• Stiglitz vote pour Tsipras

    Joseph Stiglitz est un économiste américain de centre gauche. Il a obtenu le prix nobel d'économie en 2001.  

     

    Europe’s Attack on Greek Democracy - Juin 2015 (Extrait)

    Les dirigeants européens commencent enfin à révéler la vraie nature du conflit au sujet de la dette, et la réponse n'est pas agréable: il est question de pouvoir et de la démocratie beaucoup plus que de l'argent et de l'économie.

    En Janvier, les citoyens de la Grèce ont voté pour un gouvernement engagé à mettre fin à l'austérité. (...) Ce souci de légitimité populaire est incompatible avec la politique de la zone euro, qui n'a jamais été un projet très démocratique. (...) Le modèle économique sous-jacent à la zone euro a été fondé sur des relations de pouvoir qui désavantageaient les travailleurs.

    Et, bien sûr, ce que nous voyons maintenant, 16 ans après que la zone euro ait institutionnalisé ce rapport de force, est l'antithèse de la démocratie: Beaucoup de dirigeants européens veulent voir la fin du gouvernement de gauche du Premier ministre Alexis Tsipras.

    Il est difficile de conseiller Grecs comment voter le 5 Juillet. Aucune de ces solutions - l'approbation ou le rejet du mandat de la troïka - sera facile, et les deux portent des risques énormes. Un vote oui signifierait la dépression presque sans fin. (...)

    En revanche, un vote non ouvrirait la possibilité à la Grèce, avec sa forte tradition démocratique, de reprendre en main son destin. Les grecs aurait la possibilité de se façonner un avenir qui, quoique peut-être pas aussi prospère que la situation passée, sera néanmoins beaucoup plus prometteur que la situation actuelle de torture inadmissible. Quant à moi, je sais comment je voterais.

    Project Syndicate

     

     

     

    Ultime sursis pour l'euro - Juillet 2012. Extrait.

    Tel un condamné à mort qui croit venue sa dernière heure, à la dernière minute l'euro a bénéficié d'une suspension de son exécution. Sa survie a été prolongée. Comme ils l'ont fait à l'issue des quatre précédents sommets de crise européens, les marchés célèbrent l'évènement - jusqu'au moment où ils vont réaliser que les problèmes fondamentaux n'ont pas été traités. (...)

    Cela semble surprendre l'Allemagne. Ses dirigeants refusent d'admettre que la potion est sans effet et veulent en augmenter la dose - jusqu'à ce que le patient succombe. (...)

    La conception de l'euro a été erronée dès l'origine, mais il était clair que les conséquences ne se manifesteraient que lors d'une crise. Politiquement et économiquement sa conception reposait sur les meilleures intentions. Le principe du marché unique était supposé favoriser une distribution efficace du capital et de la main d'œuvre.

    Mais le diable se loge dans les détails. La concurrence en matière de fiscalité fait que le capital ne va pas obligatoirement là où la rentabilité sociale est la plus élevée, mais là où c'est le plus rentable financièrement. Du fait de la subvention implicite au profit des banques, les établissements allemands sont avantagés par rapport à ceux d'autres pays. Les travailleurs risquent de quitter l'Irlande ou la Grèce, non parce que leur productivité est insuffisante, mais parce qu'en faisant ainsi ils peuvent échapper au fardeau de la dette dont la responsabilité incombe à leurs parents. Le mandat de la Banque centrale européenne lui impose de veiller à la stabilité des prix, mais l'inflation est loin d'être le principal problème macroéconomique de l'Europe aujourd'hui. (...)

    Project Syndicate

     

     

    L'austérité n'est pas la solution à la crise européenne- Mai 2012. Extrait.

    Les conséquences de l'austérité à tout prix en Europe se feront sentir à long terme et pourraient être graves. Si l'euro survit, ce sera au prix d'une vague de chômage et d'énormes souffrances, notamment dans les pays en crise. Et il est quasiment certain que la crise va s'étendre. Les pare-feux ne serviront à rien si l'on jette de l'huile sur le feu, ainsi que l'Europe semble vouloir le faire. Il n'existe pas d'exemple d'une économie - et l'Europe est la première économie de la planète - qui ait redémarré grâce à l'austérité.

    C'est ainsi que le bien le plus précieux d'une société, son capital humain, est gaspillé, si ce n'est blessé au coeur. Le chômage des jeunes est à un niveau inacceptable depuis 2008, dans certains pays il approche ou dépasse 50%. Ceux qui ne parviennent pas à trouver un emploi décent deviennent des exclus. Quand ils arrivent finalement à trouver un emploi, c'est pour un salaire de misère. Or normalement la jeunesse est une période durant laquelle les compétences se construisent au lieu de s'atrophier, comme c'est le cas aujourd'hui.

    (...) Les souffrances qui pèsent sur l'Europe, notamment sur ses pauvres et ses jeunes, ne sont pas nécessaires. Heureusement il existe une alternative. Mais traîner des pieds pour y recourir sera très coûteux, le compte à rebours a commencé pour l'Europe.

    Project-Syndicate

     

    Qu’est-ce qui peut sauver l’euro?, Joseph E. Stiglitz,  University Professor at Columbia University, a Nobel laureate in economics - Décembre 2012. Extrait.

    "(...) Des deux côtés de l’Atlantique, les économistes ne discutent plus seulement de la question de la survie de l’euro, mais désormais de la nécessité de faire en sorte que sa disparition engendre le moins de bouleversements possibles.

    (...) Il est intéressant de relever un fil conducteur commun à tous ces cas, ainsi qu’à la crise de 2008 : les secteurs financiers se sont mal comportés, et ne sont parvenus ni à évaluer la solvabilité, ni à jauger le risque, comme ils étaient censés le faire.

    Ces problèmes surviennent quoi qu’il arrive, que l’on parle de l’euro ou non. Mais l’euro a rendu plus difficile la réaction des gouvernements. Et le problème n’est pas seulement que l’euro ait fait disparaître deux outils clés - le taux d’intérêt et le taux de change - sans les remplacer par quoi que soit, ni même que le mandat de la Banque centrale européenne soit axé sur l’inflation alors que les défis actuels ne sont autres que le chômage, la croissance et la stabilité financière. En l’absence d’autorité fiscale commune, le marché unique a ouvert la voie à la concurrence fiscale - une course vers le bas destinée à attirer l’investissement et à booster une production facile à écouler à travers toute l’UE.

    Par ailleurs, la libre mobilité de la main-d’œuvre signifie pour les individus la possibilité de choisir de rembourser ou non les dettes de leurs parents : les jeunes Irlandais n’ont qu’à quitter leur pays pour échapper au remboursement d’obligations de sauvetage bancaire stupides. Bien évidemment, les migrations sont une bonne chose en elles-mêmes, dans la mesure où elles relocalisent la main-d’œuvre là où son rendement est le plus élevé. Mais ce genre de migrations sabote en réalité la productivité.

    Les migrations font bien entendu partie du mécanisme d’ajustement qui permet aux États-Unis de faire fonctionner un marché unique avec une monnaie unique. Plus important encore est le rôle du gouvernement fédéral dans l’aide aux États face au chômage de masse, apportée par allocation des recettes fiscales supplémentaires - la fameuse « union de transfert », si détestée par de nombreux allemands.

    Mais il faut comprendre que les États-Unis sont également prêts à accepter le dépeuplement d’États entiers, lorsque ceux-ci ne sont plus compétitifs. (D’où la plaisanterie selon laquelle les compagnies américaines peuvent se rendre dans ces États pour acheter des sénateurs à un prix plus intéressant.) Mais les pays européens en retard de productivité sont-ils prêts à accepter un solde migratoire négatif ? D’un autre côté, sont-ils prêts à faire face à la douleur d’une dévaluation « interne », démarche qui a échoué avec l’étalon-or et s’apprête à échouer sous le régime de l’euro ? (...)"

    Project Syndicate, 2011

     

     

    L’euro peut-il être sauvé ? Par Joseph Stiglitz, prix nobel d'économie  - Mai 2010. Extrait.

    La crise financière grecque a réellement mis en danger la survie de l’euro. A la création de l’euro, beaucoup se sont inquiétés de sa viabilité à long terme. En période d’expansion, ces inquiétudes furent oubliées. Mais la question de savoir quels ajustements pourraient être utilisés si une partie de la zone euro connaissait un terrible revers restât en suspens (...)

    Les problèmes de l’euro devraient peut-être s’envisager depuis une perspective globale. L’Amérique a dénoncé les excédents de compte courant (commercial) de la Chine ; mais exprimés en pourcentage du PIB, les excédents allemands sont supérieurs. Si l’on considère que l’euro a été conçu de façon à ce que le commerce dans l’ensemble de la zone euro soit globalement équilibré, alors les excédents de l’Allemagne signifient que le reste de l’Europe est en déficit. Et le fait que ses pays importent plus qu’ils n’exportent contribue à affaiblir leur économie. (...)

    Une des solutions proposées est que ces pays développent un mécanisme qui pourrait s’apparenter à une dévaluation – une diminution uniforme des salaires. Je crois que cela n’est pas réalisable et les conséquences distributives seraient inacceptables. Les tensions sociales seraient considérables. C’est de l’ordre du fantasme.

    Il y a une seconde solution : la sortie de l’Allemagne de la zone euro ou la division de la zone euro en deux sous-régions. L’euro a été une expérience intéressante ; mais, tout comme feu le Mécanisme de taux de change européen (MCE) qui l’a précédé, et qui s’est effondré lorsque les spéculateurs s’en sont pris à la Livre Sterling britannique en 1992, elle souffre du manque de soutien institutionnel nécessaire à son bon fonctionnement.

    Il y a aussi une troisième solution, que l’Europe pourrait bien finir par admettre comme étant peut-être la plus prometteuse : engager les réformes institutionnelles fondamentales, y compris un cadre fiscal nécessaire, celle-là mêmes qui auraient du être pensées et mises en place lors du lancement de l’euro.

    Il est encore temps pour l’Europe d’engager ces réformes et donc d’être à la hauteur de l’idéal de solidarité sur lequel fut basé la création de l’euro. Mais si l’Europe n’y parvient pas, alors peut-être vaudra-t-il mieux admettre l’échec et passer à autre chose plutôt que de payer le prix cher du chômage et de la souffrance humaine au nom d’un modèle économique défectueux.

    Project Syndicate


    « Vie et mort des unions monétaires - Le FigaroTsipras, pour en finir avec l'européisme »

    Tags Tags :
  • Commentaires

    1
    BA
    Lundi 29 Juin 2015 à 21:04

     

    Mais pourquoi ces tentatives désespérées pour tenter d’empêcher l’éclatement de la zone euro ?

     



     

    Hein ?

     



     

    Pourquoi ?

     



     

    Depuis 1918, il y a eu 67 créations d’union monétaire. Et à chaque fois, l’union monétaire a fini par éclater.

     



     

    67 tentatives … et au final 67 explosions.

     



     

    Alors oui, la zone euro va éclater.

     

    Oui, chaque nation européenne va retourner à sa monnaie nationale.

     

    Oui, dès sa naissance, la zone euro était destinée à éclater.

     

    On va pas en faire tout un drame (grec).

     



     

    L’économiste danois Jens Nordvig a répertorié qu’entre 1918 et 2012 quelque 67 unions monétaires ont volé en éclat. Toutes les tentatives d’États indépendants de constituer une monnaie commune unique ont fini par échouer. On ne connaît pas de contre-exemple.

     

     

     

    http://www.lefigaro.fr/vox/economie/2015/06/29/31007-20150629ARTFIG00142-referendum-grec-vie-et-mort-des-unions-monetaires.php

     

    2
    BA
    Lundi 29 Juin 2015 à 21:54

     

    Historique.

     

     

     

    C'est un moment historique, ce soir.

     

     

     

    Lundi 29 juin 2015, à 18 heures 20, la Grèce se déclare en défaut de paiement.

     

     

     

    Lisez cet article :

     

     

     

    18h20 : La Grèce ne remboursera pas le FMI mardi.

     



     

    La Grèce ne remboursera pas l’échéance de 1,6 milliard d’euros qu’elle doit au Fonds monétaire international mardi, a annoncé lundi un responsable du gouvernement grec.

     


    http://www.lesechos.fr/monde/europe/021173479300-en-direct-grece-la-porte-reste-ouverte-assure-le-patron-de-leurogroupe-1132804.php

     

     

     

    3
    redstar
    Mardi 30 Juin 2015 à 10:56

    La seule union monétaire qui a marché dans l'histoire, ça a été celui des 13 états-membres des Etats-Unis à la fin de 18 ème siècle. Et ce n'était pas chose facile, et a, même à cette époque, requis le financement au niveau fédérale (càd centrale) d'une dette collective. Et, les programmes sociales/stabilisateurs automatiques économiques tel que la sécurité sociale, le chômage et l’assurance vieillesse ? Tous sont assumés par le pouvoir central, et non pas les états, pour le bonne et simple raison (et Alexander Hamilton, celui qui figure sur les 10piastres US l’a vu très clairement à l’époque) qu’une union sans cette centralisation ne pourra pas fonctionner.


    Effondre d’une bulle spéculative immobilière en Arizona, en Californie ou en Floride qui plombe mécaniquement les recettes fiscales de ces états ? Certes difficile à encaisser, mais nul besoin de toucher aux droits au chômage, au système de santé public ou aux pensions des vieux, car tout ça, c’est couvert par Washington, et si ce n’était pas le cas, le dollar n’aurait pas pour longtemps.  


    L’euro est un mort vivant. Il n’était pas conçu pour faire face aux chocs que le capitalisme occasionne de façon régulier et sans quoi il ne cesserait d’être un moteur puissant d’une économie (et, il y a bien sûr d’autres modèles). Mais une monnaie est une partie profondément centrale de toute organisation économique. Et les élites européennes ont perdu le sens de leur logique libérale : ils s’accrochent à cette modèle économique, et c’est leur droit même si on n’est pas d’accord, au fond, mais en s’accrochant aussi à une monnaie qui ne permet pas de gérer les chocs inévitables qui en résultent, ils causent  beaucoup de dégâts, comme on voit bien dans le cas extrême de la Grèce mais qu’on voit un peu partout en Europe.


    Mais, on le voit encore mieux en Italie, qui a été le premier pays à adopter l’austérité avec l’adoption de l’Euro. Et, peu de gens le savent, mais l’Italie a un excédent budgétaire primaire plus fort que l’Allemagne, et ce depuis plus d’une décennie. L’Italie n’a aussi cessé de rétrécir économiquement, depuis, avec un PIB par tête en PPP plus petit aujourd’hui qu’en 2000). S’il y a un pays qui démontre que, même sans crises inévitables de capitalisme, l’Euro ne fonctionne pas, c’est l’Italie. Et puis il y a les histoires qu’on connait bien, sur l’Espagne, sur le Portugal, et quelques-uns qu’on connaît moins bien, comme les problèmes économiques en Finlande et au Pays-Bas.  Et, bien sûr, en France.


     


    Ce n’est qu’une question de temps. Mais, comme tout évènement désastreux, plus on résiste à la conclusion logique en agissant d’une façon dilatoire afin d’essayer d’éviter l’inévitable, plus les conséquences d’une résolution seront douloureuses.

    4
    redstar
    Mardi 30 Juin 2015 à 11:06

    Tout ça pour dire que les tendances socio-démocrates et socio-libérales du PS, qui nous ont fait avec l'Euro leurs legs, ont vraiment fait preuve d’une incompétence économique de premier ordre. Dire « oui » à une idée tiède du socialisme de par l’Euro et de par l’Europe (ce fameux « europe sociale » dont parlait Mitterrand mais qui n’existe que dans la tête des cadres du PS et d’EELV), mais en disant aussi « oui » à la loi du marché, est vraiment pire que la loi sauvage du marché à l’américaine.

    Mieux vaut, à terme, Alain Madelin que François Hollande.

     

    Et on ne le dit jamais assez.

    5
    BA
    Mardi 30 Juin 2015 à 13:31

     

    Mardi 30 juin, vers 13 heures 15 :

     

     

     

    ALERTE - Grèce : Varoufakis confirme que la Grèce ne paiera pas mardi son échéance de 1,5 milliard d'euros au FMI.

     



     

    http://www.romandie.com/news/ALERTE--Grece--Varoufakis-confirme-que-la-Grece-ne-paiera-pas-mardi-son-/607694.rom

     



     

    Bon, la Grèce se déclare en défaut de paiement.

     



     

    La Grèce, c'est fait.

     



     

    Après, ce sera le tour de l'Italie.

     

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :