• Rupture de l'axe Merkel - Sarkozy ?

    "Jamais, en effet, l'Allemagne ne tolérera de revenir sur l'indépendance stricte de cette institution qui était une condition non discutable lors de la création de la monnaie unique. Elle préférera alors sortir de la monnaie unique."

    La Tribune

      

    "Il y a dans les réflexions actuelles des dirigeants européens, telles qu’elles nous sont livrées, l’invocation commune à un deus ex machina, l’appel à une divinité pour résoudre une situation désespérée : en l’occurrence l’intervention de la BCE."

    François Leclerc

     

     


    Libé Labo - Avril 2012 

     

    « Merkozy » s'est suicidé, La tribune - Avril 2012. Extrait.

    (...)L'indépendance de la BCE, c'est la condition sine qua non de la présence de la première économie d'Europe dans la zone euro. Il n'y a là aucun compromis possible et en évoquant ce sujet, il a tiré la balle qui a achevé "Merkozy".

    Le président français le sait bien. Il avait déjà, à l'automne, tenté d'évoquer la question d'un statut de "prêteur en dernier ressort" de la BCE et avait été sèchement éconduit par le gouvernement allemand. Il était rapidement rentré dans le rang et s'était aligné sur les positions de Berlin. Pour l'Allemagne, le sens de l'histoire est bien différent de celui que prétend faire désormais emprunter à l'Europe le candidat Sarkozy. Dans son esprit, si la zone euro veut être viable, elle doit adopter les principes de l'ordolibéralisme qui ont fait le succès de la RFA des années 1950 et 1960 : un Etat discret, une politique salariale mesurée, une politique budgétaire stricte et une banque centrale strictement indépendante et focalisée sur la seule politique monétaire et la lutte contre l'inflation.

    Remise en cause du nouveau traité ?

    Nicolas Sarkozy avait adopté cette Weltanschauung  (cette "vision du monde") lorsqu'il avait accepté le traité budgétaire proposé par Berlin. Ce traité est la deuxième tentative de Berlin pour faire de l'Union économique et monétaire une zone de compétitivité à l'allemande où certains pays cessent d'appuyer leur croissance sur la demande intérieure subventionnée par l'Etat. En renforçant les règles budgétaires grâce à ce nouveau traité, on imposera une baisse des dépenses ou une hausse des taxes sur la consommation dans les pays les moins compétitifs, dont la France. La logique de ce traité est donc incompatible avec une BCE "soutenant la croissance". Car si la BCE soutient la croissance par la planche à billets ou le rachat massif de titres d'Etat, alors les efforts de consolidation budgétaires deviendront inutiles. On favorisera les déficits budgétaires au lieu de les combattre et l'on créera une dangereuse spirale inflationniste. Le 9 décembre dernier, cela allait de soi pour "Merkozy".

    Prix de l'euro

    C'était du reste le prix à payer pour sauver l'euro. Il est impossible aujourd'hui de prétendre vouloir conserver la monnaie unique et de modifier le rôle de la BCE. Jamais, en effet, l'Allemagne ne tolérera de revenir sur l'indépendance stricte de cette institution qui était une condition non discutable lors de la création de la monnaie unique. Elle préférera alors sortir de la monnaie unique. Pour deux raisons : le traumatisme de la grande inflation, évidemment, qui est toujours plus fort outre-Rhin que celui de la politique déflationniste des années 1930, mais aussi la volonté de ne pas devenir la "vache à lait" à l'infini des pays les moins compétitifs. Angela Merkel a fait beaucoup de concessions au cours de cette crise, mais elle ne pourra jamais aller jusqu'à la révision du statut de la BCE. (...)

     

    SOLUTIONS ARRANGEANTES ET VÉRITÉS DÉRANGEANTES, par François Leclerc - Avril 2012. Extrait.

    "Comment sortir de la nasse dans laquelle les pays européens sont entrés ? La question agite les dirigeants, en pure perte. Nicolas Sarkozy vient d’ajouter un épisode à une histoire qui en comporte déjà beaucoup. (...)

    L’élection éventuelle de François Hollande, suivie des changements politiques qui pourraient intervenir en Allemagne à la suite des élections législatives de 2013, fondent les espoirs de ceux qui attendent une évolution stratégique plus crédible. Les intentions du candidat n’ayant pas été clairement exprimées, un recul tactique ayant été même enregistré à propos de la renégociation du traité de discipline budgétaire – auquel il s’agit d’ajouter un volet croissance – qu’en reste-t-il ? Une phrase sibylline dans Le Monde de décembre dernier, selon laquelle il faudrait « changer la pratique de l’intervention de la BCE ».

    (...)Il y a dans les réflexions actuelles des dirigeants européens, telles qu’elles nous sont livrées, l’invocation commune à un deus ex machina, l’appel à une divinité pour résoudre une situation désespérée : en l’occurrence l’intervention de la BCE. A leur décharge, on conviendra qu’ils peuvent espérer de celle-ci l’équivalent pour les Etats du soutien qu’elle a accordé aux banques. Mais ils ne remarquent pas ses limites, déjà rencontrées, car si ce soutien permet de gagner du temps, il ne résout rien : c’est tout du moins ce que l’on observe clairement en Espagne. Ce qui conduit ses dirigeants à rechercher un miracle qui procède en réalité d’une échappatoire : leur refus de prendre en compte dans toute sa dimension et ses caractéristiques propres la crise financière européenne. (...)

    Dans leur état actuel, les réflexions qui nous sont proposées reposent donc sur un double déni bien ancré. Il reste donc du chemin à parcourir, non compte tenu de la persévérance du clan des ayatollahs que représente Jörg Assmusen, membre du conseil des gouverneurs de la BCE. Estimant dans le Wall Street Journal que le pire de la crise semble être derrière nous, ce dernier considère que « la balle est dans le camp des États », opposant à la relance du programme d’achat obligataire de la BCE sur le second marché – à laquelle il n’est pas favorable – le fragile pare-feu du Mécanisme européen de stabilisation financière (MES).

    Dernières nouvelles : Le taux des obligations espagnoles à dix ans a dépassé ce lundi le seuil des 6% pour atteindre 6,105% en fin de matinée. Des adjudications du gouvernement sont prévues jeudi prochain. A leur manière, les marchés réclament aussi l’intervention de la BCE…

    Sur le blog de Paul Jorion

    « Melenchon : le retour d'une France tournée vers la méditérranéeL'article du jour : Expropriation de Repsol par l'Argentine »

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  • Commentaires

    1
    BA
    Mardi 17 Avril 2012 à 11:06

    Deux économistes étatsuniens parlent de l'Europe. D'abord Paul Krugman le 15 avril 2012. Ensuite Joseph Stiglitz le 16 avril 2012.

     

    Paul Krugman fait le bilan de la crise en zone euro :

     

    Europe’s Economic Suicide.

     

    So it’s hard to avoid a sense of despair. Rather than admit that they’ve been wrong, European leaders seem determined to drive their economy — and their society — off a cliff. And the whole world will pay the price.

     

    Le suicide économique de l'Europe.

     

    Il est donc difficile d'éviter un sentiment de désespoir. Plutôt que d'admettre qu'ils ont eu tort, les dirigeants européens semblent déterminés à conduire leur économie - et leur société - au bas de la falaise. Et le monde entier en paiera le prix.

     

    http://www.nytimes.com/2012/04/16/opinion/krugman-europes-economic-suicide.html?_r=2

     

    Pour Joseph Stiglitz, l'Europe va droit dans le mur.

     

    «La seule bonne chose de l'année 2011, c'est qu'elle a été meilleure que ne le sera 2012», estime le prix Nobel d'économie. Si l'Europe poursuit ses programmes de restriction, «les années à venir seront vraiment dures».

     

    La situation en Europe préoccupe Joseph Stiglitz. «Les chances de résoudre le problème par de nouvelles économies sont proches de zéro», relève-t-il dans une interview donnée au Tages-Anzeiger. L’Europe est même «menacée à court terme d'une deuxième récession».

     

    La plupart des gouvernements européens épargnent, ce qui accentue le ralentissement économique, constate le chercheur et économiste américain. Et contrairement aux promesses faites, «on ne voit toujours pas poindre la lumière au bout du tunnel».

     

    «Il n'y a au monde pas un seul exemple qui montre qu'il est possible d'assainir un Etat malade en réduisant les salaires, les rentes et les prestations sociales», poursuit l'ancien prix Nobel. La croissance ralentit, les recettes fiscales baissent et la question de l'endettement n'est pas résolue, ajoute-t-il en substance.

     

    http://www.tdg.ch/economie/joseph-stiglitz-europe-droit-mur/story/26209042

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