, qui a commencé au début de 2010, a connu un premier pic à la fin de la même année, s’est calmé par la suite, pour reprendre de manière continue et explosive depuis août 2011.

    - Concentré au départ sur la Grèce, le Portugal et l’Irlande, il a vu la part de l’Espagne et de l’Italie se développer de manière spectaculaire depuis août 2011.

    - Si les flux se sont toujours dirigés sur l’Allemagne, en proportion de la taille de cette économie, sa part comme receveur de ces flux tend à diminuer au profit des Pays-Bas, pays dont l’orthodoxie monétaire semble plus rassurer les investisseurs, mais aussi pays plus ouvert et d’où on peut bien mieux – le cas échéant – faire glisser ses capitaux vers des paradis fiscaux…

    L'article du jour : Zone euro : la fin des illusions, Par Jacques Sapir

    Quelles sont alors les options pour la BCE ? Elle peut reprendre ses LTRO. Mais, on l’a déjà écrit, leur efficacité est désormais faible devant les inquiétudes que suscitent la solvabilité de l’Espagne et de l’Italie. Elle peut aussi reprendre ses achats de titres sur le marché secondaire. Mais, d’une part, elle a déjà acheté pour plus de 214 milliards de titres de dettes de pays en difficulté, ce qui pèse sur son bilan si l’on y ajoute les achats de dettes privés « toxiques » fait pour soulager les banques et les prêts consentis à ces dernières. D’autre part, cette politique rencontre désormais l’opposition de plus en plus nette non seulement des représentants allemands mais aussi des représentants néerlandais et finnois en son sein.
     
    La démonstration est désormais faite que la politique monétaire ne peut à elle seule venir à bout de cette crise. Il faut, aussi, un volet de politique budgétaire, et non pas seulement sous la forme de politiques d’austérité mais de politiques de croissance. Il ne peut en effet y avoir de retour à la solvabilité, qui conditionne l’accès à la liquidité, pour les pays en détresse qu'à deux conditions (conjointes) : une forte croissance ou une croissance modérée avec une forte inflation (il faut une croissance nominale du PIB de 5% à 6%) ; des transferts importants (à hauteur de 3% à 4% du PIB) de l'Allemagne vers les pays à problèmes (Grèce, Portugal, Espagne, Italie) pendant une période de 4 à 6 ans.
     
    Si l'Allemagne est incontestablement prête à faire un geste en direction de la croissance, il ne sera pas à la hauteur de ce qui serait nécessaire, et l’on ne doit entretenir aucune illusion à ce sujet. Dès lors le Pacte budgétaire et le MES vont s’avérer des pièges redoutables dans lesquels les pays européens se seront d’eux-mêmes enfermés. Si l’on ne veut pas que cette crise emporte avec elle tous les acquis sociaux de ces cinquante dernières années et plonge l’Europe dans la misère et le désespoir, il ne nous reste que deux solutions : soit on peut renégocier en profondeur, et non à la marge, le Pacte budgétaire mais il convient de le faire sur la base de mesures unilatérales et en assumant le risque d’une rupture au sein des pays de la zone euro ; soit il faudra déconstruire cette dernière, et le plus vite sera le mieux.
     
    Ni François Hollande, ni Nicolas Sarkozy ne sont prêts à l’une ou à l’autre de ces options. L’avenir de la France s’annonce donc fort sombre.

     Dans Marianne2.fr

     

    « Le programme économique des candidats (Partie 3)"La crise est plus grave que celle de 1929", Robert Boyer »

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  • Commentaires

    1
    myla2
    Vendredi 20 Avril 2012 à 20:29

    Cher coma 81

    Merci pour les deux vidéos , très éclairantes et accablantes... l'avenir est pour le moins incertain. Tous aux abris comme tu le dit.

    Mais il est où l'abri?

    Myla

    2
    BA
    Mardi 24 Avril 2012 à 15:58

    Les investisseurs internationaux n'ont plus aucune confiance dans la capacité de l'Espagne à rembourser ses dettes.

     

    Les taux d'emprunt de l'Espagne explosent.

     

    Mardi 24 avril 2012 :

     

    L'Espagne paie beaucoup plus cher pour se financer à court terme.

     

    L'Espagne a levé mardi 1,933 milliard d'euros en bons à 3 et 6 mois, dans le haut de la fourchette visée, mais a dû concéder des taux d'intérêt en forte hausse dans un climat de tension sur les marchés, avec une Bourse madrilène à ses plus bas niveaux en trois ans.

     

    La demande des investisseurs est restée forte, dépassant les 9,4 milliards, ce qui a permis au Trésor espagnol d'atteindre son objectif d'emprunter 1 milliard à 2 milliards, mais à un coût presque doublé par rapport à la dernière émission similaire, le 27 mars : 0,634% sur trois mois (contre 0,381%), et 1,580% sur six mois (contre 0,836%), selon la Banque d'Espagne.

     

    http://www.boursorama.com/actualites/l-espagne-paie-beaucoup-plus-cher-pour-se-financer-a-court-terme-bcd7c68edaebc656987f1f72e0ce524a

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