• La fin de la partie grecque - Jeffrey D. Sachs, Professor at Columbia University
    Les conditions en Grèce aujourd'hui rappellent celles qui prévalaient dans l'Allemagne de 1933.(...)
    il y a quelque chose que l'UE devrait craindre : la misère au sein de ses frontières et les conséquences pernicieuses pour la politique et la société du continent. (...)
    Malheureusement, le continent reste divisé selon des lignes tribales. Allemands, Finlandais, Slovaques et Hollandais – entre autres – n’ont cure de la souffrance des Grecs. Leurs dirigeants politiques se soucient de leur circonscription, pas véritablement de l'Europe.
    Plutôt que d'affronter les obstacles politiques, les dirigeants européens se cachent derrière une montagne de rhétorique pieuse et absurde (...)
    Il y a près d'un siècle, à la fin de la Première Guerre mondiale, John Maynard Keynes a offert un avertissement qui détient une grande pertinence aujourd'hui. Alors, comme aujourd'hui, les pays créanciers (principalement les États-Unis) exigeaient que les pays profondément endettés honorent leurs dettes. Keynes savait qu'une tragédie se préparait.« Les peuples mécontents d'Europe voudront-ils arranger leur existence pour toute une génération, pour qu’une part appréciable de leur production quotidienne serve à assurer à l'étranger des paiements ? », demanda-t-il dans Les Conséquences économiques de la paix. « Bref, je ne pense pas qu'aucun des tributs  en question soient payés, ou tout au moins plus de quelques années. »(...)
    Le gouvernement grec a raison de mettre des limites. Il a une responsabilité envers ses citoyens. Le véritable choix, après tout, n’est pas dans le camp de la Grèce, mais de l'Europe.
     
     

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  • (Article fondamental que la gauche radicale devrait méditer...)

    Tsipras-Mélenchon ou Tsipras-De Gaulle ? - Blog Descartes. Extrait.

    Dans cette affaire, on prend un peu trop facilement une position manichéenne et moralisante. D’un côté, la souffrance du peuple grec qui souffre, de l’autre, la cruauté des « institutions » européennes. D’un côté, la légitimité démocratique, de l’autre, la froideur technocratique. Le « gentil » Tsipras contre la « méchante » Merkel. Mais cette vision moralisante est erronée. Alexis Tsipras a été élu pour défendre les intérêts du peuple grec, et il s’honore à le faire. Mais Angela Merkel a été, elle aussi, élue pour défendre les intérêts de son pays. (...)

    Cette crise vient nous rappeler une réalité : le conflit ne se joue pas entre la Grèce et « l’Europe ». Tout simplement parce que « l’Europe » n’existe pas. Il n’y a pas de « peuple européen » pour investir Juncker ou Tusk d’un véritable mandat pour défendre ses intérêts, mandat qui leur permettrait de négocier d’égal à égal avec Tsipras. La légitimité, la vraie, celle qui vient d’une délégation explicitement consentie par les peuples souverains, ce sont les chefs d’Etat et de gouvernement qui la détiennent. Ce sont eux qui, in fine, prennent les décisions. Ce sont eux qui en dernière instance détiennent le pouvoir de refuser les ordres de la bureaucratie bruxelloise, de dénoncer les traités, de quitter l’Euro ou même l’Union européenne. (...)

    Tsipras vient de démontrer avec panache que dans l’ordre de la légitimité, son gouvernement est au dessus de n’importe quelle institution européenne. (...)

    La recherche des coupables ne sert à rien. L’affaire grecque n’est pas la lutte du bien contre le mal, du gentil contre le méchant. C’est un conflit entre des intérêts d’Etat. Et dans ce type de conflit, la question n’est pas celle de savoir qui a raison, mais qu’est ce qu’on fait. L’argent prêté par les allemands est parti, il a été dépensé. Qu’il ait été bien dépensé ou mal dépensé ne change rien au fait : les grecs n’ont pas les moyens de rembourser sans faire d’énormes sacrifices, et le fait qu’ils aient moralement tort ne change absolument rien. Mais voilà : Tsipras et Merkel ont chacun reçu un mandat, et ces mandats sont contradictoires. Tsipras ne peut pas revenir à Athènes et expliquer au Voulé qu’il a accepté un nouveau plan d’austérité, et Merkel ne peut revenir à Berlin et expliquer au Bundestag qu’elle a consenti à la spoliation des retraités allemands.


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  • Joseph Stiglitz est un économiste américain de centre gauche. Il a obtenu le prix nobel d'économie en 2001.  

     

    Europe’s Attack on Greek Democracy - Juin 2015 (Extrait)

    Les dirigeants européens commencent enfin à révéler la vraie nature du conflit au sujet de la dette, et la réponse n'est pas agréable: il est question de pouvoir et de la démocratie beaucoup plus que de l'argent et de l'économie.

    En Janvier, les citoyens de la Grèce ont voté pour un gouvernement engagé à mettre fin à l'austérité. (...) Ce souci de légitimité populaire est incompatible avec la politique de la zone euro, qui n'a jamais été un projet très démocratique. (...) Le modèle économique sous-jacent à la zone euro a été fondé sur des relations de pouvoir qui désavantageaient les travailleurs.

    Et, bien sûr, ce que nous voyons maintenant, 16 ans après que la zone euro ait institutionnalisé ce rapport de force, est l'antithèse de la démocratie: Beaucoup de dirigeants européens veulent voir la fin du gouvernement de gauche du Premier ministre Alexis Tsipras.

    Il est difficile de conseiller Grecs comment voter le 5 Juillet. Aucune de ces solutions - l'approbation ou le rejet du mandat de la troïka - sera facile, et les deux portent des risques énormes. Un vote oui signifierait la dépression presque sans fin. (...)

    En revanche, un vote non ouvrirait la possibilité à la Grèce, avec sa forte tradition démocratique, de reprendre en main son destin. Les grecs aurait la possibilité de se façonner un avenir qui, quoique peut-être pas aussi prospère que la situation passée, sera néanmoins beaucoup plus prometteur que la situation actuelle de torture inadmissible. Quant à moi, je sais comment je voterais.

    Project Syndicate

     

     

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