• Les plans de sauvetages détruisent la Grèce

    La politique d'austérité a lamentablement échoué en Grèce, comme il était prévisible. La dette ne fait qu'augmenter, tandis que le pays s'enfonce dans une spirale dépressionniste.

    Cela fait un bail que pour Patrick Artus, Chef économiste chez Natixis, "les plans de rigueur empilés n’ont plus aucun sens". On ne trouvera plus beaucoup d'économistes sérieux pour soutenir le contraire.

    En réalité l'austérité imposée par l'Allemagne n'a pas pour but de sauver l'économie grecques mais de protéger les banques europénnes, comme l'explique Paul Krugman parmi tant d'autres :

    "On impose à la Grèce une austérité d'un niveau mortel afin qu'elle paye ses créanciers étrangers "

    Même son de clôche dans le jounral allemand Die Zeit qui reconnait que Merke défend les intérêts de son pays avant tout :

    "Ce n’est pas la Grèce qui profite le plus des programmes de sauvetage de l’euro : c’est l’Allemagne. Si la Grèce fait faillite, les banques allemandes (aussi) perdront des milliards, aux frais du contribuable allemand."

    Cette politique à courte vue, otage des lobbys financiers risque d'entrainer l'europe dans le gouffre, comme s'en désole Karine Berger, économiste proche du Proche du Parti Socialiste : 

    "La honte et l’hypocrisie auront sans doute déjà emporté l’Union européenne quand la Grèce sortira de son chaos politique. Les jeux sont faits : le jour où les deux principaux dirigeants européens ont accepté d’attendre jusqu’à 4 heures du matin, dans la pièce à côté, que 3 banquiers veuillent bien se mettre d’accord sur un abandon de dette, l’Europe a capitulé"

    Tous les économistes reconnaissent maintenant la nécessité d'organiser une restructuration de la dette grecque  et de renégocier le mémorandum. Charles Wyplosz écrit ainsi : 

    "Il aurait fallu laisser la Grèce aller au FMI dès le début et organiser une restructuration de sa dette. Cette restructuration aurait pu être de taille modeste, car la dette était alors relativement faible et la situation pas encore dégradée. Mais l’Allemagne et la France n’en ont pas voulu, car leurs banques auraient subi des pertes, en fait relativement modestes. Ces deux pays ont préféré violer le traité et organiser un « sauvetage » de la Grèce qui consistait à lui octroyer des prêts, donc à augmenter sa dette, en échange d’une politique d’austérité absurde vouée à l’échec."

    Même chose pour Jacques Delpla, pour qui "la restructuration de la dette grecque est aussi arrivée trop tard et a été trop partielle". Or il est impératif de "se délivrer de dettes qui menacent de les noyer dans un scénario noir des années 1930". Preuve de l'absurdité de la situation, cet économiste proche de la droite libérale donne raison au parti "d'extrême gauche" anti-austérité, dénonçant dans cet article (il se rétractera plus tard) les pressions exercées par les dirigeants européens à son encontre :

    "Les dirigeants européens essaient aujourd’hui de faire peur aux électeurs grecs pour qu’ils élisent un « bon » gouvernement qui acceptera de poursuivre la stratégie d’austérité à marche forcée qui a échoué de façon si spectaculaire. Pour éviter des pertes, ils veulent continuer à contrôler la politique économique de la Grèce en ignorant la souffrance économique et sociale qu’ils imposent à la population.(...) Syriza menace d'un défaut sur l'ensemble de la dette publique tout en restant dans l'euro. C'est chaotique mais intelligent de leur part". 

    Daniel Cohen, en bon keynésien, à l'inverse de l'austérité imposée, préconise un "plan de croissance vigoureux", alimenté par des investissements européens, à défaut duquel il reconnaît que la Grèce aurait intérêt à sortir de l'euro plutôt que de s'infliger une rigueur inefficace.

    Wyplosz et Cohen craignent que les Européens fassent l'erreur de refuser toute réorientation de la politique d'austérité, et que la BCE cesse de soutenir les banques en faillite. La Grèce serait alors contrainte de sortir de l'euro pour éviter le désastre bancaire. La contagion se propagerait alors au reste de la zone, qui menacerait d'exploser. 

    Au contraire, pour Delpla la menace d'une expulsion de la Grèce n'est pas crédible, d'une part car les Européens n'ont pas intérêt à voir s'effondrer l'économie du pays :

    "jamais la BCE, ni la Commission, ni l'Allemagne ne pousseront la Grèce à la faillite complète, au collapsus et à la famine. La menace de couper tous les prêts de l'UE envers la Grèce n'a aucune crédibilité". 



    Les plans de sauvetages détruisent la Grèce

     Source : “Plan d’aide” à la Grèce : tout faux…, Olivier Berruyer - février 2012.



    Les plans de sauvetages détruisent la Grèce

     

    Les plans de sauvetages détruisent la Grèce

    Bilan final du plan “d’aide” à la Grèce (et surtout aux banques…), Olivier Berruyer 2012.

     

     

     

    Faire défaut sur le passé, pour préparer l'avenir, Jacques Delpla - Mai 2012 -  Intégral.

    Les pays du sud de l'euro (l'Italie moins que les autres), avec leurs dettes (publiques et privées) excessives, avec leurs déficits de compétitivité, font face à une trinité impossible : ils ne peuvent pas simultanément renoncer à l'inflation généralisée pour réduire leur dette, renoncer à la dévaluation pour restaurer leur compétitivité et renoncer au défaut sur leurs dettes.

    L'un des pôles de cette trinité doit céder. L'inflation généralisée est impossible - interdite par le traité de l'Union européenne et la BCE. Dévaluer signifierait sortir pour toujours de l'euro (à éviter). Ne reste que le défaut, la restructuration des dettes publiques et privées. Les dirigeants européens ont longtemps considéré les défauts souverains et bancaires comme tabous, de peur d'une contagion systémique. Aussi ont-ils imposé l'austérité (nécessaire) sans restructuration des dettes (hormis en Grèce). Ils récoltent l'échec de cette stratégie : contagion généralisée au sud de l'euro, chômage stratosphérique, collapsus économique et social, avec risque élevé d'une dislocation de l'euro et d'un défaut généralisé. Bravissimo !

    Seuls les dirigeants des années 1930 ont fait pire. Il n'est que temps de changer de stratégie. C'est ici que nous devons remercier les électeurs grecs : ils précipitent les choix et les prises de conscience. En mettant les néocommunistes du parti Syriza en position de gouverner, ils forcent l'Europe à reformuler radicalement les options disponibles, cartes sur table et sans bluff. Syriza menace d'un défaut sur l'ensemble de la dette publique tout en restant dans l'euro. C'est chaotique mais intelligent de leur part : jamais la BCE, ni la Commission, ni l'Allemagne ne pousseront la Grèce à la faillite complète, au collapsus et à la famine. La menace de couper tous les prêts de l'UE envers la Grèce n'a aucune crédibilité : la construction européenne a toujours été orientée vers la paix et la prospérité, nous n'allons pas faire le contraire pour la Grèce ! Syriza redéfinit les termes des négociations : par défaut, l'ensemble de la dette grecque sera en défaut !

    Les Européens et la BCE vont donc devoir restructurer l'ensemble de la dette grecque (moratoire de la dette pendant dix ans, rééchelonnement de l'ensemble de la dette sur trente à cinquante ans...) et aider plus la Grèce - avec des conditions. Il se passera la même chose au Portugal et en Espagne (sur la dette bancaire). C'est le seul moyen de restaurer la croissance, l'emploi et l'espoir de ces populations : restructurer le passé pour préparer l'avenir. Faire défaut sur le passé pour sauver les jeunes et leur avenir. Se délivrer de dettes qui menacent de les noyer dans un scénario noir des années 1930.

    L'Allemagne bénéficiera d'un défaut généralisé en Europe du Sud. Dans une zone euro où tous les pays du Sud auront fait défaut sur leurs dettes et perdu toute crédibilité financière, elle sera la zone principale de stabilité et de solidité bancaire et financière. Toute l'épargne sûre européenne ira s'y loger de manière permanente, ceci donnera pour toujours un avantage fantastique à son système financier : toutes ses banques et assurances recevront des sommes colossales de placements, ce qui enrichira l'ensemble de l'Allemagne (et pour très longtemps). La crise actuelle va diviser de manière permanente les pays de la zone euro.

    D'un côté : ceux qui font défaut et ne savent pas tenir leurs promesses financières ; de l'autre, les pays crédibles, avec l'Allemagne. Le choix crucial de François Hollande sera de savoir dans quel groupe jouera la France. Est-ce que les appels actuels, chez nous, à la fin de l'austérité et à la relance mèneront à une restructuration de notre dette et à une relégation de la France en deuxième division de l'euro ? Ou bien le président Hollande, conscient de l'ampleur des dettes et déficits, saura-t-il maintenir (comme il l'a annoncé) le crédit de la France, au même niveau que celui de l'Allemagne, ce qui obligera à une politique de rigueur au mieux graduelle ?

    Les Echos

     

    « Pour la zone euro, une sortie de la Grèce serait une catastrophe », Daniel Cohen - Mai 2012. Extrait.

    "(...) Le vrai problème, pour moi, se situe dans les semaines qui nous séparent de ce scrutin. Si un puissant « bank run » oblige les autorités à geler les dépôts bancaires et à instaurer un contrôle des capitaux, cela reviendra, de facto, à une sortie de la Grèce de l'euro. Le pire serait que les marchés décident à la place des gouvernements. Et c'est ce vers quoi l'on risque de s'acheminer. (...)

    Pour moi ce serait une grave erreur. Les Grecs verraient leur monnaie s'effondrer d'au moins 50 % ce qui signifierait une ponction équivalente de leur pouvoir d'achat vis-à-vis des produits importés. L'inflation deviendrait galopante, le secteur bancaire serait soumis à une panique folle. Cela dit, on peut penser qu'après une période apocalyptique, il y aurait un retour de compétitivité. En pesant les avantages et les inconvénients, rester dans l'euro l'emporte à mon avis. Mais il faudrait un plan de croissance vigoureux, qui concentrerait sur un an ou deux tout ce à quoi la Grèce peut prétendre comme investissements et fonds structurels pour les cinq ou dix prochaines années. (...)

    Pour la zone euro, ce serait une catastrophe. On aura montré qu'on peut être dans la zone euro et en sortir. La zone euro ne serait qu'un régime de change fixe super-rigide, qui peut facilement voler en éclats. Pour avoir échoué à régler un problème qui pèse seulement 2 % du PIB de la zone euro, on va créer un précédent qui coûtera extrêmement cher.

    (...) J'espère que les autorités allemandes n'ont pas atteint le point où ils préféreraient que les marchés décident à leur place."

    Dans Les Echos

     

    Grèce : la catastrophe qui arrive…, Charles Wyplosz - Mai 2012. Extrait.

    (...)  Sur le plan politique, les Allemands aiment répéter que la culture de stabilité dont ils sont si fiers a été acquise dans l’adversité de la crise qu’ils ont connue dans les années vingt. Ils veulent inculquer cette culture à leurs partenaires qui partagent leur monnaie. Ils oublient une étape du raisonnement. C’est la détresse économique qui a conduit à l’élection au suffrage universel d’un certain Adolf Hitler. Le traité européen spécifie que seules les démocraties peuvent faire partie de l’Union.

    Banaliser ces conséquences est la dernière d’une longue série d’erreurs catastrophiques. Comme je l’avais indiqué ici, il aurait fallu laisser la Grèce aller au FMI dès le début et organiser une restructuration de sa dette. Cette restructuration aurait pu être de taille modeste, car la dette était alors relativement faible et la situation pas encore dégradée. Mais l’Allemagne et la France n’en ont pas voulu, car leurs banques auraient subi des pertes, en fait relativement modestes. Ces deux pays ont préféré violer le traité et organiser un « sauvetage » de la Grèce qui consistait à lui octroyer des prêts, donc à augmenter sa dette, en échange d’une politique d’austérité absurde vouée à l’échec. Ils ont interdit à la BCE de faire son travail et de stabiliser les dettes publiques jusqu’à ce que la situation soit trop détériorée pour que les mesures adoptées à la fin de l’année aient un effet durable. La restructuration de la dette grecque est aussi arrivée trop tard et a été trop partielle : entre temps, les banques s’étaient largement débarrassées de leurs créances sur la Grèce. La dette de la Grèce est aujourd’hui entre les mains de la BCE et du Fonds Européen de Stabilité Financière, donc des États membres. Or il semble bien que la préoccupation majeure à Berlin (et Paris ?) et Francfort est d’éviter des pertes sur ces créances. Comment expliquer autrement les exigences d’austérité répétées jour après jour par le gouvernement allemand et la BCE ?

    (...) Les dirigeants européens essaient aujourd’hui de faire peur aux électeurs grecs pour qu’ils élisent un « bon » gouvernement qui acceptera de poursuivre la stratégie d’austérité à marche forcée qui a échoué de façon si spectaculaire. Pour éviter des pertes, ils veulent continuer à contrôler la politique économique de la Grèce en ignorant la souffrance économique et sociale qu’ils imposent à la population. Après les élections, ils devront décider s’ils persistent dans cette voie ou s’ils adoucissent le traitement imposé à la Grèce, bien sûr en fonction du résultat. Ce jeu de poker menteur est irresponsable. Si ce sont les « mauvais » grecs qui gagnent et se montrent intransigeants, les dirigeants européens risquent de se retrouver pris à leur propre piège et de pousser la Grèce vers la sortie en lui coupant toutes les ressources. Alors le domino grec tombera et les autres suivront.

    Sur le site Telos

     

    La thérapie mortelle de Bruxelles, Die Zeit - Février 2012. Extrait.

    "(...) Les coupes déjà décrétées ne fonctionnent pas, parce qu’elles ne font qu’aggraver les problèmes. Et parce que les Grecs opposent une résistance farouche au programme de paupérisation et de déchéance de leur pays.

    Est-ce là la perspective d’une Europe unie ? La terre d’origine de la culture et de la démocratie occidentales, transformée de fait en protectorat de Bruxelles – sans espoir d’amélioration. (...)

     Ce n’est pas la Grèce qui profite le plus des programmes de sauvetage de l’euro : c’est l’Allemagne. Si la Grèce fait faillite, les banques allemandes (aussi) perdront des milliards, aux frais du contribuable allemand.

    Si le deutsche mark était remis en place, il serait dramatiquement surévalué. Le prix des produits allemands augmenterait de 40 %. C’en serait rapidement fini du modèle de croissance allemand soutenu par les exportations.

    Il règne dans le Sud de l’Europe, et pas seulement en Grèce, une atmosphère menaçante, qui se retourne principalement contre l’Allemagne. Près de soixante-dix ans après la fin de la guerre, elle est de nouveau perçue comme une puissance ennemie. On entend déjà des voix qui appellent à prendre des mesures radicales face à l’hostilité de Bruxelles et Berlin.

    Qui pourrait blâmer des gens contraints à la misère ! Sont-ils obligés de rester les bras ballants alors que leur modeste modèle de prospérité est foulé aux pieds et que leurs politiciens sont réduits au rang de seconds couteaux ? Tout cela pour que les banques et les spéculateurs n’aient pas à amortir totalement leurs crédits, qu’ils s’étaient empressés de consentir aux pays faibles avec de juteux taux d’intérêt.

    Non, il ne peut s’agir de l’Europe dans laquelle nous souhaitons vivre. Une Europe où les banques et les fonds spéculatifs décrètent quels pays peuvent survivre ou pas.

    La politique d’austérité unilatéralement imposée par les acteurs financiers et par Angela Merkel a un prix : la désintégration de l’Europe. Ainsi qu’une très longue dépression qui finira à un moment ou un autre par rattraper l’Allemagne.

    La Grèce a besoin de notre solidarité, que l’on efface sa dette et lui propose un programme de développement plutôt que d’incessants trains de mesures alternant renflouement et austérité. Afin que le pays ait une chance, d’ici dix à vingt ans, de pouvoir de nouveau tenir sur ses pieds par lui-même et redevenir un membre à part entière de l’Union.

    Et un tel projet de développement européen ne coûterait pas plus cher, tout en offrant de nouvelles perspectives aux gens en Grèce et en Europe.

    Voilà une raison qui mérite que l’on se batte pour elle. Et non pas pour une exclusion de la Grèce de la zone euro et la fin de l’entraide européenne. Nous avons besoin de la Grèce, comme preuve que l’Europe se souvient de ce qu’elle est.

    Dans Presseurop


    La Peau de la Grèce, Karine Berger, économiste enseignante associée à l’ENA et à l’ENSAE et candidate socialiste aux élections législatives. Long extrait.

    « Tu aimerais, dis, une petite fille à trois dollars, disais-je à Jack. - Shut up, Malaparte. - Ce n’est pas cher après tout, une petite fille pour trois dollars. Un kilo de viande d’agneau coûte bien plus cher. » Curzio Malaparte décrit en 1945 l’incommensurable honte d’être vainqueur et la dérive d’une Italie prête à se vendre, sans grande résistance, à ses nouveaux maîtres. Ce soir, c’est la Grèce qui subit cette humiliation infinie. Et c’est l’Europe toute entière qui peut faire sienne ce précepte de « La Peau » : « Quand on est lâche, il faut être lâche jusqu’au bout ». (...)

    Au total, il faut comprendre que l’argent versé n’a pas (encore) remboursé des emprunts existants de la Grèce. Il a au mieux permis à l’Etat grec de faire face à ses échéances et à trouver un peu d’argent frais. Cet argent n’est là que pour permettre de reconduire des lignes de crédit qui arriveraient à expiration. Eventuellement. Et sous condition que la Grèce renonce peu ou prou à son autonomie politique.

    Seuls les résultats comptent dans la gestion d’une crise. Or les résultats ne sont justement pas là.

    La dette grecque est passée de 263 milliards en 2008 à 355 milliards en 2011. Le Pib grec est lui passé de 233 milliards à 218 milliards. Le chômage de 8% à 18%.Et avec un taux d’intérêt officiel à 32%, il va de soi que la Grèce ne peut plus se financer du tout sur les marchés. Et pour longtemps. Car le poids de la dette sur la création de richesse n’a jamais cessé d’augmenter. Jamais.

    Et sauf annulation massive de la dette, la dynamique enclenchée continuera désormais jusqu’au défaut. C’est l’unique problème. La profonde absurdité. L’assourdissant échec. C’est justement ce point dur qu’aucun sommet européen n’a voulu sérieusement aborder. A tel point qu’avant même le vote des députés grecs, les responsables européens, le ministre allemand Schauble en tête, ont annoncé que le ratio de la dette ne pourra jamais redescendre comme ce qui est prévu dans l’accord (120% de PIB en 2020). (...)

    pourquoi les responsables européens réduisent un des leurs à l’humiliation si ce n’est pour au moins aboutir quelque part ? Disons-le : l’incompétence le dispute à la veulerie. Un peu d’incompétence est probable : beaucoup trop de gens, y compris au plus haut sommet de l’Etat français, n’ont jamais compris et admis la logique de la dynamique de dette. C’est vrai que pour être totalement convaincu, il faut savoir faire un petit développement limité, niveau math sup. Ce serait au fond pardonnable, si ce n’était pas plus grave : soyons franc, aucun des dirigeants européens actuels n’a vraiment eu envie d’imaginer la zone euro dans 20 ans ou même 10 ans. Voilà la dimension « veulerie » de toute l’histoire. Beaucoup trop long par rapport à leur propre horizon politique. (...)

    La conséquence est là : il n’y a plus grand-chose qui pourra stopper le défaut unilatéral grec. Soit en mars, soit à un autre moment. Donc la faillite du pays. Entendez-moi : pas la faillite de l’Etat, la faillite d’un pays, celle de toutes ses banques, la ruine de tous ceux qui ont encore quelques sous sur leur compte, la banqueroute de ses entreprises etc... la probabilité pour que la démocratie survive dans un pays subissant un tel choc est historiquement inférieure à une sur deux.

    En fait ce n’est plus le sujet principal. Le sujet c’est la capitulation de l’Europe. La honte et l’hypocrisie auront sans doute déjà emporté l’Union européenne quand la Grèce sortira de son chaos politique. Les jeux sont faits : le jour où les deux principaux dirigeants européens ont accepté d’attendre jusqu’à 4 heures du matin, dans la pièce à côté, que 3 banquiers veuillent bien se mettre d’accord sur un abandon de dette, l’Europe a capitulé.

    Elle a accepté de vendre une petite fille pour 3 dollars. Notre incapacité à faire preuve d’un minimum de pragmatisme et de solidarité dans la crise de la Grèce témoigne de notre peu de désir de continuer l’aventure ensemble. (...)

    Sur son blog


    Grèce : les plans de rigueur empilés n’ont plus aucun sens, Patrick Artus - Février 2012. Extrait.

    "Les européens, le FMI, la BCE demandent sans cesse à la Grèce :

    1. de prendre des mesures de politique budgétaire restrictive, avec la fiction que la Grèce peut rétablir sa solvabilité ;
    2. de réduire le coût du travail (le salaire minimum).

    (...)Rendre la politique budgétaire encore plus restrictive ne rétablira pas la solvabilité budgétaire de la Grèce , qui se situe « dans la partie droite de la courbe de Laffer » : la politique budgétaire plus restrictive fait seulement chuter l’activité.

    Réduire les salaires ne rétablira pas la solvabilité extérieure de la Grèce : le problème de la Grèce n’est pas le coût unitaire du travail, on l’a vu, mais la taille trop faible depuis longtemps de l’industrie, et, depuis 2008, la désorganisation visible de l’économie (recul de la productivité, chute de l’investissement…).

    Une approche coopérative consisterait :   

    • en une annulation d’une grande partie de la dette publique de la Grèce, ce qui, faisant disparaître les intérêts énormes sur la dette publique, rétablirait presque la solvabilité budgétaire, et la solvabilité extérieure compte tenu du poids très élevé de la dette publique détenue par les non-résidents
    •  à aider la Grèce à reconstruire son économie, à attirer des entreprises et des emplois."

    Natixis


    L'étau grec, Paul Krugman - Février 2012. Texte Intégral.

    Quel est le degré d'exigence de la Troika envers la Grèce ?  Quel est la sévérité de la rigueur ? Voici un aperçu sur la base   du rapport du FMI  le plus récent.

    Le plan actuel demande à la Grèce d'atteindre un excédent primaire élevé (hors  le paiement du service de la dette) :

     

    L'étau grec, Paul Krugman 



    Il s'agit d'un effort énorme - dans le contexte d'une économie profondément déprimée. Voici ce que cela implique pour les dépenses de l'Etat en volume :

    L'étau grec, Paul Krugman

     


    Puis-je dire que cela semble tout simplement inconcevable ?

    Et voici la chose : initialement, la Grèce se débattait avec un important déficit primaire ce qui signifie que même si elle avait répudié toute sa dette, elle aurait quand été forcée d'opérer une contraction budgétaire majeure. Ce n'est plus vrai. Donc, nous assistons maintenant à un scénario dans lequel on impose à la Grèce une austérité d'un niveau mortel afin qu'elle paye ses créanciers étrangers, sans vraie lumière au bout du tunnel.
     
    Ca ne va tout simplement pas marcher.

     

    sur le blog de Paul Krugman (Traduction comme on peut par Coma81)

    « Marx et Keynes, regards croisésLa position de la gauche Syrisa concernant l'euro »

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