• Les économistes du front de gauche contre le traité budgétaire

    Plus de 120 économistes proche du Front de Gauche lancent un appel contre le pacte budgétaire européen :

    "L'austérité est à la fois injuste, inefficace et antidémocratique. Nous pouvons faire autrement. L'avenir de l'Europe mérite un débat démocratique sur les solutions de sortie de crise. Une expansion coordonnée de l'activité, de l'emploi et des services publics serait aujourd'hui possible en Europe."


    Jacques Sapir, économiste pourtant lui aussi proche du Front de Gauche a refusé de signer ce texte :

    "Le drame de ce texte est ici que ses auteurs n’explorent pas les alternatives et évitent de se confronter avec de déplaisantes réalités. (...) Le TSCG est le produit d’une stratégie qui vise à la survie coûte que coûte de la zone Euro. Soit on accepte cette stratégie, et on ne mégotera pas sur ses conséquences (comme le dit sans fard Jean-Marc Ayrault), soit on la refuse. Si l’on veut RÉELLEMENT refuser le TSCG il faut alors en tirer TOUTES les conséquences et appeler à la dissolution rapide de la zone Euro."


    Le M'Pep, mouvement souverainiste proche du front de gauche, se désolidarise de cet appel fédéraliste :

    "Les signataires font l’impasse sur les origines fondamentales de la crise et sa raison principale : l’euro lui-même ! (...) Le diagnostic erroné de ces économistes les conduit à des propositions naïves et inefficaces, fondées sur un fédéralisme furtif. (...) Il est temps de reconnaître que si l’on veut vraiment sortir de la crise il sera nécessaire de sortir de l’euro et de l’Union européenne de manière unilatérale, pays par pays."



    * * *

     

    Non au traité budgétaire européen ! - Tribune de 120 économistes - Octobre 2012. Extrait.

    "(...) François Hollande, après s'être engagé pendant la campagne à renégocier le traité européen, n'y a en fait apporté aucun changement, et choisit aujourd'hui de poursuivre la politique d'austérité entamée par ses prédécesseurs. C'est une erreur tragique. L'ajout d'un pseudo-pacte de croissance, aux montants réels dérisoires, s'accompagne de l'acceptation de la "règle d'or" budgétaire défendue par Merkel et Sarkozy qui condamnera toute logique de dépenses publiques d'avenir et conduira à mettre en place un programme drastique de réduction de l'ensemble des administrations publiques. (...)

    Au nom d'une prétendue "solidarité européenne", le traité organise de fait la garantie par les Etats des grands patrimoines financiers privés. Il grave dans le marbre des mesures d'austérité automatiques, imposées aux représentants des peuples, en contraignant leurs décisions budgétaires, dictées par une instance non élue. (...)

    Le constat est sans appel : l'austérité est à la fois injuste, inefficace et antidémocratique.

    Nous pouvons faire autrement. L'avenir de l'Europe mérite un débat démocratique sur les solutions de sortie de crise. Une expansion coordonnée de l'activité, de l'emploi et des services publics serait aujourd'hui possible en Europe.

    Pour que l'UE mette en oeuvre cette politique, il est urgent de réformer et de démocratiser ses institutions. Un Fonds européen de développement social et écologique, à gestion démocratique, pourrait accentuer cette dynamique. De plus, l'UE pourrait mettre en place un contrôle de la finance. (...)"


    Sur le TSCG, par Jacques Sapir - Octobre 2012. Extrait.

    "Le drame de ce texte est ici que ses auteurs n’explorent pas les alternatives et évitent de se confronter avec de déplaisantes réalités. Nous sommes tous d’accord pour dire que le TSCG est nocif mais, et c’est un « mais » important, la solution est-elle dans plus de fédéralisme ? Le problème est que l’on ne dit pas quelles seraient les conséquences de ce fédéralisme (et de la mutualisation des dettes). Un système fédéral implique des transferts importants entre régions à haute compétitivité et régions à basse compétitivité (comme cela se fait en Frace et en Allemagne). Les calculs qui sont faits depuis un mois estiment que ces transferts impliqueraient de 8% à 12% du PIB pour l’Allemagne (suivant les hypothèses de politique macro-économique). Qui peut penser qu’il est crédible d’attendre de l’Allemagne un tel sacrifice ?

    Nous allons donc vers un « fédéralisme au rabais » où l’Allemagne paiera (en rechignant) ce qu’il faut pour éviter provisoirement des défauts mais n’ira pas au-delà, car elle ne le peut pas. Il est important de comprendre que le problème n’est pas celui d’une volonté de l’Allemagne (que l’on pourrait espérere faire changer) mais d’une possibilité. Elle ne peut pas contribuer à hauteur de 200 milliards par an car ceci casserait son économie. Cela implique donc la poursuite de la dépression dans les pays d’Europe du Sud, et la contamination de ces pays vers la France. Telle est en réalité la logique du MES et du TSCG. Tant que l’on n’a pas compris et admis cela on ne peut tenir que des discours naïfs sur le traité. (...)

    Ce texte repose sur un constat très incomplet de la situation actuelle. Il ne va pas à la racine du mal et ne permet pas à ses lecteurs d’avoir une réelle intelligence de la question qui est réellement posée. Je puis partager certaines des affirmations avec les auteurs de ce texte, et en particulier leur refus du TSCG; mais là où nous divergeons radicalement c’est sur les propositions. Le TSCG est le produit d’une stratégie qui vise à la survie coûte que coûte de la zone Euro. Soit on accepte cette stratégie, et on ne mégotera pas sur ses conséquences (comme le dit sans fard Jean-Marc Ayrault), soit on la refuse. Si l’on veut RÉELLEMENT refuser le TSCG il faut alors en tirer TOUTES les conséquences et appeler à la dissolution rapide de la zone Euro."


    LE FÉDÉRALISME FURTIF DES ÉCONOMISTES PROCHES DU FRONT DE GAUCHE, par le  M'PEP - Octobre 2012. Extrait.

    "(...) Les signataires font l’impasse sur les origines fondamentales de la crise et sa raison principale : l’euro lui-même ! Plusieurs causes qu’ils identifient sont parfaitement justes, comme par exemple les politiques fiscales néolibérales, les aides publiques aux banques et à l’activité économique ou la déréglementation financière. Mais ils n’évoquent pas tout ce qui relève des responsabilités de la monnaie unique. Or il faut le dire et le redire, l’euro est la cause principale de la crise dans la zone euro. Et c’est en se débarrassant de l’euro et en reprenant notre indépendance monétaire que l’on créera les conditions pour résoudre la crise. (...)

    Un autre point aveugle du texte de ces économistes est le silence qu’ils observent sur la responsabilité des dirigeants allemands dans l’origine et l’aggravation de la crise. Le succès présumé de l’économie d’outre-Rhin, mesuré par ses excédents commerciaux colossaux (probablement 210 milliards d’euros fin 2012), repose en réalité sur une violente déflation salariale imposée aux travailleurs allemands pour améliorer la compétitivité et sur des délocalisations massives. (...) Cette politique agressive et non coopérative des dirigeants allemands créée des déficits commerciaux dans la plupart des pays de la zone euro qui expliquent une des principales raisons de la crise. Elle a accentué la désindustrialisation. Certains pays, pour y faire face, ont eu recours à l’endettement des ménages ou des États. Pourquoi masquer cette réalité ?

    Le diagnostic erroné de ces économistes les conduit à des propositions naïves et inefficaces, fondées sur un fédéralisme furtif. Tel est le cas des cinq propositions qu’ils font : que la Banque centrale européenne « prête directement aux États pour des dépenses d’avenir » ; qu’elle finance « de manière sélective et à bas taux des organismes publics de crédit » ; une augmentation de budget européen ; la création d’un « fonds européen de développement social et écologique » ; un « contrôle de la finance ». La caractéristique de ces propositions est qu’elles gomment totalement l’échelon national. Le message subliminal qui est alors délivré est le suivant : on ne peut rien faire à l’échelon national, seul l’échelon européen est pertinent. Il s’agit donc d’une démarche fédéraliste non clairement assumée et l’acceptation tacite de la fin de notre indépendance nationale. (...)

    Le poison fédéraliste contamine la gauche. (...)

    Est-il sérieux de laisser croire qu’un tel accord serait possible à brève échéance – car c’est à brève échéance qu’il faut juguler la crise – surtout pour adopter des mesures de gauche comme le contrôle de la finance ? Croit-on vraiment que les Vingt-Sept vont virer à gauche dans les quelques mois ou années qui viennent, rendant ainsi possible une révision progressiste des traités européens ? (...)

    Il est temps de reconnaître que si l’on veut vraiment sortir de la crise il sera nécessaire de sortir de l’euro et de l’Union européenne de manière unilatérale, pays par pays. Cette sortie doit s’accompagner du démantèlement des marchés financiers afin de changer la répartition des richesses entre capital et travail. (...)"



    « Pour une révolution fiscale - Piketty, Saez, LandaisL'exemple argentin : "nous avons sauvé les gens plutôt que les banques" »

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  • Commentaires

    1
    jpche
    Jeudi 4 Octobre 2012 à 19:33

    Bonjour,

    c'est très bien de faire référence au M'PEP mais ce n'est pas un "courant souverainsite du Front de Gauche". En effet, malgrés plusieurs demandes du M'PEP pour entrer au front de gauche, celui-ci a toujours refusé au prétexte précisement d'un désaccord (réel) entre les positions du front de gauche et du M'PEP sur la sortie de l'Euro et de l'Union européenne. Le M'PEP ne fait pas partie du front de gauche et n'en est donc pas un courant

    2
    Coma81 Profil de Coma81
    Jeudi 4 Octobre 2012 à 19:51

    Merci pour ce commentaire. Je prends note de votre remarque et procède à la correction.

     

    3
    Pierrette Léone
    Vendredi 5 Octobre 2012 à 22:40

    Effectivement le M'PEP n'est pas un mouvement souverainiste.

    La défense de l'égalité républicaine passe par le respect du peuple souverain et de l'état garant de l'égalité de tous, ce qui n'a rien à voir avec le souverainisme.

    Le M'PEP est un mouvement internationaliste qui prône des coopérations  mutuellement avantageuses entre les peuples, au lieu du libre échange et de la concurrence forcenée qui font tant de ravages.

    Cordialement,

     

    4
    Coma81 Profil de Coma81
    Samedi 6 Octobre 2012 à 14:46

    J'avoue que la distinction réelle entre "le respect du peuple souverain" et "le souverainisme" m'échappe totalement.

    Et je ne vois pas de contradiction entre souverainisme et internationalisme. 

    Je suis par principe réticent à toute pudibonderie sémantique et je crois qu'il faut appeler les choses par leur nom : "protectionnisme" et non pas "juste échange", "socialisme" et non  pas "régulation du capitalisme"...

    N'étant pas encarté , je maintiens le terme de souverainisme pour qualifier la démarche du m'pep, par soucis d'éclairer mes lecteurs, avec pour seule boussole mon jugement propre.

    Je me fonde sur les propos de Nikonoff appelant à "l'indépendance nationale" (si ma mémoire est bonne).

    Merci pour votre contribution utile au débat.

    5
    Qui-Dame
    Mardi 30 Octobre 2012 à 09:59

    Coma81, que devenez-vous? on ne vous entend plus parmi les habitués du "zinc" de Quatremer. Notre taulier s'est montré particulièrement irascible, ces derniers temps, avec moi, allant jusqu'à censurer "en rafales" plusieurs de mes messages jugés trop europhobes.  Je me suis demandé si je n'aurais pas dû vous les proposer et vous inciter, par la même occasion, à ouvrir une fonction "accueil" destinée à tous les messages que JQM refuse de publier. Mais comment faire passer cette idée "en contrebande" auprès des principaux intéressés et à l'insu du "modérateur"?

    6
    Coma81 Profil de Coma81
    Mardi 30 Octobre 2012 à 20:07

    Tiens bonjour Qui-Dame. Comme vous l'avez senti, je me suis fait radier à vie par Quatremer après un commentaire dans lequel j'ai exprimé le fond de ma pensée sur la qualité intellectuelle et morale de notre journaliste, suite à un énième article ignominieux de sa part sur la Grèce. "Beauf" et "abjecte" furent mes qualificatifs à son encontre. lol.

    De toute façon, à ce point de bêtise grasse de la part du journaliste de libé, je ne vois plus trop l'intérêt de débattre. Je suis en état de choc devant la brutalité de nos pseudos pro-européens dont ceux ci font preuve à l'égard des "peuples inférieurs".

    Comme vous avez pu le constater, j'ai aussi arrêté pour le moment d'alimenter mon blog, faute de temps. Je reprendrais quand ça se calmera de mon côté. C'est un crêve coeur car je prends très au sérieux mon rôle de refondateur de la gauche et même carrément, - ne soyons pas modeste - du système économique et social dans son ensemble.

     

    7
    Coma81 Profil de Coma81
    Mardi 30 Octobre 2012 à 22:12

    Qui dame,

    Ecrivez, sur la base de vos commentaires refusé, une tribune qui serait publiée sur ce blog. Il suffirait de mettre un lien sur le site de quatremer.

    8
    Coma81 Profil de Coma81
    Mardi 30 Octobre 2012 à 22:17

    Mais vous connaissant, vous êtes dans un état d'esprit beaucoup ludique. Soit, faisons un post régulièrement actualisé sur les best offs des commentaires refusés.et surtout des réponses private si croustillantes de quatremer.

    Vous êtes un gosse quidame.

    9
    Qui-Dame
    Mercredi 31 Octobre 2012 à 11:10

    Vous n'avez pas tort de me traiter de "gosse". C'est même chez moi un véritable "tic" caractériel dont je n'ai, hélas,  jamais réussi à me débarrasser.  Il y a même eu des circonstances où ce comportement m'a fait perdre d'un seul coup tout le capital "symbolique" que je venais d'accumuler en quelques minutes devant un public pourtant peu complaisant  (en l'occurrence, le jury du grand oral à l'ENA). Bref, je considère cette attirance pour la dérive "ludique" comme un véritable handicap professionnel et social. En latin, il y a une phrase qui résume bien le problème: melius amicum quam verbum perdere= préférer perdre un ami  qu'un bon mot..

     

    Pour en revenir à ce projet d'accueillir une sélection des meilleurs textes censurés par qui vous savez,  nous pourrions en intituler la rubrique "le salon des refusés", comme aux beaux temps de l'impressionisme, qu'en pensez-vous?. Mais comment attirer les intéressés sur votre site?  La seule solution, selon moi, serait que, après quelques semaines, vous réapparaissiez dans les "Coulisses" et que vous faisiez un peu de "pub" pour votre site avec quelque chose qui attire suffisamment l'attention de quelques "mauvais coucheurs". Plus facile à dire qu'à faire, je le reconnais.  Pourtant votre site est vraiment remarquable et devrait attirer beaucoup de ceux qui partagent vos préoccupations. Après tout, nous pourrions débattre sans l'intermédiation de Quatremer, non?   

     

    10
    Coma81 Profil de Coma81
    Jeudi 1er Novembre 2012 à 16:43

    Derrière vos propos, je devine toute la frustation que provoque chez vous le blog de quatremer : il faut reconnaitre que le taulier des coulisses est s'emploie par sa présence et son abnégation à favoriser l'échange, en même temps qu'il est peu apte à l'argumentation rationnelle.

    Mais comme vous pouvez le constater, je n'ai pas cette capacité ni à être suffisamment visible pour attirer le chaland, ni à être assez pour présent pour entretenir le débat.

    Je crains que vos espoirs soient déçus.

    Mais je peux vous donner les clés du camion afin que vous joigniez vos forces aux miennes. Votre prose mérite toutes les tribunes du monde. La liberté de pensée et de ton est totale.

    Donc, si vous êtes suffisamment compréhensif pour me pardonner mes absences qui peuvent être plus ou moins longues, oui, bien sûr amusons nous comme des petits fous.

     

    11
    EU Citizens
    Vendredi 30 Novembre 2012 à 22:50

    Building a true European Union through a cooperative european disunion, with the Euro as a COMMON currency (instead of the "SINGLE" currency):

    http://building-a-true-european-union.blogspot.com

     

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