• 16 commentaires
  •  

    Martine Aubry l'européenne est-elle aussi socialiste qu'elle le clame ? - Laurent Bouvet dans La Figaro (Extrait)

    LE FIGARO : L'avant-projet de loi El Khomri a fait sortir Martine Aubry de son silence. Avec d'autres personnalités dont Daniel Cohn-Bendit, la maire de Lille fustige la politique menée par le gouvernement à travers une tribune publié dans Le Monde. Que révèle ce texte sur les clivages idéologiques qui traversent la gauche? Est-ce la querelle des anciens et des modernes revisitée?

    Laurent Bouvet : Cette tribune signée par des responsables politiques et des personnalités intellectuelles est un signe de plus du processus de décomposition-recomposition de la gauche française auquel nous assistons depuis un moment déjà mais que le quinquennat de François Hollande aura accéléré - et qu'il pourrait bien porter à son terme en 2017 en cas de défaite à la présidentielle. (...)

    Qui est donc réellement «de gauche»? Ceux qui proclament dans une tribune qu'ils le sont alors même qu'ils ont accompagné quand ce n'est pas encouragé depuis près de 30 ans la transformation du Parti socialiste sous la contrainte européenne? Ou ceux qui expliquent aujourd'hui assumer totalement la politique menée alors qu'ils sont issus de la même matrice idéologique que les premiers? Trop peu et trop tard pourrait-on rétorquer aux uns et aux autres. (...)

    L'autre chose qui est frappante tout de même, c'est que tous ces responsables socialistes qui fréquentent François Hollande de longue date, depuis plus de 20 ans pour certains d'entre eux, et qui l'ont connu, longuement, comme chef de parti, semblent le découvrir. Ils font mine de s'apercevoir seulement maintenant de sa grande capacité d'adaptation aux circonstances et sa, plus grande encore, plasticité idéologique! On a envie de le dire qu'ils sont soit très naïfs soit très cyniques. (...)

    Un projet alternatif supposerait en effet une rupture très nette avec le cadre idéologique d'ensemble actuel, donc avec la contrainte européenne sous sa forme allemande et avec l'euro en particulier. Or il me paraît inenvisageable que Martine Aubry puisse se lancer dans une telle aventure.

    La Figaro : Est-ce le retour de la gauche dite socialiste ou son dernier baroud d'honneur?

    Laurent Bouvet : Ni l'un ni l'autre. Les querelles quasi-trentenaires qui continuent de se régler ainsi au sein ou en marge d'un parti comme le PS ressemblent à une politique zombie, de morts-vivants même si certains de ses acteurs sont encore jeunes au regard des critères politiques français. On est en effet aujourd'hui au bout du bout d'un cycle politique et de la génération qui va avec: celui de l'accession comme force d'alternance du PS au pouvoir (à quatre reprises depuis 1981). Idéologiquement, l'impasse est totale et c'est sans compter avec la crise profonde de la forme-parti elle-même.

    Bref, la gauche française, celle qui aspire à gouverner le pays du moins, a besoin d'un renouvellement profond et tous azimuts. Les élections de 2017 pourraient bien, de ce point de vue, marquer la fin de ce cycle et de cette génération qui ont commencé dans les années 1980, et permettre l'ouverture de nouvelles perspectives tant idéologiques qu'organisationnelles.


    14 commentaires

  • François Ruffin : "mon documentaire est un... by Europe1fr

     

    Lettre ouverte à Jean-Michel Aphatie : quel rôle choisirez-vous ? par François Ruffin, mardi 23 février 2016

    L’annulation de l’invitation de François Ruffin sur Europe 1 à l’occasion de la sortie du film Merci Patron ! a suscité une vague de protestations. La direction d’Europe 1 a fait machine arrière : François Ruffin sera reçu par Jean-Michel Aphatie mercredi 24 février à 12h45.

    Le réalisateur de Merci Patron ! a rédigé, à cette occasion, une lettre ouverte à Jean-Michel Aphatie, que nous reproduisons sur notre site (Acrimed).

    Cher Jean-Michel Apathie,

    C’est donc sur vous que c’est tombé.
    La censure était trop voyante : « Europe 1 nous interdit de recevoir François Ruffin » (dixit Frédéric Taddéi), le scandale grossissait. Pour rattraper le coup, votre hiérarchie vous a donc demandé de vous transformer en critique ciné. Et de me recevoir, ce mercredi, à 12h45.

    Vous êtes en train de découvrir « Merci patron ! »
    J’espère que ça vous plait, que vous rigolez bien.

    Faux-cul, votre direction a déclaré à Ozap : « La nature polémique du film nécessite la présence d’un contradicteur pour instaurer un véritable débat. »
    Ce sera donc vous le contradicteur.
    Le porte-parole de l’homme le plus riche de France, ce sera vous.
    L’avocat de Bernard Arnault, de LVMH, du premier groupe de luxe au monde, vous.

    Nul doute que ce rôle vous convienne.
    Défenseur de l’oligarchie, des Jérôme Cahuzac et compagnie, vous savez faire.
    Aboyeur, même, si nécessaire, c’est dans vos cordes.
    « Vous mettez votre plume au service des puissants », comme l’avait dénoncé à votre sujet Eva Joly.

    Mais j’ai cette faiblesse : je crois en l’Homme.
    En vous aussi.
    Je crois que, pour un quart d’heure au moins, vous pouvez montrer un autre visage, plus de courage. Vous souvenir du jeune journaliste, moins conformiste, que vous étiez. Je viens comme un secours, ranimer ce qu’il y a de meilleur en vous-même.
    Amen.

    Autant vous avertir :
    Pour sauver votre âme, je ne viendrai pas seul, mais avec une caméra et un micro. Avec un copain minuteur, également. Pour mesurer, sur les quinze minutes, quel temps de parole m’est réellement accordé.
    Je viens de visionner cette vidéo, datée du 7 novembre 2007, où vous interrogiez alors Bernard Arnault sur RTL. Le PDG n’est, pour le moins, pas trop chahuté. Vous lui posez sept questions en 7’22’’. Avec, soyons précis (il faut être précis dans la vie), 1’36’’ de temps de parole pour vous, présentation comprise, et le reste, 5’46’’ pour votre interlocuteur – soit 21,7% pour vous, et 78,3% pour lui. Bref, vous ne l’interrompez pas trop et il peut dérouler tranquillement son argumentaire.
    Nul doute que vous me réserverez le même traitement.

    Je vous préviens de tout cela, car je veux vous placer devant un dilemme :
    Soit répondre aux consignes de votre direction, et jouer le « chien de garde » comme décrit ci-dessus.
    Soit m’accorder dix minutes de liberté.
    Dix minutes seulement, mais dix minutes quand même.
    Après ces dix minutes, je sais que, plus jamais, de toute ma carrière, je ne serai invité sur « radio Lagardère ».
    Mais il restera ces dix minutes, pour vous et pour moi.
    Tel un kamikaze des ondes, je viens pour commettre un attentat radiophonique.

    Alors, suspense : quel rôle choisirez-vous ?
    J’espère qu’ensemble nous allons vivre un beau moment.

    Très fakirement,

    François Ruffin


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique