• Social-libéralisme : le mot après la chose

    Depuis 1983, la stratégie du Parti Socialiste est celle d'un repositionnement à la fois idéologique : de l'anticapitalisme à l'acceptation de l'économie de marché ( Les étapes de la conversion libérale du Parti Socialiste) - et de sa base électorale : des classes populaires aux classes moyennes diplômées (Le Parti Socialiste, l'eurolibéralisme, et le "bloc bourgeois").

    A travers la désignation de François Hollande par la base électorale socialiste comme candidat, puis sa victoire à l'élection présidentielle, s'est exprimé le désir de rompre avec l'héritage marxiste du "vieux socialisme" et de mettre ainsi fin au hiatus de plus en plus insupportable entre les discours et la pratique gouvernementale. Au fond, tout le monde est soulagé. Certains savourent la victoire de la voie social-libérale, tandis que d'autres, à gauche, se félicite que le masque tombe enfin. 

    Gérard Grunberg, idéologue de la droite du PS, demandait depuis longtemps un "aggiornamento" idéologique en pressant le Parti de devenir "vraiment social-démocrate !", ce qui signifie, si on en croit ce directeur de recherche au CNRS, être dans dans la capacité à passer des "compromis avec le capitalisme". Or la formule est absurde car elle laisse à penser que le Parti socialiste serait toujours marxiste, ce qu'il n'est plus officiellement depuis 1990 et dans les faits depuis la présidence de Mitterrand. La formule est cocasse aussi, quand on sait qu'historiquement la social-démocratie s'est définie comme marxiste et révolutionnaire, au sein de la deuxième internationale ouvrière, et que Lénine lui-même s'en réclamait.

    Mais pour Gérard Grunberg - et les élites plus généralement -, "social-démocratie" est le nom de code pour dire, comme il le précise lui même, "mener une politique de l'offre plutôt qu'une politique de la demande". Sous couvert de rupture avec "l'extrême gauche révolutionnaire", il est en réalité demandé au PS "de rompre avec la stratégie keynésienne de la demande et d’opter clairement pour une stratégie de l’offre que les social-démocraties de l’Europe du nord ont adoptée et appliqué avec un certain succès". Autrement dit, la cible n'est plus le marxisme - déjà vaincu - mais le keynésianisme.

    D'ailleurs, d'autres s'embarrassent moins et appellent un chat un chat. "Enfin le vrai Hollande! "s'exclame Jean-Marie Colombani qui dévoile le pot aux roses en saluant "l'authentique social-démocrate, ou social-libéral comme on voudra".

    Dans Libération, Olivier Duhamel fête lui aussi : "La première victoire du social libéralisme". "Le temps des illusions et des myopies volontaires est fini. Mieux : le gouvernement vient pour la première fois de s’engager sur la voie la plus réaliste, celle du social libéralisme. (...) On dira que c’est un virage et c’en est un. Le PS avait préparé un programme socialiste (sa convention sur l’égalité), François Hollande a mené une campagne sociale-démocrate, le Président opte pour une politique sociale libérale."

    Le Monde n'est pas en reste et met le président en garde contre toute tentation de repli : "Il convient de ne pas s'en laisser dévier par le Front de gauche et les écologistes, et de poursuivre cette politique sociale-libérale. Non, ce n'est pas un gros mot."

    Non content d'avoir la chose, les sociaux-libéraux veulent aussi le mot. Les falsifications sémantiques étaient bon pour le temps où le libéralisme ne pouvait pas encore s'assumer, mais maintenant qu'il triomphe avec François Hollande, autant avancer à visage découvert. Et ce, en dépit de la prudence de Gérard Grunberg qui sait aussi qu'on ne sort de l'ambiguité qu'à son détriment. Un social-libéralisme revendiqué le rend dorénavant plus vulnérable à la critique.

    L'opposition à gauche peut maintenant prendre corps en attaquant de front le social-libéralisme et la politique de l'offre imposée par le cadre européen. Voici deux clips, l'un d'un blogueur, l'autre du front de gauche, qui montrent la virulence grandissante de la contestation :

     

    Blog de nico

     


    2013, rallumons les étoiles par CN-PCF

     

     

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