• Sidération chez les euro-fédéralistes

    Pour des économistes rationnels, pour qui la gouvernance européenne devrait avant tout chercher à obéir à l'intérêt général, la situation actuelle est incompréhensible. Les divergences économiques et les déficits extérieurs, signes caractéristiques d'une zone intégrée (qui se soucie, en France, du déficit de la balance commerciale du Loir-et-Cher ?) sont montrés du doigt. Plutôt que d'organiser une solidarité financière entre pays membres et une relance budgétaire à l'échelle du continent, la gouvernance européenne impose aux pays déficitaires un retour immédiat à l'équilibre. A l'inverse du bon sens, les choix qui sont faits conduisent à accentuer la récession économique.

    On peut certes accuser le manque de vision européenne ou les dogmes libéraux qui aveuglent les gouvernements actuels. Mais en réalité, c'est l'échec du pari fou qui a été fait il y a 20 ans par les bâtisseurs de la monnaie unique. Partant du fait que les logiques économiques s'imposeraient aux logiques politiques, les fédéralistes maastrichiens comptaient qu'au moment critique, un saut fédéral couronnerait l'intégration économique.

    En réalité, la crise actuelle dynamite cette conception fédérale. Après 10 ans d'approfondissement des liens d'interdépendance entre les économies nationales, il s'opère un rétropédalage violent des politiques économiques, qui, sous les vocables "compétitivité", "équilibre extérieur" conduisent à fragmenter les économies nationales en autant d'îles, splendidement indépendantes les unes des autres. Nos apprentis sorciers assistent, médusés, au retour en force des logiques nationales, qui prend, pour l'économie européenne,  des allures d'automutilation.

     

    "Produire français, grec, italien, portugais, espagnol etc. en espérant vendre aux autres pays, faute de pouvoir compter sur une demande intérieure doublement bridée (...) La compétitivité est pourtant un concept relatif et les politiques cherchant à l'accroître ne peuvent toutes aboutir simultanément."

    Jean-Paul Fitoussi, directeur de l'OFCE

     

    "Si l’euro n’éclate pas, nous craignons par contre qu’il devienne inutile (...) Avec la nécessite pour [les] pays d’équilibrer leur commerce extérieur, ce qui se fait surtout par la compression de la demande intérieure, on voit un recul dans la période récente de la taille des exportations vers les autres pays de la zone euro dans tous les pays."

     Patrick Artus, chef économiste Natixis


    Voir les articles ci-dessous

     

     

    Contre la crise, les politiques européennes doivent relancer la demande, Jean Paul Fitoussi, directeur de l'OFCE - Février 2012. Extrait.

    (...) Faute de s'accorder pour "réparer" la Constitution européenne - faire de la BCE une banque centrale de plein exercice ; mutualiser la dette pour rendre impossible l'arbitrage des marchés, comme la monnaie unique (la mutualisation des monnaies) avait mis fin à la spéculation sur les taux de change intra-européens -, les Etats européens sont aussi contraints, dans le cadre des traités actuels, au désendettement. Les craintes d'une récession européenne trouvent ici leur origine. Il faut faire d'un mal un bien, et rechercher dans ce qui nous contraint les moyens de faire quelque chose d'utile : des réformes à coût zéro, aptes à muscler les économies nationales pour en accroître la compétitivité.Produire français, grec, italien, portugais, espagnol etc. en espérant vendre aux autres pays, faute de pouvoir compter sur une demande intérieure doublement bridée, par la poursuite du désendettement privé d'une part, par l'augmentation des impôts et la réduction des dépenses publiques et sociales nécessaires au désendettement public, d'autre part. La compétitivité est pourtant un concept relatif et les politiques cherchant à l'accroître ne peuvent toutes aboutir simultanément.La fragmentation des dettes conduit ainsi à une autre fragmentation, celle des politiques nationales, au grand dam de l'intérêt général européen. La généralisation de la rigueur réduit les débouchés en Europe, ce qui constitue une bien mauvaise prémisse à l'augmentation des exportations de chaque pays. Certes, l'augmentation de la compétitivité européenne pourrait tailler des croupières aux autres régions du monde, mais celles-ci disposent d'une arme pour en atténuer si ce n'est annuler ses effets : la dépréciation du taux de change.L'augmentation de la production (de l'offre) a besoin de débouchés pour devenir effective. Or, nous étions partis du constat de la déficience de la demande. Ce tête-à-queue des stratégies européennes - lutter contre une insuffisance de la demande par une politique d'austérité aux fins d'augmenter l'offre - est pour le moins énigmatique. Le PIB de la zone euro est encore aujourd'hui inférieur de 1 point à ce qu'il était en 2008. Et que nous réserve l'avenir ? "

    Dans Le Monde

     

    Combien la crise de la zone euro coûte-t-elle de croissance à la zone euro ? , Patrick Artus - Février 2012 - Extrait.

    "La crise de la zone euro vient de la structure institutionnelle de la zone euro : prise dans son ensemble, la zone euro a une situation financière meilleure que celle des Etats-Unis, du Royaume-Uni ou du Japon. Mais l’hétérogénéité et l’absence de fédéralisme dans la zone euro ont fait apparaître la crise des dettes publiques. (...)

    La crise de la zone euro va coûter à la zone euro, d’après nos estimations, presque 1 point de croissance par an entre 2012 et 2014, davantage à long terme avec la perte de croissance potentielle. L’absence de solidarité entre les pays de la zone euro a donc un coût énorme en croissance."

    Natixis

     

     

    Pays en difficulté de la zone euro  est-ce que l’orthodoxie peut marcher ?, Patrick Artus - Septembre 2011. Extrait.

    "Les autorités européennes, la BCE,… préconisent « l’orthodoxie » aux pays en difficulté :

    - réduction rapide des déficits publics ; 

    - compression des coûts salariaux pour améliorer la compétitivité

    - réformes structurelles sur les marchés des biens, du travail.

    Le premier risque est l’effondrement de l’activité si toutes ces politiques sont mises en place simultanément. On sait que les réformes structurelles ont des effets initiaux négatifs sur l’activité (au travers de la réduction des rentes), même si les effets de long terme sont positifs. Normalement, on met en place à court terme un soutien macroéconomique quand on entreprend des réformes structurelles."

    Natixis

     

    L'organisation institutionnelle et les objectifs fondamentaux de la zone euro, Patrick Artus - Septembre 2011. Extrait.

    "Le modèle initial de la zone euro (Union Monétaire sans fédéralisme) rencontre  de grandes difficultés aujourd'hui. Ceci vient de l'ouverture des excédents  extérieurs (de balance courante) dans les pays du Nord de la zone euro et des  déficits extérieurs dans les pays du Sud de la zone euro, lié en partie à l'écartement des coûts salariaux, en partie à la spécialisation productive, largement irréversible, qui se met en place  normalement dans une Union Monétaire : l'industrie s'est concentrée dans le  Nord de la zone euro.(...) 

    Les pays déficitaires, en  l'absence de fédéralisme, ne pouvant plus se financer par endettement, devront faire disparaître le déficit de leur balance courante, qui n'est plus finançable. 

    S'il n'y a pas d'avancée vers le fédéralisme dans la zone euro, les pays  déficitaires (en termes de balance courante) sont donc confrontés à une  contrainte d'équilibre extérieur lorsqu'ils ont saturé leur capacité  d'endettement. 

    Faire disparaître le déficit de la balance courante pour ces pays peut se faire :   

    - Par une forte compression de la demande intérieure (visible aujourd'hui en Espagne, en Grèce)

    - et/ou par une forte amélioration de la compétitivité-coût donc par une forte compression des salaires, qui n'a réellement aujourd'hui lieu qu'en Grèce et à un moindre degré en  Espagne."

    Natixis

     

     

     


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  • Commentaires

    1
    Qui-Dame
    Vendredi 17 Février 2012 à 09:50

    Mon cher Coma81,  votre site me fait penser à une grotte préhistorique,  genre Lascaux ou Chauvet,  ornée de superbes dessins et de sculptures, insoupçonnée aussi bien du grand public que des experts, et sur laquelle on ne peut tomber que par un heureux hasard.  En tout cas,  toutes mes félicitations pour la qualité de votre site qui semble avoir été conçu et réalisé par un vrai professionnel.  Est-ce votre cas?  Cela dit, il me paraît, pour le moment vraiment peu fréquenté, à croire qu'on peut risquer,  en s'y attardant,  de se faire dévaliser.  La prochaine fois,  je  préfère revenir armé :-)

    2
    Coma81 Profil de Coma81
    Vendredi 17 Février 2012 à 14:27

    Ca fait plaisir de lire votre prose par ici. En effet, ceci un site confidentiel, consacré à la crise.  "Professionel", merci pour le compliment, je dirais plutôt archiviste. Ce site est ma mémoire. Dans des époques mouvementées comme la nôtre, il faut faire cet effort de se souvenir de l'état d'esprit dans lequel nous nous trouvions quelques années auparavant. Pour mieux apprécier les retournements de vestes des uns et des autres, peut-être.

    Comme vous l'avez remarqué, je ne fais pas bcp de publicité pour ce site, qui me sert comme outil de travail, pour produire au fur à mesure des articles ou des écrits. C'est là la finalité je crois.

    Pour l'instant j'ai passé dessus un peu de temps en mars dernier, puis en septembre-octobre. Je le reprends depuis deux semaines, après 3 mois d'absence, donc. Pas de quoi fidéliser un public.

    Figurez vous que ce sont les polémiques sur le sites des coulisses qui attisent en moi l'envie d'écrire. Quand je suis à sec d'idée, hop, un petit tour chez quatremer - qui m'exaspère à peu près autant que je dois l'exaspérer,  puis c'est reparti...

     

     

    3
    sumac
    Lundi 30 Avril 2012 à 21:33

    Sympa mais je ne vois nulle part  "La production allemande, c'est la consommation a crédit du sud. c'est ça le modèle européen.Il est mort."

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