• De la crise économique à la crise politique, Par Coma81 - 4 Novembre 2011

    Lundi 31 octobre au soir, la crise de l'euro a franchi un nouveau cap avec l'annonce, par le premier ministre grec, de la décision de soumettre à référendum le plan européen - on n'ose plus dire "de sauvetage" - négocié quatre jours auparavant. Qu'il fasse marche arrière ne change rien. Il a ouvert la boite de pandore de la démocratie en posant la question de la légitimité de la technocratie européenne. Le politique entre en scène, après un an et demi de soumission aux logiques économiques imposées de l'extérieur par la troïka. Jusqu'à présent, ce pays était un champ privilégié d'expérimentation de la politique de déflation salariale dont on sait pourtant le désastre qu'elle a provoqué lors de la dernière grande crise économique, celle de 1929.


    On a les hommes politiques qu'on mérite

    Le geste de Georges Papandréou met un terme à l'attitude d'acceptation résignée envers les mesures d'austérité infligées à son pays, qui, rappelons le, sont d'une violence inouie. Mais pourquoi le premier ministre a-t-il tant tardé, et surtout pourquoi n'a t-il pas su négocier, lors des précédents plans de sauvetages, des conditions plus favorables pour la Grèce ? Sa servilité à l'égard de la troïka a contribué à discréditer totalement un gouvernement qui a pourtant été élu triomphalement il n'y a pas si longtemps.

    Si la classe politique dans son ensemble est si faible face à l'Europe, c'est parce que le pays a profité allègrement des conditions d'emprunts favorables que permet l'appartenance à la zone euro. La Grèce a été, comme d'autres, Portugal, Irlande, Espagne, mais aussi la France, victime du mirage de l'Euro.  Le réveil est brutal pour ce pays qui est condamné à voir son niveau de vie s'ajuster à la réalité de son économie, sans cette fois-ci de recours possible à l'endettement extérieur.

    Mais la société grecque est elle-même largement responsable du marasme actuel, la majorité de la population bénéficiant, pendant des années d'insouciance collective, des largesses d'un Etat corrompu et endetté. Comme l'exprime très bien Jacques Delpla, économiste français, "l'Etat grec a un niveau de dépenses digne des social-démocraties nordiques, mais des recettes fiscales américaines". La Grèce est à l'image de nos sociétés occidentales où règne depuis 30 ans le consensus "néo-libéral", ce régime de corruption généralisée dans lequel les riches s'exonèrent de l'impôt et remplissent les coffres des banques Suisses tandis que  les gouvernants achètent la paix sociale en ruinant l'Etat.

     

    Des plans de sauvetage pour les banques

    Mais le véritable malheur des Grecs est que cette crise n'est pas seulement la leur, elle concerne la zone euro dans son ensemble. Jusqu'à présent, les plans de sauvetages ont tous été guidés par un impératif : sauver l'euro. Les commentateurs ont multiplié les discours sur "les courageuses mais nécessaires mesures" que la Grèce doit accepter, exhortant la population au sacrifice. Le but est d'éviter à tout prix la faillite de l'Etat, qui serait, à en croire nombre d'économistes, un évènement plus grave encore que celle de Lehman Brothers, banque qui a été à l'origine de la panique financière de l'automne 2008.

    En un an, le déficit budgétaire a été réduit de moitié, passant de 15% à 7% du PIB, cette politique économique procyclique alimentant la spirale récessioniste. Les coupes budgétaires, et les hausses d'impôts sont vécues comme injustes et on se demande de plus en plus en Grèce, si le moyen le plus efficace de mettre à contribution les riches, n'est pas de faire défaut sur la dette publique, dont ceux-ci détiennent une bonne part.

    Mais, évoquée dès le début de la crise grecque en février 2010 par la chancelière allemande, la solution du défaut organisé a été écartée catégoriquement par la France, soucieuse de préserver l'intérêt de ses banques, largement exposées. De son côté, Angela Merkel est réticente à impliquer davantage la BCE dont une intervention serait un pas fait dans la direction de la mutualisation des  dettes. Or l'Allemagne refuse de se laisser embarquer dans une union de transfert, dont elle serait la seule véritablement à supporter la charge. 

    Faute d'accord entre les deux partenaires, les gouvernements ont cherché à gagner du temps. Des "prêts" sont timidement accordés à la Grèce, via une structure, le FESF, alimentée par les membres de l'eurozone, mais les montants sont insuffisants pour la tirer d'affaire. Si les allemands répugnent à fournir l'effort nécessaire c'est parce qu'ils savent qu'étant donné la situation d'insolvabilité du pays - la dette a été officiellement reconnue "hors de contrôle" par un organisme indépendant - ces prêts risquent de n'être jamais remboursés.

    La France, qui, dans cette affaire, représente l'intérêt des banques, et l'Allemagne, soucieuse, elle, de préserver l'intérêt du contribuable allemand (et européen), n'arrivant pas à se mettre d'accord, le coût de la crise est entièrement supporté par la population grecque. En contrepartie des prêts, la troïka impose des programmes d'austérité dont l'effet est dévastateur pour l'économie du pays. La récession rend illusoire les chances de pouvoir rembourser la dette et  impossible toute amélioration pour la population grecque, laissée sans aucunes perspectives.

    Ainsi dure et s'amplifie, depuis un an et demi, la crise de l'euro sans que les responsables européens ne réussissent à apporter de réponse crédible permettant d'enrayer la contagion à toute la zone. Le statut quo n'a pas tenu jusqu'aux élections présidentielles en france, comme l'avait espéré un temps, tant le gouvernement que l'opposition. La crise a repris en juillet sans que l'accord du 21 juillet, ni celui du 27 octobre ne réussissent à rassurer les marchés financiers en ce qui concerne la solvabilité des banques et des Etats européens.

    Parmi les élites françaises, la panique se propage comme une forte fièvre, et on lit ici et là dans la presse les propos délirants d'éditorialistes, de responsables politiques, d'économistes, appelant tous à un "fédéralisme". Or, le fédéralisme, c'est à dire une union de transfert, payée en retour par la perte de souveraineté des pays périphériques, au bénéfice de ceux du coeur industriel et financier, est, pour le dire pudiquement, un changement de nature important de notre modèle de démocratie, qui a toutes les chances d'être refusé par les peuples. Jean Pierre Jouyet (soutien de François Hollande) a donné le ton en souhaitant explicitement la "mise sous tutelle" de la Grèce. Quoi qu'il en soit, cette usine à gaz institutionnelle n'est pas un réponse réaliste en rapport à l'urgence de la situation de l'Etat Grec, qui, faute d'argent frais, est en situation de  cessation de paiement.

    Finalement, le gouvernement français a dû accepter le principe du défaut sur une partie de la dette, ce qui a donné lieu à cette scène surréaliste, où, dans la nuit du 26 octobre, Nicolas, soutenu par Angela a dû aller expliquer aux banques qu'elles allaient devoir faire quelques concessions sur leurs titres grecs. Petit bras, les deux chefs d'état n'ont pu obtenir que 50% de remise. Mais les tergiversations de Papandréou, sur fond de révolte populaire, change la donne.


    Le carcan de l'euro

    D'un côté, les dirigeants européens, paniqués par la crise de l'euro qui menace des prendre des allures d'apocalypse, imposent à la Grèce des politiques d'austérités toujours plus sévères pour rassurer les marchés. De l'autre, le climat politique devient délétère, au point que les députés hésitent de plus en plus à se montrer en public, redoutant d'être insultés et pris à parti par une population à bout. Le premier minitre et sa majorité font l'amer expérience qu'il est impossible de concilier crédibilité à l'égard des marchés, et légitimité aux yeux de leurs électeurs. En déclarant son intention de  vouloir consulter le peuple, Papandréou siffle la fin de la partie. Rejeté par tous, il n'a plus rien à perdre à exprimer son refus d'être aux ordres exclusifs de ses partenaires et créanciers.

    Mais ce que le peuple grec va comprendre, certainement plus vite que ses élites, c'est que le véritable problème de la Grèce, ce n'est pas la dette, mais c'est l'euro. Cette monnaie trop forte, inadaptée à son économie plombe sa compétitivité et est à l'origine de l'endettement du pays. Autrement dit, la dette publique n'est qu'un symptome du mal monétaire.

    De quoi sera fait l'avenir ? La brutalité de la réaction de "Merkozy" n'est pas rassurante, le couple franco-allemand exerçant sur la Grèce, un chantage odieux. En faisant peser la menace d'une exclusion, non seulement de l'euro, mais aussi de l'UE, il pense écarter définitivement tout risque de désobéissance des grecs, lesquels restent attachés au projet européens. Or une résolution "à l'argentine" (répudiation de la dette, nationalisation bancaire, contrôle des capitaux, sortie de l'euro) est la seule en mesure de redonner une perspective d'avenir au peuple grec...à condition que la transition soit menée en coopération étroite avec l'UE et le fond monétaire international. Sans compter qu'une sortie unilatérale de l'euro, si elle a pour effet de mettre la Grèce au banc des nations européennes, la laisserait démunie face à la Turquie, sa rivale de toujours.

    Nul doute que la contestation en Grèce va prendre de l'ampleur, nul doute non plus qu'elle trouve un écho chez les peuples du sud, déjà touchés par l'austérité, ou en passe de l'être (la France), à mesure que la crise de l'euro se propage.  Il faut espérer que les gouvernants soient rappelés à leur responsabilité de préserver l'économie de la dépression, de résorber le chômage, de mieux répartir la richesse. Alors, dans le cadre d'une refonte du système monétaire européen, les conditions d'une sortie négociée seront peut-être réunies.

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