• Entre deux écueils, l'austérité et le fédéralisme, que faire ? Coma81

    Pour paraphraser Marcel Gauchet - en gros, la pathologie de la gauche est de devenir folle, celle de la droite est de rester bête. Ce qui est inquiétant dans la conjoncture actuelle, c'est que ces tendances sont fortement à l'oeuvre, et je ne fais pas référence à la poussée des extrêmes, mais bien à la nature des solutions avancées par le centre gauche et le centre droit pour résourdre la crise de l'euro. 

    Les plans d'austérité mis en place par les libéraux orthodoxes au pouvoir en Europe sont une imbécilité qui aura - qui a déjàn - pour conséquence l'augmentation de la dette et la ruine de l'économie. Les eurofédéralistes effrayés par la perspective de l'éclatement de l'euro - inéluctable si on laisse faire les libéraux - en appellent à un grand bond fédéral, version édulcorée du thème révolutionnaire d'une époque passée. S'ils passent à l'action - en catimini ou en force, ils risquent de réveiller les passions nationales, et de délégitimer l'idéal européen aux yeux des peuples - et pour longtemps.

    Si on établissait un classement des intellectuels, économistes, hommes politiques, en fonction de leur proximité avec ces deux façons de penser, on s'apercevrait qu'il ne correspondrait pas au clivage politique traditionnel, et on verrait même des rapprochements étonnants. 

    A cet égard, la tribune de Charles Wyplosz parue ce jour dans Le Monde est très révélatrice. De par son positionnement politique au centre libéral, on n'attendait pas forcément de sa part la dénonciation des politiques d'austérité, ni une si  grande réserve concernant la possibilité d'avancer vers la solution fédéraliste. Bien que souhaitant l'adoption de la règle d'or, il repousse l'adoption des mesures de rigueur à l'année 2016, et prône dans l'interval des politiques de relance ("Je me garderais bien d'augmenter mes dépenses. J'essaierais de négocier avec les marchés des prêts qui me permettraient de relancer l'économie en réduisant les prélèvements obligatoires.") En outre, il ne se fait aucune illusion sur ce que l'Allemagne serait prête à accepter en matière de solidarité financière vis-à-vis des pays en difficulté et conseille plutôt d'attendre qu'elle soit mise devant le fait accompli : "ils seront amenés à payer, mais uniquement lorsqu'ils seront acculés à un risque d'éclatement de la zone euro."

    On pourrait citer Jean Pisani-Ferry, le président du centre Bruguel (think tank proeuropéen) très sceptique sur la possibilité d'imposer aux Allemands une union de transfert. Selon lui, il faudrait aménager progressivement  la zone euro et dans l'immédiat désamorcer la crise grâce à l'annulation partielle des dettes publiques  et privées.

    Ces deux auteurs ont le mérite de ne pas s'échapper de la réalité comme le font tant d'autres soit qui attendent des plans d'austérité une efficacité qu'ils n'auront pas soit qui espérèrent la mise en place d'une solidarité européenne illusoire. Reste que Wyplosz  et Pisani-Ferry continuent de défendre le cadre euro-libéral et en sont réduits à miser sur la passivité des peuples face à la précarité économique et aux souffrances sociales, en attendant une hypothétique sortie de crise. C'est là la différence avec un économiste comme Jacques Sapir qui n'hésite pas aller jusqu'au bout du principe de réalité : puisque le carcan de l'euro est trop coûteux en terme de chômage, puisque qu'il n'y a pas de possibilité d'aménager les traités en raison d'un refus allemand, alors il faut mettre fin à l'expérience de la monnaie unique, et refonder la coopération monétaire sur d'autres bases - non fédérales.

    Malgré tout, il faut garder ouvert le débat concernant les solutions pour résoudre la crise de l'euro. Mais la lucidité commande de refuser le dogme austérité, d'écarter, peut-être pas le recours à la solidarité européenne, mais certainement l'appel au fédéralisme, et surtout de préserver les peuples du chômage. Tans pis - ou tant mieux - si cela doit briser les tabous eurolibéraux.

    « Mais à quoi joue Jean-Luc Mélenchon ? sur France CultureLa question allemande, Coma81 »

    Tags Tags : , ,
  • Commentaires

    1
    myla2
    Samedi 19 Mai 2012 à 09:23

    bonjour,

    ci dessous le lien sur le site du PCf où vous trouverez un argumentaire intitulé "dette publique et crise financière"  je voudrais savoir quelle analyse vous en faites?

    http://www.pcf.fr/12338

    Merci

    2
    myla2
    Samedi 19 Mai 2012 à 09:30

    Après lecture de ton texte la question est comment "préserver les peuples du chômage" et comment "refonder la coopération monétaire sur d'autres bases - non fédérales".

    Il me semble qu'il faut énoncer des propositions concrètes quelles sont ces bases, précisément.

    Cordialement,

    Myla.

    3
    Coma81 Profil de Coma81
    Mardi 22 Mai 2012 à 13:20

    Proposition concrète : ne pas laissez l'euro exploser par lâchage les uns après les autres des pays en diffiulté, mais organiser la dissolution de la zone.

    Passer à une monnaie commune.

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :