• Le Sapin qui cache la forêt

    Comme le dit l'économiste allemand Wolfgang Münchau : selon ses compatriotes, "l’économie est un match de football, et c’est l’Allemagne qui gagne". 25 ans après la création du marché commun, 10 ans après l'instauration de la monnaie unique, face à notre envahissant voisin ultra-compétitif, les entreprises françaises ne peuvent plus rivaliser. Notre secteur productif est K.O. Fin du match.

    Dur, dur pour François Hollande d'arriver au pouvoir dans cette situation. Heureusement, il peut compter sur ses fidèles compagnons, Jean-Marc Ayrault en tête, qui tous se creusent grave les méninges pour tirer le pays - et la gauche - de ce mauvais pas. Et vous savez quoi ?! Nous étions au dernier brainstorming du gouvernement. Récit.

     


    Jean-Marc Ayrault ouvre la séance du Conseil des Minisitres :

    "Camarades ministres, l'heure est grave. D'après les nouvelles qui circulent, les Allemands nous innondent avec leur produits 'Made in Germany'. Conséquence, nos entreprises ferment et le chômage augmentent. Je suis donc allé voir le patronat."

    En aparte, se tournant vers son ministre de l'économie : "Merci Mosco pour tes contacts, c'est fou ce que tu connais du monde toi alors! En plus, on sent que tes amis t'apprécient".

    "Figurez-vous que nos chefs d'entreprise se plaignent que leurs homologues allemands aient pu baisser les salaires, et pas eux. Ce n'est vraiment pas juste. Il faut réagir."

    Moscovici prend la parole : "Tout à fait ! D'ailleurs, dans un esprit collaboratif, j'ai esquissé un plan d'action avec Laurence Parisot qui a vraiment plein de bonnes idées. Donc on va baisser les charges sociales qui pèsent sur le coût du travail. Voilà."

    Sous le charme de l'orateur, l'assistance applaudit puis les plus vifs se précipitent pour être les premiers à annoncer la nouvelle aux journalistes qui patientent en salle de presse, mais Jean-Marc Ayrault les arrêtent :

    "Attendez les gars, cela ne va pas être possible, je vous rappelle qu'on est de gauche !". L'inquiétude saisit Moscovici : "De gauche ?" se dit-il à lui même, "Hollande m'avait pourtant assuré qu'il n'y avait plus de communistes en France !"

    Hamon lève la main droite en jurant, Monsieur le Président, qu'il votera tout le pacte budgétaire, rien que le pacte budgétaire, puis lève la main gauche. Le premier ministre lui cède la parole : "Oui, c'est vrai, nous sommes piégés. Nous disons depuis deux ans que le coût du travail n'est pas trop élevé en France". Moscovici, effondré, se prend la tête entre les mains.

    Tout d'un coup on s'aperçoit que Manuel Vals n'est plus là. Ayrault contacte les médias et dément catégoriquement les allégations de Vals sur le coût du travail. "C'est vrai qu'il est terriblement rapide, déjà la dernière fois quand on songeait à abandonner les 35h, il n'avait pas attendu le recadrage par Martine Aubry avant de lancer l'info".

    Ayrault reprend : "Quelqu'un a une idée ?" Les ministres, embarrassés, se tourne vers Montebourg qui propose aussitôt d'annexer la Rhur. D'ailleurs, il convoque l'état major et quitte la salle d'un air martial.

    Le fantôme de Bérégovoy apparaît alors. "Afin de soulager ma conscience, et de reposer en paix, je dois vous avouer ma faute : en 1992, j'ai fait enfermer un homme à double tour dans les sous-sols de Bercy. Il s'agit d'un vieux sage qui vous indiquera la voie."

    Une fois libéré et présenté aux ministres, le vieux sage, qui émerge d'un sommeil d'outre-tombe, sort un manuel bien connu de beaucoup d'étudiants en économie. Après méditation, il préconise une légère rigueur budgtaire, accompagnée d'un financement du déficit par la banque centrale, puis une dévaluation de 15% du franc afin de regagner des parts de marché vis-à-vis de l'Allemagne: "Après une hausse mesurée du chômage, la décrue devrait être rapide. Cela devrait donc vous éviter bien des soucis" dit-il en souriant.

    Tout le monde saute de joie et se congratule puis se précipite en salle de presse. A nouveau, Ayrault rappelle ses troupes : "Bande d'idiots ! Comment voulez dévaluer une monnaie qui n'existe plus ?" beugle-t-il sur ses ministres honteux. En apprenant l'existence de l'euro, le vieux sage croit rêver. Celui-ci décide donc de survoler Paris avec les ailes qui ne manqueront pas de lui pousser comme dans tout rêve qui se respecte, et s'élance à travers la fenêtre. La chute qui s'ensuivit était prémonitoire d'une prochaine bien plus considérable, mais le gouvernement ne comprit pas le parallèle.

    C'est à ce moment précis que quelqu'un fait la remarque que Jean-Pierre Chevènement, dont le logement de fonction jouxte la salle du conseil, vient de s'éclipser pour annoncer l'heureuse nouvelle, la réapparition de notre chère monnaie nationale, le franc. Au cas où, le premier ministre jette un oeil sur le fil info. Seule l'AFP a publié une dépêche de trois lignes relayant une rumeur concernant l'indépendance prochaine du territoire de Belfort.

    Michel Sapin qui s'est fait discret jusqu'à présent reprend à peu de choses près la proposition initiale de Moscovici : "Contentons-nous de baisser les charges sociales au moins sur les CDI". Les ministres se regardent blasés. Le ministre du travail poursuit : "Seulement, au lieu d'expliquer que l'objectif est la baisse du coût du travail, faisons croire qu'il s'agit de favoriser les CDI pour lutter contre la précarité".

    Ayrault, Hamon, Moscovici, et tous les autres sont ravis de ce dénouement. La gauche moderne a une fois encore démontré sa supériorité en alliant justice et efficacité. Tout le monde s'accorde pour que ce soit à Michel Sapin que revienne le privilège de tirer tout le bénéfice médiatique de l'annonce d'une mesure si exemplaire du socialisme à la française.

     Fin.




    Alors, foutage de gueule ou pas ? Réponse quand les mesures seront chiffrées


     

     

    « L'échec de l'Europe néolibérale - Jean-Luc Gaffard, de l'OFCELe populisme des élites »

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