• Restructuration de la dette Grecque : soupçon de corruption à la BCE

    Deux articles édifiants, mettant en doute la probité de la BCE et de ses dirigeants dans les négociations portant sur la restructuration de la dette grecque, viennent de paraître ces jours-ci.

    Joseph Stiglitz, tout d'abord, s'est demandé pour quelle raison étrange la BCE apportait son appui à une restructuration "volontaire" de la dette grecque, comme si elle cherchait à éviter à tout prix l'officialisation du défaut partiel, lequel aurait pour effet de déclencher l'activation des CDS (assurances sur crédit). Les banques qui avaient eu la prudence de s'assurer contre risque de défaut se trouvent lésées et sont d'autant plus réticentes à céder sur les négociations avec l'Etat grec. Ecartant l'argument selon lequel le risque systémique serait plus important en cas de défaut officiel, Joseph Stiglitz tire la conclusion suivante : "En réalité la BCE fait probablement passer l'intérêt des quelques banques qui ont émis des CDS (assurance contre le risque de défaillance d'un crédit) avant celui de la Grèce, des contribuables européens et des prêteurs qui ont agi prudemment en s'assurant (...) Ainsi qu'on le voit ailleurs, les institutions qui n'ont pas à rendre des comptes de manière démocratique peuvent être la proie d'intérêts particuliers."

    Le lecteur, qui vient d'apprendre que la BCE ne protégeait ni l'intérêt des Européens, ni même celui des banques en général, n'en saura pas plus quant aux "intérêts particuliers en question". Mais quelles sont donc ces mystérieuses banques, émettrices d'assurances sur défaut, qui semblent être l'objet de toutes les attentions ? "Goldman–Sachs ou Merril–Lynch" répond Arnaud Parienty, professeur d'économie. Cela lui fait se demander sans détour, sur le site d'Alternatives Economiques : "Doit-on lier son insistance étonnante à ce que la restructuration de la dette grecque soit volontaire à la carrière au sein de Goldman Sachs de Mario Draghi ( le président de la BCE) ? ".

    Ce qui est troublant dans cette histoire, c'est que les accusations extrêment graves portées par ces deux auteurs, en particulier par le prix Nobel d'économie, dont l'audience est mondiale, n'aient été relayées par aucun média (à ma connaissance) ni suscité de réactions chez leurs collègues ou dans le monde politique.

    Voir les 2 articles ci dessous.

     

     

    Main basse sur la BCE ?, Joseph Stiglitz est prix Nobel d'économie - Février 2012. Extrait.

    "Rien n'illustre mieux les divergences politiques, la présence d'intérêts particuliers et les considérations économiques à court terme à l'œuvre en Europe que le débat sur la restructuration de la dette souveraine de la Grèce. (...)

    La position de la BCE est curieuse. On aurait pu supposer que face au risque de défaut sur leurs obligations, les banques achètent une assurance. Dans ce cas, un régulateur qui prend en compte la stabilité systémique veille en principe à ce que l'assureur paye en cas de perte. Pourtant la BCE veut que les banques perdent plus de 50% sur les obligations qu'elles détiennent, sans être dédommagées. (...)

    En réalité la BCE fait probablement passer l'intérêt des quelques banques qui ont émis des CDS (assurance contre le risque de défaillance d'un crédit) avant celui de la Grèce, des contribuables européens et des prêteurs qui ont agi prudemment en s'assurant.

    Enfin, dernière étrangeté, l'opposition de la BCE à une gouvernance démocratique. C'est un comité secret de l'Association internationale des swaps et dérivés, une organisation professionnelle, qui décide si un incident de crédit a bien eu lieu. Or les membres de cette association ont un intérêt personnel dans ce type de décision. Selon la presse, certains d'entre eux utiliseraient leur position pour défendre une attitude plus accommodante au cours des négociations. Il paraît inconcevable que la BCE délègue à un comité secret d'acteurs du marché en situation de conflit d'intérêts le droit de décider ce qu'est une restructuration acceptable.

    Le comportement de la BCE n'est pas surprenant. Ainsi qu'on le voit ailleurs, les institutions qui n'ont pas à rendre des comptes de manière démocratique peuvent être la proie d'intérêts particuliers. C'était vrai avant 2008. Malheureusement pour l'Europe et pour l'économie mondiale, le problème n'a pas été résolu depuis.

    Pourquoi la restructuration de la dette grecque est-elle si difficile ?, Arnaud Parienty - Février 2012. Extrait.

    "(...) Les banquiers qui ont prêté à la Grèce ont généralement assuré ces prêts en achetant des CDS (credit default swaps) à des assureurs ou à des banques d’investissement telles que Goldman–Sachs ou Merril–Lynch. Le paiement des acheteurs de CDS est déclenché lorsque surviennent des « événements de crédit » tels qu’une faillite. Mais une restructuration volontaire n’est pas jugée comme étant un événement de crédit, elle ne déclenche pas le paiement par les banquiers des compensations auxquelles auraient droit les acheteurs de CDS en cas de restructuration imposée. (...)

    Pour comprendre l’enjeu de cette question, il faut savoir que les vendeurs de CDS, contrairement aux pratiques raisonnables d’un assureur ordinaire, ne mettent pas de côté de provisions destinées à couvrir le risque de sinistre. Ils sont censés utiliser leur capital pour cela ! C’est la raison pour laquelle la crise de 2008 a entraîné la quasi faillite du plus gros assureur américain, AIG, sauvé par le gouvernement fédéral pour un prix astronomique (probablement de l’ordre de 200 milliards de dollars). (...)

    La BCE pèse évidemment d’un poids considérable dans les négociations. Doit-on lier son insistance étonnante à ce que la restructuration de la dette grecque soit volontaire à la carrière au sein de Goldman Sachs de Mario Draghi ? En tout cas, la position de la BCE est difficilement acceptable.

    Sur son blog

    « Revue de presse II : sur le néolibéralismeLa renaissance de l'État-nation, par Dani Rodrick »

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  • Commentaires

    1
    le vengeur
    Lundi 13 Février 2012 à 17:50

    Si j'ai bien compris, Mario Draghi, ex de Goldman-Sachs et patron de la BCE, fait tout pour que les fameux CDS ne soit pas déclenchés pour couvrir ses amis banquiers et assureurs pour que ceux-ci ne soit pas obligés de payer les primes d'assurances liés  au défaut de paiement, on peut penser que Goldman-Sachs est mouillée dans les CDS et devrait débourser des milliards d'euros en assurance pour couvrir les pertes des banques impactées ayant souscrits au CDS pour la crise Grec.

    Je sais pas si j'ai bien résumé ce binz, donc Draghi joue contre les européens pour le bénéfice de ses ex-employeurs US, peux-tu me dire si j'ai raison.

    2
    Coma81 Profil de Coma81
    Lundi 13 Février 2012 à 18:20

    Parfaitement bien résumé. C'est la conclusion que tire à mi-mots stiglitz, et très clairement Parienty, qui se demandent tous les deux pourquoi la BCE met-elle tant d'insistance à ce que la restructuration soit volontaire. 

    La question que le me pose est pourquoi personne ne relaie de si graves accusations

     

    3
    le vengeur
    Lundi 13 Février 2012 à 19:30

    C'est certain que le sieur Draghi mérite au moins d'être viré,voir même un petit séjour a l'ombre pour malversations financiéres.

    4
    caroline porteu
    Mardi 14 Février 2012 à 14:26

    SI cela vous intéresse :

    C'est curieux cette rapidité à vouloir faire passer un texte qui donne l'immunité judiciaire totale !!!!

    http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-caroline-porteu/130212/mes-et-regle-dor-la-tentation-totalitaire

    5
    Coma81 Profil de Coma81
    Mardi 14 Février 2012 à 23:46

    Vous avez été près de 600 personnes à lire cet article sur le site. L'information a été relayée par des internautes (merci au mystérieux BA).

    Finalement la presse officielle c'est emparée de l'info aujourd'hui, mardi 14 février, soit 7 jours après la parution de l'article de Stiglitz :  "défaut de la Grèce : Stiglitz accuse la BCE", La Tribune.

    "la BCE tente peut-être de de protéger les banques qui ont émis les contrats d'assurance et qui sont donc censéedevoir dédomager les acheteurs de contrat. Si c'est le cas, ce serait relativement grave."

     

     

    6
    le vengeur
    Mercredi 15 Février 2012 à 02:12

    Que ton article soit reprit par un média national me parait très important, j'ai moi même fait un lien sur le site alternatives économiques le lundi 13.

    http://www.alternatives-economiques.fr/index.php?lg=fr&controller=article&action=html&id_article=57999&id_parution=633

    7
    Coma81 Profil de Coma81
    Mercredi 15 Février 2012 à 12:48

    Merci. Il s'agit quand même d'une décision - de la part de la BCE - à 150 milliards. Il faudrait quand même que cette institution soit plus transparente et plus démocratique. Au risque de voir enfler les soupçons de conflits d'intéret...

    Quant au fond de l'affaire, paul jorion vient de publier un post sur son site : "M.Stiglitz n'est pas au courant" pour expliquer que, non, les assurances financières (CDS) ne sont pas un mécanisme stabilisateur, mais au contraire, font peser un risque systèmique sur la finance mondiale. Il n'est donc pas exclut que la position de Draghi soit sincère.

    Il n'empêche que cette décision d'une restructuration volontaire est scandaleuse et nous emmène plus loin dans ce socialisme pour les riches, où, au nom du pragmatisme, les pouvoirs publiques se couchent devant l'intéret des financiers, lesquels prennent en otage la collectivité. Nous allons dans le mur.

    Il faudrait mettre un terme à tout cela par une action forte de nationalisation intégrale sur secteur bancaire.

     

    8
    TZYACK
    Jeudi 16 Février 2012 à 16:59

    Ce qui explique pourquoi Goldman Sachs est en train d'organiser en toute hâte sa faillite afin d'éviter la Banqueroute.

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