• Gardons le sourire, Par Régis Debray - Le Monde

    Les idéaux sont de libre parcours, et les vocables qui chantent plus qu’ils ne parlent échappent à la propriété industrielle. On ne criera pas au voleur pour le détournement de « République ». L’antiphrase est reine au forum. « Démocraties populaires » désignait des despotismes bureaucratiques, « national-socialisme » une barbarie impérialiste. Le « Front républicain » de Guy Mollet a intronisé la torture dans la République, et un premier ministre socialiste déclarait récemment sa flamme à l’entreprise capitaliste. En matière d’appellation non contrôlée, le contemporain est blasé. Les farces et attrapes de l’habillage égayent une époque par ailleurs assez triste.

    En rebaptisant son parti « Les Républicains », l’exorbitant du monopole mis à part, M. Sarkozy reste dans les plis. Veut-il nous faire savoir que ses partisans ne sont ni monarchistes, ni fascistes, ni anarchistes ? On n’avait pas d’inquiétude là-dessus. Ou encore, que les hérauts de la finance et de la com’, comme ceux du seigle et de la luzerne hier, se rallient, tout bien pesé, à cette forme insolite de gouvernement ? Ce n’est pas une nouvelle.

    Depuis Adolphe Thiers et Albert de Mun, le républicain minimaliste fait partie des bagages de la France. Le tardif débarbouillage signale tout bonnement un artiste politique de talent, qui entend priver ses adversaires de gauche d’un blason ancestral leur permettant, pour sauver les meubles, d’exciper de « la discipline républicaine » en cas de malheur au premier tour. Business as usual. La manip’ ne serait que facétieuse si elle ne touchait, dans le cas d’espèce, au scabreux.

    Le citoyen, cosouverain

    Marianne est laïque. Elle ne met pas l’instituteur au-dessous du curé. Elle est indivisible. Ne reconnaissant pas les communautés comme corps intermédiaires ni comme sujets de droit, elle n’admet pas qu’on ait pu nommer « un préfet musulman », ni installer la coutume du chef de l’Etat assistant au dîner du CRIF. Sociale, elle réunit ses amis plutôt à Belleville qu’au Fouquet’s, et trouve ses sources d’inspiration plutôt chez Péguy et Marc Bloch que chez Johnny et BHL. Fraternelle, elle accueille les demandeurs d’asile, ne rive pas l’identité aux origines et en tient pour le droit du sol. Elle a encore pour langue le français, que la princesse de Clèves partage avec Louis Aragon, non le franglais des avocats d’affaires et des spin doctors.

    Faisant du citoyen un cosouverain, elle suppose la souveraineté du peuple, laquelle exige l’autonomie de la nation, son cadre d’expression. D’où vient qu’une subordination à une organisation politico-militaire sous commande impériale comme l’OTAN lui semble contre-nature. Mettant enfin le jugement personnel au-dessus de l’avis collectif, le sondage n’est pas sa boussole. Elle tient que l’instruction publique a pour finalité l’indépendance de l’esprit autant que l’insertion professionnelle. Bref, sauf à en faire un habit de papier, la République a des exigences, qu’elle a héritées de sa source historique, la Révolution française, et qui ne sont guère mainstream (parlons moderne).

    Cela dit, l’hommage du vice à la vertu, il nous arrive à tous de le pratiquer. C’est monnaie courante. Un ami de M. George Bush, qui, en bon néoconservateur, a jadis fait siens les aveuglements guerriers du leader d’outre-Atlantique, parfaitement insensés et toujours catastrophiques, a bien le droit, après quelques mécomptes, d’abandonner à mi-course la voie américaine pour l’austère voie romaine, fût-elle tempérée par un orléanisme pragmatique. C’est plus que méritoire.

    Le changement de pied a de grands exemples : Paul de Tarse sur le chemin de Damas, ou Charles Quint se retirant au monastère de Yuste pour y battre sa coulpe. N’écartons pas la possibilité du sublime. Montherlant a toute sa place au théâtre français. Offenbach aussi. Conversion ou pirouette ? Coup de foudre ou coup de pub ? Les deux sont autorisés. Jusqu’à plus ample informé, le candide penchera pour l’option opérette. Keep smiling.

    Source : Le Monde

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  • "Il est temps de révéler au public grec et à l’opinion publique internationale les faits qui mettent en évidence la guerre sans merci qui est menée contre ce gouvernement."

    "La peur du Grexit ne doit plus nous paralyser."

    "C’est le moment de riposter."

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